Notes sur Apollinaire / Réflexions sur le reflet : amour sincère ou envie d’être l’autre?

Genèse.

*

Tournée vers Apollinaire.

Il me rappelle la Lune,
regardant le Soleil.

*

Ses très grands yeux,
la posture, la carrure.

Beaucoup des hommes
que j’ai choisi pour amis
ont ce profil.

*

« Psych »-analysons.
C’est sans doute une façon que j’ai
de chercher mon reflet.

Je me suis toujours visualisée ainsi.
Un homme de la sorte. Je suis pourtant
bel et bien une femme, et plusieurs
me rappellent que ce corps
est petit. Plus que je ne le vois.

Une façon de chercher mon père, aussi,
c’est sûr. Mon père que j’aime avoir comme ami,
cette partie de lui, je la cherche plutôt consciemment
chez les hommes.

Mais je sens que c’est quelque chose de plus physique,
primaire, moins complexe (tout dépend du point de vue).

Je vois peu ma féminité.
Enfant et adolescente, j’ai choisi de miser
sur mes aspects masculins. C’était plus simple.
Une façon de vivre le rejet des hommes
m’y préparer, me rendre comme eux.

Et avec les autres filles, cinq années passées
avec elles presque exclusivement, j’ai compris rapidement
que je n’étais pas en sécurité. Elles me rabaissaient,
me critiquaient, se moquaient.

Pour les freiner dans leurs élans de dénigrement,
je me suis montrée puissante.

Un grand bouclier, un corps dressé,
le poing prêt à se lever en signe de protestation
la parole facile, l’arrogance bouillonnante,
la solidité.

Puis, j’ai commencé à ressentir le manque
des hommes. L’ennui, la solitude.
J’ai voulu plaire.

Je me suis féminisée,
d’abord de façon artificielle,
loin de mes envies réelles, de mon propre style.

J’ai puisé dans mon amour des femmes
pour tenter de les imiter, sans devenir elles,
me différencier de la Muse (c’est important),
sans même comprendre le concept de bisexualité.

Plusieurs problèmes auraient été évités
si j’avais assumé plus tôt
ces envies.

J’avais peur de déranger.
J’attire déjà beaucoup l’attention
tout en ayant cette faculté
à soudainement disparaître.

Double-nature, constamment.
Durablement. (Je ne sais pas encore le bon mot.)

*

Être soi, être l’autre, être moi.

L’acceptation de mon corps.

*

C’est pareil quand je regarde un homme,
et avec lui, ce fut tellement frappant
que je n’ai pas eu le choix de guérir
ce qui était là. Sinon, j’aurais été incapable
de le regarder.

Quand je m’imagine, donc,
c’est dans la forme d’un homme grand,
plus gros que mince.

Je me suis mise en couple
avec ce type d’hommes, en pensant sans doute
que ceci anéantirait le désir.

Moi, femme ici-maintenant,
j’ai toujours été attirée par des hommes
avec un reflet inversé. Longs, gris et blanc, étroits.

Dans mon esprit, je les vois précis, définis.

Une part de moi voudrait être eux.
L’autre, simplement, les toucher.

Dans les deux cas,
une sensation d’aimant, de complémentarité.
J’ai peur de cette attirance physique.

J’ai toujours été rejetée par les hommes
qui me plaisent vraiment.

Avec lui, ces peurs étaient omniprésentes
quand je m’arrêtais à son allure,
au son de sa voix. Je devais calmer
mes tremblements, les soubresauts
les rires à gorge déployée,
la chaleur aux joues, le rouge aux oreilles.

Il a semblé préférer croire que je l’idéalisais.
S’il savait tout ce temps passé
à rêver à quelqu’un comme lui,
homme ou femme, finalement,
juste quelqu’un comme lui.

Chaque nouveau détail
me révélant de nouveaux émois
j’ai failli exploser d’euphorie
si souvent, à le voir être
à l’entendre se taire.

À sa vue,
je ne pouvais pas me contrôler.
Aucunement. Impossible.
J’ai peu essayé. Trop fort, trop grand.

Je n’aime pas me battre
contre mes sentiments.

J’ai dû reculer,
dès le début. Je ne pouvais laisser mes pulsions
me faire agir. La beauté ne doit pas m’aveugler.

Il fallait distinguer: est-ce une forme d’envie, de jalousie
même naïves ? Est-ce du désir difficile à canaliser,
causé par l’apparente complémentarité?

