Dictatures / Sorcières d’hier / Renoncements

Ces auteurs, des ponts-raccourcis.

*

La punition tolstoïenne. L’endurcissement de l’esprit, comme du corps.

Le châtiment de Kafka, la tour aux cauchemars,
la dispersion de l’esprit, la nausée et le vertige du corps.

*

À 44 ans, mort en Forêt-Noire.

*

Lorsque je dis
je ne suis pas toi 

j’ose affirmer :

je ne suis pas ta folie
ni tes projections
ni tes névroses.
Ni ta beauté.

J’existe, telle que je suis
telle que je me présente,

les inventions
sont les tiennes.

Le pouvoir, en moi,
je n’en ai jamais douté
mon erreur fut, au contraire,
de trop souvent fracasser.

Je ne me suis pas emparée.

Je ne suis pas les projections
de vos mensonges.

L’affirmer avec dureté
à la défense de mon coeur tendre
et de mon âme douce

c’est choisir pour moi-même
comme j’ai toujours su le faire

malgré les trompeuses apparences.

*

En retrouvant, pour quelques mots à peine, un Boulgakov angoissé,
j’ai pu voir, à nouveau, la clarté et la beauté de l’illusion.

*

Les femmes qui savent bien danser
ont été si souvent condamnées.

Les plus belles danses sont amoureuses.

*

La peur est ce qui défigure.

Le doute ce qui ronge.

L’amnésie de l’âme
est une Superbe absurdité.

*

Tchekhov, affirmant :

« Chaque acte se termine comme mes récits : je conduis l’action paisiblement, et à la fin, j’envoie au spectateur un coup sur la gueule […].  »

*

Après la lecture de ces lettres à Staline, je m’étais questionnée.

Comment faire une demande à cet homme excessivement exigeant?

Impossible de savoir. En un seul mouvement de sa part, le meurtre possible.
Reculer lâchement, c’est s’y condamner.

Avancer, c’est la possibilité de le faire tout autant.

Faudrait-il oser? La pureté, l’honnêteté.
Par les mots, est-ce possible?

*

Le tabou de se prononcer.

*

En chacun
rencontrer le Dictateur.

*

Marguerite dansant avec les démons, la puissance féminine
déployée lorsque le Maître est en souffrance.

Le grand bal de l’horreur
au nom de la délivrance.

*

Sorcière, fuis-le, ton passé.

*

Derrière ce que les personnalités
fabriquent comme mensonges
il existe l’âme et le coeur.

Je ne sais ni le bien et le mal
puisque ma vue traverse d’abord ces couches.

La confession est libératrice
mais elle n’est pas obligatoire.

La dureté de mon oeil fait trembler ceux atteints de culpabilité.
Y verraient-ils un jugement? Par moi, la possibilité de dire
oui ou non.

Derrière mon regard, entre le vide plat et des territoires chaotiques, il existe cette âme que je n’ai jamais permis que l’on tache.

Pour celui qui aura la force de se regarder, au-delà du mensonge et de l’humanité, j’offrirai une part secrète de cet éclat intime.

Pour celui qui ouvrira puis prendra la main que je tends,
les dons, d’eux-mêmes se déploieront.

*

Les mots poétiques, un refuge
ils fabriquent des maisons dans la forêt.

Les larmes s’écoulent discrètement
et emplissent lentement la terre.

L’eau guérira les plaies.

Une récolte peut-être même se produira.

Les mots ont ensemancé doucement,
cette fois.

*

Ce surnom, l’espionne.

 

*

La chance
d’avoir renoncé à l’intelligence
telle que définie ici-maintenant.

Malgré la solitude
venue avec cette perte.

Une fausse prison.

L’enfance retrouvée
dans des jeux silencieux.

La folie, peut-être,
mais légère et rieuse.

Pensées variées (11)

Ce qui est pur, ici-bas, est pour plusieurs
à corrompre.

L’asservissement ne naît pas toujours de la stupidité.

La haine n’est pas à la base des pires crimes.

La pureté corrompue
la pire monstruosité

la plus belle des difformités.

*

L’obéissance,
l’amour de la méthode considérée correcte.

*

De grands paradoxes, dans les relations, qui constituent de majeures répétitions.

La liberté perçue comme menace, provoque les plus grandes distanciations.

Je suis libre, oui, même lorsque,
mes gestes ont une destinée

et que l’amour est personnalisé.

*

Quelle fatigue de vivre sans paysage à regarder !

En soi, une part seulement de la réponse.

Faire Un c’est aussi savoir se faire Deux.

