Cycle des cafards (2012)


/ mercredi, avril 25th, 2018

Ma tête l’arctique, mes pieds l’Antarctique.
Bipolaire, mon corps est la dérive ancienne des continents,
Mes océans regardent le désastre interne. Décidément
Les pôles s’éloignent, magistral procédé antique.

Serai-je un jour en moi-même réunie?
C’est prise d’angoisse que j’attends la chute finale,
Le grand saut de mon cerveau démagnétisé et noirci
par la peur de tout perdre, ancestrale.

En attendant le big bang foetal,
Je prie mes forces de tout mon corps crispé,
D’avaler ces cachets roses qui annihileront les pôles-spirales,
Et je m’étends sur le sol froid de ma mémoire violée:

Je me laisse guider par cette Étoile
impossible à oublier.

*

Les cafards ont fui pour un temps le trou béant
de mon utérus laissé pour mort après ton départ :
Ils sortent de ma bouche en nuages ouatés cristallisant
mes pleurs partis ailleurs, entre la pluie et les cafards.

Tu étais bleu et rose, aspiré par un doigt-machine infaillible,
Mort les yeux clos sucrés, épargné par mes rivières salées.
Entre mes jambes noyées, moi crachant sur les dires de la Bible,
m’étant auto-répudiée, le cœur-cadavre porteur d’insalubrité.

Et ils sont venus par milliers remplir les trous et les fentes,
Les cafards acharnés remeublant mon intérieur démeublé à neuf,
réconfortant mes pores vidés de vie fœtale cajolante,
Caressant de leurs pattes crasseuses ce qui reste de ton petit œuf.

*

J’ai percé d’une lame déganté l’utérus meurtrier,
L’ai pendu par la tête au plafond des remords suicidés,
La torture est la seule voix de ma raison:
Je tente violemment de faire mourir à l’unisson

mon coeur et ma peau pris de tremblements sans fin.
L’amour est entré en moi pour mieux repartir, incertain,
La mort l’a suivi de près pour me mathématiser
Que je suis zéro et que j’ai perdu l’un comme je perdrai l’autre
dans ma psychose échouée.

Je n’ai pour exode que la peur violente
de voir ses mains quitter mon ventre en bois de charpente,
Me laissant pour souvenir cette nuit d’août salutaire
Où son corps a été l’île accueillante et la naissance de mon calvaire.

*

Ton regard a croisé, surpris, mes faiblesses et mes soupirs:
L’incendie dans mes cils, la colle sur mes gencives,
La bombe implosée dans mon ventre, camouflée en sourire.
Embrase-les et guéris-moi de ma peur corrosive.

Tu as tout vu, tu ne peux plus fuir déchaîné!
Nos odeurs se sont fusionnées dans l’étreinte d’une vague fragile,
Nos corps dans une marée noire de honte se sont enchainés,
Et dans le déluge, se sont fracturés en moi des « je t’aime » agiles.

Même morts, nous ne pourrons jamais dire non
aux papillons séchés, encadrés dans nos estomacs,
Ton regard a croisé mon cadavre ravivé au néon!
Je suis fluorescente et vivante à mon tour:

tu as
ranimé l’enfant mort, imaginé,
Tu as
desséché mon corps au lithium salé.

*

Un raz de marée peureux à nouveau nous divise,
L’inondation ne noie pas que nos péchés,
J’aperçois des cadavres-cupidons flottant –
Nous en faisons notre devise,
Et nos armées déchues peinent à défendre notre amour risqué.

Moïse nous rescape des eaux tumultueuses,
Je revois enfin ton corps affaibli par nos mots de hache,
Tu resplendis, pourtant, et tes mains redeviennent porteuses,
Des plus grandes promesses aux gilets pare-balles,
que ma bouche t’arrache.

Notre étang  lugubre s’évapore, morose,
Nous laissant seuls, au sec dans nos vêtements de blâmes blancs,
Toi, avec ta mâchoire fracassée, moi trainée par mon coeur d’arthrose,
Nous, ensemble, une bombe vivante au ventre:
Assoiffés d’étreintes et de nos corps immaculés de sang.

*

Tu es arrivé géant sur ta monture noire,
Couvrant mes yeux mi-clos de baisers froids
– me faisant amante du soir,
Me donnant pour mandat de faire fondre tes barrières de récifs,
Espérant faire de moi – oiseau de proie – flamant passif.

J’aurais voulu me faire amazone et chasseresse cannibale,
Et  dévorer tes peurs-enfants animales, en faire un fanal
lumineux! Tu aurais brillé de mille âmes,
Puisque je me serais empiffrée – sans dégueuler- de tes drames.

Mais ta monture s’est effritée en âne idiot,
en charmant petit chiot,
Que j’ai décidé de porter, nomade, sous mon paletot,
comme on porte son frère mort,
Comme on prend ses souffrances saignantes
et qu’on les tord.

*

Tes mains froides sont sorties de leurs gants blancs,
Pour étrangler le pétillement-enfant de mes yeux.
De ta rage colporteuse, tu as déraciné mes je t’aime tremblants,
Et bombardé toutes mes contrées fragilisées par ton regard malheureux.

Je veux pleurer sur mes morts en paix et oublier passivement,
Ne plus souffrir de te décevoir. Moi et mon enfant collé à mes pores
Sommes de trop dans un monde de non-dits, même si naïvement,

J’aurais voulu que tu fasses fuir les cafards
Qui habitent mon être. Tu préfères crier et me faire me cacher
Si loin en moi! Tu fais fuir la fillette,
terrifiée de se voir vieillir,
Auprès d’une voix si familièrement méchante.

Peut-être est-ce pour mieux amadouer
La bête refoulée qui se terre et attend et qui,
même ton âme-glacier, de peur ferait frémir,
Et qui de mon corps exorcisé d’un grand coup devra sortir!

*

C’est sur la rive de ma fenêtre que j’ai pleuré ton ombre :
Patiente, je guette ton retour en mon corps, vomissant
Les peurs plantées sous tes poings qui serrent mes poignets, brisant
Les os et la vie qui coule dans mes veines sombres.

Surgit en toi, le monstre des marées houleuses,
C’est pleine de haut-le-cœur que je t’attends et t’aime,
Malgré le mascara sur mes joues et les marques rouges, honteuses.
Malgré le massacre, j’attends qu’on répare notre amour et même…

J’irai jusqu’à ramer sous ta peau, sous tes hanches,
Pour y capter l’assurance d’être en vie,
Je me délivrerais de ton essence, de ton arrogance qui tranche
Le cou de l’amour, qui brise toujours les cœurs nouvellement remplis.

 

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