Après avoir pris le temps, j’ai pu départager
le vrai du faux. L’effet est demeuré
et je suis devenue si à l’aise dans mon corps féminin
que je n’ai pas eu envie d’être lui.

Par ces illuminations, je suis devenue Femme,
bien dans ma peau, et j’ai fait la paix avec mon corps,
mon genre et ce qu’ils impliquent (regards, critiques).

J’ai compris, donc,
que c’était bien là de l’amour
puisque le désir n’était pas nécessaire
que je pouvais par le sentiment
le transcender.

L’amour plus que sincère
l’amour en lui-même,
dénudé par choix
sans honte d’exister

puisque c’est tout ce qu’il sait faire.

*

Il y a quelques années,
j’ai lu Les exploits d’un jeune Don Juan.

Révélations sur le rapport garçon-femme,
sur le développement de la sexualité masculine
pendant l’enfance. Le rapport à la mère.

D’une façon, ça m’a permis d’imager
certaines choses que racontaient Freud
sur ce que certains appellent déviances, fétichisme.

*

Questionnements
sur l’opposition entre foi et anarchisme.

*

Je pense à ces spiritualités
qui font vivre dans la dualité
(qui s’Unit plus « haut ») le chaos et l’ordre
la mort et la naissance

qui les rendent également divins.

*

Les Chrétiens, les Blancs,
ont souvent fait l’erreur de tout vouloir
vulgariser par l’esprit.

Ainsi, le mal s’est répandu
dans une recherche limitée du bien,
simplifiée. Plutôt que de laisser à chacun
la liberté d’explorer le rapport intime à Dieu
ils ont voulu le codifier.

(Sentiment d’étouffement,
suffocation.)

*

Des choses me frappent.

On parle de la fascination d’Apollinaire pour les écritures étrangères,
les symboles qui les constituent.

Je comprends cette volonté de vouloir mettre le mot en image
ou l’image en mot. J’ai cette impression que ces réalités
ne sont pas distinctes, ailleurs. Qu’une sorte de compréhension globale
rend le mot inutile.

*

Ils abordent aussi le fait
qu’Apollinaire lisait beaucoup.

Une énumération partielle de certaines influences:
Nostradamus, Mallarmé, Rimbaud, Baudelaire,
Villon, Sade.

*

Association inconsciente
(mise en lumière) avec Maïakovski
et Boris Vian.

*

Divine Awkward Sex (1)

Chéri, isn’t it all about the money?

Golden rings, heavy watches, distingué
ça paraît mieux en public

c’est pas une question de veston
y’aura toujours l’air de ça

fucking lucky pal

don’t you know
life is not a theory
this love  this love

viens danser
ça coûtera rien
viens, viens
viens

this love
this
this

tu peux pas m’acheter
y’a rien qui m’appartient

this love
pris en otage

save a bullet for me

rien m’appartient
this love

danse encore
laisse nos corps se coller
même pas besoin de bouger

silence
respiration
même pas besoin de s’agiter

don’t want to die
here and now
when it’s cold
inside

honey, chéri
laisse pas ton amour
être acheté

Réflexions sur des mots de Spinoza et de Kierkeegard / sur la rencontre et la fin des anciennes répétitions, sur le doute et la confusion

Calmer l’agitation quand éclot l’envie d’écrire.

*

J’ai essayé de lire Spinoza, à quelques reprises.

Il manque une certaine passion pour que je puisse réellement y connecter. Je n’ai pas encore vu la nature de son illumination, ses couleurs, sa forme. Il est encore abstrait, une idée.

J’ai aimé plusieurs choses. La clarté du vocabulaire, le mot juste. La pensée efficacement synthétisée.

Quand je le verrai avec moins de recul, plus d’implication, je crois que je l’aimerai.

*

Définitivement, il y a quelque chose là.

*

24 novembre pour naissance, les Pays-Bas et le Portugal, Benedictus.

Beaucoup de liens.

*

Amsterdam.

La présence, toute proche, de K. Justelà.

*

J’y suis allée deux fois. Détesté l’expérience.
Rarement, j’ai une opinion. Mais là, vraiment,
c’était net, frappant. Le sort, la malchance,
l’étouffement.

J’avais ressenti quelque chose de similaire à Prague.

Mais là-bas, il y avait eu aussi
une sorte de magie
qui m’avait touchée.