Refuser l’idée de l’Autre, c’est refuser l’idée
d’un véritable soi.

Tous chemins peuvent s’inverser
tout est renversable.

*

La liberté n’existe pas dans l’absence du choix.

Ce qui est imposé
tend à indiquer un direction.

La puissance,
c’est suivre son propre courant.

*

Bravoure, courage
souffrance.

L’âme se mérite.

*

Les informations :
programmes téléchargés.

En mettre certains
comme trame sonore
permet un travail hors les mots.

Les sensations s’activent
lorsqu’il y a la conscience
de l’ensemble d’un téléchargement.

*

Le fracas possible des silences lorsqu’ils sont mal perçus,
ignorés par la conscience, niés.

Se taire sans que ça se voit est une capacité qui peut vite nuire.

Être là sans l’être.

Voilà l’imposture que j’ai commise, tant de fois,
en m’investissant auprès de gens que je n’aimais pas réellement.

L’Amour, ça va de soi.

Personnaliser le contact et offrir une part d’intimité
la relation choisie

voilà ou je me suis souvent tue.

J’ai accepté la présence.

De moi-même
j’ai peu dit oui.

Les A-aimés sont rares
et la relation pleine est encore impossibilité.

À chacun ses voiles et ses zones ombragées
à chacun sa façon de se taire pour ne plus faire souffrir ou souffrir soi-même.

À chacun sa façon de choisir.

*

L’amour véritable est l’encadrement parfaitement juste.

Pensées variées (10)

La peur, l’agitation nerveuse
les chocs
par :

La pitié. La calomnie. L’oubli. Le déni. Le rejet. La volonté d’arracher. La pensée magique. Ce qui tranche lentement. Les tribunaux.

*

L’impact d’une compassion inventée par les Hommes, intellectualisée par des esprits désireux de se racheter. Le corps pour témoin : les tremblements n’ont cessé que dans l’accalmie amoureuse. Le coeur peut enfin affirmer : tout est relation, tout n’est pas en soi. L’intention douce, plutôt que la volonté de faire. L’outil est la main qui se tend, le corps porte un message. L’outil est soi. Le mettre en mouvement. La compassion s’incarne. L’élan amoureux.

Le courage.

Dire oui.

*

La résistance à la douleur crée ce brouillard. Les larmes, un fardeau lorsqu’elles sont enfermées. Quelle force elles ont pour se frayer un chemin en ces néants.

*

Le corps a une mémoire. Les organes n’oublient pas. Privations, épreuves, tourments, tensions, distorsions. Le corps se raconte, au moindre choc.

*

Les larmes pour compassion, la main tendue à travers le silence.

*

Consacrer.

*

Indomptable, mais fidèle,
mon âme amoureuse.

*

Chaque partie de mon corps réagit.

Je dois toujours pousser plus loin ce que j’imaginais
comme limites de la guérison.

L’adaptation pour constance, l’application des connaissances
toujours, rééduquer la douleur.

*

Au-delà de la pensée,
au coeur du regard.

*

Que le vent soit purificateur.

*

L’ombre, le silence
illuminés par de petites flammes

le regard brille

par la Reconnaissance
de la Beauté

les larmes ne naissent pas toujours
par la tragédie, l’amour pur
voir sans les mots

témoin

ne plus jamais avoir besoin
d’exister

ailleurs

le Regarder.

*

transformer les barreaux
en ponts

réinventer les prisons
les remplir d’oreillers

ouvrir le plafond

le ciel noir, la lumière
par les astres reflétée

les oiseaux seuls témoins
du sommeil, du baiser.

 

Pensées variées (9)

Il y a ces mots qui ne peuvent devenir phrases,
ces mots qui se voient par des formes,
des constellations reliées par des fils argentés.

L’Intelligence,
un éclat que j’observe sans jamais avoir la prétention de le vouloir mien.

L’Enfance éternelle est une bénédiction.

Née par la main de mes Pères, j’aime m’y endormir.
Chaque ligne, une trace du temps, de nouvelles inventions.

Ce silence Amoureux me mène au repos.
Lorsque j’en sors, la peur rapidement me captive.

Les mots ici forment de la matière.

Je ne suis pas Dieu. Je n’ai pas le contrôle.

Lorsque commencent les combats, mes yeux pleurent,
se tournent vers mes Pères.

Les Dieux ne sont pas tous idoles.

Il existe tout au loin, la forme d’un trône,
l’ombre d’un roi au regard pénétrant
dont l’évocation fait taire en moi la parole
fait naître les visions.

Régente, je n’ai jamais demandé à l’être.