J’y avais émotive, angoissée
mais aussi en paix, exaucée

j’avais tout laissé aller.

*

Je vais écouter des versions audio
des textes de Spinoza.

L’expérience fut agréable avec Platon.

J’ai retenu mieux que je l’aurais cru.

*

La Répétition me fait sourire
tout en me rendant très triste.

Les mots de Kierkegaard raniment
mélancolie et sentiment amoureux

doux, dans lequel l’ego n’est pas impliqué.

Je me sens bien dans ces descriptions
toutefois, quand je relève la tête

le manque
qui n’est pas sous-produit de l’emprise
ce manque humain, d’une connexion
plaisante, ça me saisit.

Pour me soulager
il existe le souvenir de son sourire
loin de nos malentendus
il existe le souvenir de l’époque ancienne.

La répétition. Prévisible ironie.

La trace, l’empreinte.
Est-ce la fatalité?

Le soulagement est souvent de courte durée.

Le présent est enveloppant
l’absence n’est pas embellie durablement
par le souvenir
qui a mué en tragédie.

*

J’ai écouté le Traité de la réforme de l’entendement.

C’était vraiment bien. J’y retournerai un peu plus tard
pour entendre des explications.

Je dois avant faire ma propre idée.

*

Ce qui était dit sur la confusion était particulièrement intéressant.
Sur le doute, aussi.

*

 

Je n’oserais jamais dire que telle ou telle réalité qui m’apparaît ésotérique est fausse. 

Je tends à croire que je ne sais rien.

Je ne tiens pour acquis ni l’existence de Dieu, ni sa non-existence.
Les croyances ne m’appartiennent pas. La vérité ultime me semble hors d’accès.

Je ne prends pas le temps de m’approprier la vérité.
Mais j’aime la ressentir.

Par l’essence, oui. Par ce que j’appelle Amour divin.

Lorsque mon coeur s’y abandonne, je ressens la foi.
Elle se situe alors en un autre lieu que vérité ou mensonge. 

Je ressens, je connais.
Il n’y a plus de confusion à ce moment.

*

Je vais sans doute écouter cet épisode
d’Une vie, une oeuvre
sur Spinoza.

*

Cette émission me rend vraiment heureuse.
Ça me permet d’apprendre sans lire ou regarder.

J’aime écouter. C’est plus naturel pour moi à schématiser
ensuite dans mon esprit. À traduire en pensée intelligible.

*

Un souvenir de lui vient de monter
je vais essayer de le faire vivre, sans m’étouffer
sans rejeter la pensée.

*

Je comprends mieux ma confusion relative aux mots écrits.

Si je n’avais pas eu son visage devant moi
je n’aurais pas cru à sa présence, à l’essence
de cette personne.

Je n’y aurais vu que les pièges de ma pensée
qu’un produit, donc, de mon imagination.

J’en aurais fait un objet, un outil
de création, de fiction.

J’ai dû mettre en pratique différentes méthodes
une rigueur mentale
pour ne pas laisser ceci arriver.

J’essayais de garder contact
avec mes vérités internes, le ressenti,
une constance magnifique.

Quelle chance
qu’il ait été, même pendant une si courte période,
présent dans ma vie.

Même en moments de grande confusion
son regard (même confus) me ramenait à moi.

La preuve du ressenti, connectée à son éternité,
il y avait en mon esprit l’essence
et pour mes sens, ma vue et mon amour
il y avait la présence

dans le monde concret
du réel, hors l’imagination.

Tout pour m’aider
à ne pas sombrer dans la folie.

*

Je me suis souviens d’un moment de grande honte.

J’ai complètement coupé, déconnecté.
Comme prise au piège, ridicule.
Dans ces moments-là, je ne bouge plus
je fais le moins de bruit possible.

Ça avait provoqué un
ça va? de leur part, un regard similaire
(quoi qu’elle était plus sérieuse et contenue que lui).

Ma seule pensée était :
ça y est, il sait que j’ai parlé de lui.

Tout à coup, ma pensée est devenue si confuse
que je n’ai même plus été en mesure
de comprendre son regard
de me rappeler l’essence.

J’avais perdu contact avec la réalité.

À demi-consciente, dans un monde étranger.

J’ai su quel travail je devais faire
pour moi, en moi, sans lui.

*

Hier, quand les bruits de la nuit
ont eu créé sur moi doutes et confusion

j’ai tenté cette méthode.

Rapidement, j’ai pu reprendre
conscience.

J’avais peur du mal, des démons
de la divine Séparation

les battements de mon coeur accélérés
et les tempes bouillonnant
je n’arrivais plus à me rappeler
la source de la souffrance.

Le calme, enfin, un peu de calme
quand en mon centre j’ai saisi :

je ne ressens en ce moment ni Essence,
ni Présence, ni Amour.

*

Voilà pourquoi
j’ai tant mis de l’avant le sentiment Amoureux
celui que j’ai éprouvé spécifiquement pour lui.

Quand j’ai pris conscience de son existence
il y a eu Rencontre
même courte, une Rencontre.

Par la Rencontre
le sentiment d’Union

la fin de la Séparation
retour à soi
par l’Autre

retour à l’Autre
par soi.

Quand mes pensées ont été occupées
à me demander pourquoi

quand j’ai eu mal de devoir me résigner
à son absence, quand j’ai compris (rapidement)

que je n’aurais guère le choix
et que j’ai résisté à mes sentiments amoureux
(c’est ici de dire que j’ai résisté
aux lois courantes de l’attraction)

j’ai ressenti la confusion.

Elle vient de s’estomper.

Un cycle de deux ans.

Cela n’empêche pas
les larmes de couler
de mes yeux fatigués

même sans la confusion
je m’ennuie de lui

la conscience maintenue
je sais, j’ai toujours su
et je réitère

il n’en existe pas d’autres comme lui
que j’aime autant regarder
s’animer, se poser.

 

Sur les doutes, la peur, la mort

Higher Self,
please stand up

*

Trois semaines à ne pas avoir le courage de regarder ce film. Ça me demande une certaine forme physique. Mon cœur s’agite beaucoup.

*

J’ai pourtant très envie de bouger. Certains choix que je n’ai pas encore le courage de faire.

*

Un déplacement. La direction ne s’affiche pas aussi facilement, quand je n’ai pas la foi.

*

La limite de ce que je sais créer dans cette réalité.

*

Ma foi envers Dieu est toujours la même. Les nuances, les enchaînements, le doute et le choix.

*

C’est en l’importance de l’existence que je perds foi (et/ou envie). De la pertinence de continuer une expérience somme toute très désagréable.

Est-ce de l’acharnement? Vers quoi me dirige ce qui s’apparente à un calvaire? Y aura-t-il vraiment une rédemption?

Sur le lit de mort? Quand se pressent les organes et la conscience, quand viennent les remords et les doutes pointus?

Je n’ai plus envie d’expérimenter ces souffrances. Je n’ai ni envie de mourir par la croix, ni l’espoir de me sauver ainsi.

Et si la suite n’était que l’accomplissement de d’autres tourments? Je préfère ne pas croire au karma.

Je suis souvent en révolte contre ce que je n’ai pas été en mesure de faire dans ma vie pour mieux mettre fin aux choses, à temps.

Des dynamiques, des reproductions, le grotesque, les absurdes mises en scène…

Ma façon d’y contribuer, la honte reliée à ma participation dans ces drames étranges,
la pureté de la folie, de la culpabilité, des remords. La flagellation.

La culpabilité du temps passé à culpabiliser… etc. Le choc. La répétition.

Comment sortir de cette noirceur? Me faut-il réellement seulement l’accepter?

J’ai peur de me séparer de mon ombre. Comment complètement laisser aller?
Est-ce la bonne solution? Je tente tout de même.

Me faudra-t-il échapper à cette vague ou accepter d’y succomber?

Ma part d’ombre, elle me trouble, je l’accepte mal.

Fatiguée de vivre, mais toujours cet espoir d’expérimenter durablement
quelque chose de sain, de beau,

j’ai  besoin de calme et de communion.

*

Le mur dans Haibane Renmei.

Protégés, un passage avant l’envol.

*

Ionesco et ses rêves, le mur qu’il décrivait.
L’émotion n’était pas la même.

*

En langage archétypal.

Je crois que c’est le démon en moi qui a le plus souffert
du rejet d’un reflet-ami.

Sur le physique, sur cet amour, sur l’écriture et Kafka

 

30 novembre 17

L’écriture, sa nécessité. Mode questionnement. Le mot ne m’appartient pas. Qu’est-ce que la mission? Existe-t-elle? Acte égoïste? Un besoin? Si j’essaie de comprendre, j’écris, mais j’écris mal. Si j’écris mal, j’ai de la difficulté à mettre au clair, dans mon monde intérieur. La nécessité d’écrire. Celle d’être lue, je ne sais pas. Je ne sais pas dire. Comment savoir? Est-ce que je dois comprendre? Ou juste écrire sans réfléchir, et rater ainsi ma vie?

*

les grands angoissés, névrosés, qui finissent par exploser

*

Quand je vais mal, tout se dégrade si rapidement. Enfermée dans la hâte d’être seule, finalement, pour ne pas être assez en forme pour réfléchir et être active. Tout est au ralenti. J’aimerais être forte. Mon corps se fait vieux. Je suis lasse, plus que déprimée.

*

Ambulance dehors. Comme un pendule. Coups dessous, légère agitation.

*

Le moment présent convenable, mais des lendemains troubles. J’ai cette honte d’exister de laquelle je dois me débarrasser. Accepter que tout ce que j’écris ici peut se retourner contre moi. Un tatouage, une espèce de pornographie. Ce personnage qui n’en est pas un, de la littérature qui n’en est pas, qui ne cherche pas à être quoi que ce soit, mais tout de même, de la littérature. Des mots, ici, des mots gravés, qui ne se retirent plus. La honte, les risques, la peur.  Pourquoi? Pourquoi je continue de le faire, sans recherche de validation? Exister, en avoir honte, me dissiper, vouloir fuir. Ma fierté. Ma puissance. Honte de cette force. De tout ce qui a été détruit par mon passage. Des ruines? J’ai honte de me révolter. Culpabilité, agressivité. je n’aime pas croire à mon droit d’être en colère. Le droit ne me satisfait pas. Ce n’est pas le point. La loi, non, non, ce n’est pas contre elle que je m’élève. C’est contre le manque de respect de mes limites sacrées. J’ai peu de limites. Il en existe tout de même. J’ai honte de la violence avec laquelle je riposte. L’action. Je prends rarement position. On me dit souvent que je manque de clarté, jusqu’à ce que je craque.

Je dois arrêter.

*

J’ai besoin d’écrire pour sortir tout ça de mon système.
Plusieurs mois de cette pression sur mon cœur.

*

Beaucoup de pensées pour le triangle.

Le concept de base, de sommet.

Il y a là quelque chose que je ne comprends pas.

*

J’ai dû apprendre les codes des humains. Beaucoup de difficulté à établir ce qui est correct, bien, tabou ou non. Je fais beaucoup de faux pas. Des inconsciences, des arrogances, de l’ignorance, etc.

Je comprends mieux les conventions, mais j’y adhère de moins en moins.

*

Je me distancie rapidement, quand je sens ma nuisance. Ce que j’éveille chez les gens. Le sentiment de révolte, qui naît d’abord d’une possibilité d’exprimer l’innommable. Tout est permis avec moi. Ça a souvent fait ressortir le plus laid de ceux qui ont accepté de m’aimer. Le plus beau, ils n’y croient pas.

*

C’est là, la marque principale de la relation avec mon père. Son incapacité à vraiment croire, de façon saine, à son propre potentiel, à sa beauté, à ce que j’appelle sa divinité.

Il n’a pas la foi et n’a jamais compris la mienne.

Quand je ne l’ai plus, je veux mettre fin à cette vie. Quand je ne vois plus la beauté, je vois l’équivalent en laideur. Elle me fait pleurer, ne me donne pas envie de combattre.

*

Je suis fatiguée. Je me rends compte que je passe, finalement, aucune bonne nuit.

Mon sommeil était meilleur que les mois précédant la rupture, alors j’ai tenu pour acquis que c’était bien. C’était le mieux que j’avais connu. Mais je me rends compte aujourd’hui que ce n’est pas normal, ces nuits tendues, réveillée en sursaut plusieurs fois. Je me rendors vite, j’ai peu de moments émotifs, heureusement. C’était ce qui me rendait noire, avant, l’insomnie dépressive. Mais ce n’est pas pour autant agréable. De plus en plus de douleurs physiques, aux articulations. Je me réveille au matin plus en souffrance que la veille. Je ne sais pas quoi faire.

*

Quand il était là, j’avais développé des trucs, et tout ceci était parti. Malgré que je n’aie jamais retrouvé ma souffrance émotive et physique d’avant, je n’arrive tout de même plus à me guérir aussi efficacement. J’aimerais me rappeler. Concrètement, ces exercices que je faisais, intuitivement. C’était dans la joie. J’en ressens ici-maintenant d’une façon qui m’était avant habituelle. C’est-à-dire de façon ponctuelle, dans le moment. Je n’ai plus cette paix qui venait avec ce sentiment, cette foi A-amoureuse. Aimer seulement Jésus ou Dieu ne me faisait pas ça, même chose pour l’amoureux romantique. C’est la combinaison, la clé. Je suis arrivée à la ressentir en moi, dans des moments grandioses de connexion. Je crois que pour cela, j’ai eu besoin d’être loin de lui pour me définir sans son reflet, l’écho de ses mots, de ses opinions. Autant ceci m’aidait beaucoup, autant quand je ne me saisissais pas moi-même, ça me rendait confuse (quand je dis que je comprends, c’est réel) et impuissante. Loin de lui, dans ce contexte de silence empli de négativité, j’ai appris sévèrement à recréer le sentiment d’Union. En moi, pour moi. Avec une honte indescriptible d’avoir ressenti ceci grâce à cet amour pour lui. J’ai fait de mon mieux pour l’exclure de l’équation. Jusqu’ici, ça fonctionne mal, ce n’est certainement pas aussi bon, magique, divin, fantastique, magnifique, etc (etc., etc.). Ce n’est plus la même équation, donc plus le même résultat. J’essaie de trouver une sorte d’équivalence, mais il n’y en a pas. Et si je n’ai pas simplement accepté qu’il faisait partie de l’équation gagnante, c’est par entêtement, par politesse, une façon d’accepter ses choix. Le mot rejet m’a marquée. Est-ce qu’ici aussi, c’en est? On dirait. Mais je n’ai pas l’impression que c’est mon choix. Comment faire? Je continue mollement mes recherches, mais je m’apaise uniquement avec des morts. Plus tard, quand vient la conscience spécifique, je comprends que même ces morts lui ressemblent. Et là, c’est le découragement total. En colère contre mon subconscient, je me sens souvent pathétique. Comment faire? Continuer à court de souffle, malgré la fatigue de mon corps? Ou bien simplement accepter mon état, mes peines à m’aimer et à Aimer (et bien sûr, l’aimer) comme quand il était dans ma vie? Est-ce que c’est réellement acceptable? J’étais si bien. Je ne parle pas de l’euphorie. Mais de la clarté d’esprit, de l’ouverture du cœur, de la souplesse, de la force que sa présence me donnaient pour affronter toutes les épreuves. La force pour protéger, la dévotion saine,  la sympathie, l’Amour qui ne permet pas qu’on abuse de lui. Tous ces schémas destructeurs, il les a éclairés, pointé du doigt, consciemment ou non.

Parfois, je pense à la quantité de mots échangés. J’ai oublié beaucoup de choses, ce qui s’est passé. Quand j’y repense, ça me gêne (au sens coquet du terme), tout ce qu’il sait de moi, tout ce que j’ai dévoilé. Je sais avoir été moi-même avec lui. Parfois, très timide, mais le cacher aurait été l’équivalent de créer un mensonge. J’essayais de me contenir, mais je n’en avais pas la force. Même dans les pires moments (je vivais tant de violences tues), il me faisait sourire. Je n’avais plus envie de penser à mes problèmes. J’étais triste quand il choisissait l’option de me poser beaucoup de questions, pour finalement se changer les idées, ailleurs, alors que ce n’était pas ce que je voulais au départ, de ses analyses d’observateur. J’aimais mieux qu’on soit naturels, dans notre dynamique réconfortante, plus quotidienne. Il existait avec lui des beaux moments simples, très confortables, quand il n’y avait pas de contrats contre nous. Je me sentais complètement en sécurité. J’aimais ses commentaires, ses moments de folie, ses blagues, mais aussi mieux comprendre ses opinions, connaître sa vie, ses goûts, ce qui l’anime. C’était tellement agréable. Il n’existait en moi aucune douleur, sauf peut-être parfois celle de devoir retenir mon corps, mon cœur d’aller droit vers lui. Sans aucun détour, seulement aller vers lui.

Je ne l’ai jamais fait.

*

Le tabou du corps, que je n’ai pas de façon traditionnelle. Dès qu’il y a consentement, intimité, j’accepte naturellement la nudité. Pour moi, le corps, comme un bon repas, est quelque chose qui se partage de façon agréable, moins il y a de honte et de craintes.

*

D’autres types de tabous.

Code moral strict.

*

J’ai reçu la nouvelle carte. Quand on compare avec l’ancienne, on me reconnaît à peine. La longueur des cheveux, la taille de mes yeux, la forme des joues, de mes sourcils. Mes traits se sont définis, de façon plus douce que je l’espérais.

*

Je me souviens avoir croisé dans L.G., le bâtiment « à côté », « l’autre côté », cet ami qui avait critiqué mon apparence. Laisse-toi pousser les cheveux. Il m’avait trouvé attachante, mignonne (il aimait me prendre les joues, les pincer, s’exclamer malgré lui) quand j’étais habillée en beige, dans une période caméléon (une période de plus grande violence et de silence à la fois). Je crois qu’il supportait mal de me trouver attirante. Mais là, je crois que je l’avais dégoûté. C’était un garçon très droit (mais avec une nette déviance), avec des valeurs traditionnelles et des idées arrêtées sur ce que devait être une femme en société. Ça a été un moment marquant pour moi, de le voir déçu de celle que j’étais devenue. J’étais à vrai dire assez malheureuse, et son regard désolé m’avait confirmé que je n’avais pas pris la bonne voie. Mon potentiel gâché par mes choix.

 

*

J’ai très peu de photos de moi. Des moments à prendre des photos, une séance par année, environ, avant.

*

Il existe cette série. Cravate noire, chandail orange à rayures. Majeur levé, visage sérieux. Quatorze ans.

*

Encore dans cette émission sur Kafka.

Une femme parle de ce qu’elle qualifie d’anorexie.
Jeûne. Ne pas vouloir être soigné.

*

Je me suis mise à pleurer d’un coup.

Je comprends toujours mieux, mais ça me fait mal. C’est si douloureux. Comprendre trop tard. Prisonnière de ces cauchemars kafkaïens, mon intérieur ressemble sans doute au sien.

Ce monde est difficile à embellir.

*

 

Le laid n’est pas nécessairement de la haine.

Mes quelques questionnements ont été surtout à propos de lui.
Tout ce qu’il cachait, pour ne pas être exposé. Alternant entre désir d’être regardé et l’irritation de se sentir observé. Pourquoi? Comment aurais-je pu mieux faire? Inutile de me poser la question. Ça ne ramènera ni le temps passé, ni sa présence dans ma vie actuelle.

J’aurais quand même aimé mieux faire. Tendre la main de façon plus claire. Je ne voulais pas le sauver. Je ne voulais pas que nous nous emprisonnions dans ces rôles, dans des dynamiques triangulaires. Je me suis enfuie, à ma façon. J’ai vécu le moment présent, sans penser à tout ce qui serait perdu la journée ou il ferait le choix de partir. J’aurais aimé qu’il se sente en sécurité avec moi. Je serai toujours prête à bien des choses (pour ne pas dire tout) pour le protéger.

Je ne peux pas le sauver de lui-même. J’aurais quand même aimé être là pour lui. Le soutenir. Il me l’a refusé. J’ai dû accepter.

*

Du respect, de la bienveillance.

 

 

La répétition (1843) – Søren Kierkegaard : L’observateur

Signé sous le pseudonyme de Constantin Constantius.

*

« On dira ce que l’on voudra : un jeune homme profondément épris est tellement beau qu’à sa vue la joie procurée ainsi vous fait oublier tout travail d’observation. En général, toutes les tendres et profondes émotions d’un être désarment l’observateur. Sont-elles absentes, ou bien sont-elles coquettement dissimulées? Il faut faire oeuvre d’observation. Si vous voyez quelqu’un prier du plus profond de son âme, seriez-vous inhumain au point de devenir ce simple et froid observateur? Ne voudriez-vous pas plutôt vous sentir pénétré par cette piété débordante?  »

« Depuis bien longtemps je n’avais éprouvé autant de bonheur que le simple fait de le voir; souvent, il est fort triste de n’être qu’un simple observateur. Cela vous rend mélancolique, comme un officier de police ; et lorsqu’un observateur remplit correctement sa mission, il ressemble à un espion de la police en mission de la plus haute importance, car le talent de l’observateur est de mettre en lumière ce qui est caché. »

*

Traduction de Jacques Privat.