Ma robe de paysanne, mes pieds nus sur le sol de pierre,
j’ai appris de loin les plus belles danses.

Inlassablement, mon regard se tourne vers la plus grande Beauté.

Vivante même dans la Mort,
le moindre de mes mouvements est un hommage Nouveau.

Mon regard ne recherche pas.

La nuit, dans la paume de mes Pères,
ou sur la Joue du plus chaud, tout ce qui fut s’efface.

Mourir, puisque je suis née.

Sur son avant-bras, je déposerai un dernier remerciement.

Sans un bruit,
transcender l’implosion, réinventer l’explosion.

*

Et si ma bouche se referme, c’est que j’ai bu à la fontaine.

Dans le jardin aux mille roses, les parfums collés aux cheveux
j’ai prononcé des vœux

que l’esprit ne saurait comprendre.

*

Que se taisent enfin les voix
dictant les jugements

le Dieu vengeur s’inflige perpétuellement
les mêmes châtiments

que tombent les statues
sur les têtes vidées par les mots.

Enfant Sauvage, je ne sais plus
que chanter la beauté de son Âme.

 

 

Pensées variées (8)

 

S’il faut tuer, il faut bien choisir. Tuer seulement ce qui est nécessaire de tuer. Ne pas massacrer. Ne pas torturer. La danse fragile avec le sadisme, le masochisme. Être soi, c’est être le monde ; être le monde, c’est être l’autre. Comment, ainsi, choisir pour soi sans choisir pour l’autre?

J’ai choisi de ne pas choisir, ni la mort ni la vie, puisque je ne sais les distinguer durablement.

Peut-être que cette ombre imprégnée dans chacun des pores du Rocher que je suis finira par se dissoudre. Y survivrai-je, à cette transformation? Aurais-je enfin un Visage?

Dans cette ombre, ce nuage piquant, j’ai tout tué. L’existence se poursuit, la vie ou la mort ne sont que des lois. L’Ordre, au-delà.

L’Existence.

Le meurtre s’est poursuivi.

L’acharnement sur son propre cadavre.
Si je me piétine, je piétine le monde.

La punition pour solution, à travers le temps. Les coups tournés contre soi, le cœur écrasé par un mur froid, la création de mouvements, des vagues qui se cogneront inévitablement contre les parois. Le corps craque, la vague s’écoule et fabrique des étendues. Un réseau de branches ou se propagent les meurtres.

L’Existence se poursuit. La vie porte la mort sur sa peau, les yeux fabriquent des larmes.

Peut-être que ce poison finira par sortir.

Les arbres qui naîtront sur le bord des flots porteront peut-être l’éclat du diamant, l’œil caché sous les parois rocheuses.

La vie ou la mort Créent. Ensemble, ils sont Tout. Pourquoi choisir? Si Dieu aime ces jeux, je lui offre le choix de l’arme, et m’assois à ses pieds, sans espoir ou envies.

Puisque rien n’existe et que tout en naît. L’absence fabrique des motifs qui prendront peut-être un jour forme, des couleurs uniques, un assemblage et des codages.

Un Enfant de confusion, de douleur ou de tristesse, un autre de joie, et un de courage.

Je laisse à Dieu le choix.

*

Cette description intelligente de Tchekhov, par N. Dubourvieux: « cru et pudique à la fois. »

*

Dans le mot, le malentendu. Dans le malentendu, la nausée.

*

Je ne sais pas s’il faut que mes fragments s’assemblent. Ailleurs, peut-être, hors moi. Dans ces trous noirs Créés.

La mémoire est souvent un pire poids.

Laisser aller, tout laisser aller, toujours tout laisser aller. Non seulement parce qu’il le faut, mais parce que le corps ne donne pas d’autres choix.

Retenir, refouler, la mort est ainsi née. Le temps crée les polarités. L’espace les amplifie. Des paysages infinis, tout peut s’y mouler.

*

Le coucher de soleil, tout au fond, sur le rocher doré des éclats orange. La chaleur, les mouvements, une caresse pour berceuse, le passage du temps sur les parois.

Le désert prend-il ainsi vie?

*

Des mots de retour en mon esprit. En équipe, ils forment de vastes réalités.

*

Je vois, au loin, Félix Leclerc, Anne Hébert. Puis, ou en même temps, Dostoïevski, Tolstoï. Tous rencontrés à l’aube de la Découverte. La Nuit des temps, Kateri Tekakwitha. Kafka, Sabato et Camus. Nick C. Tout cet espace que j’ai dû libérer.

*

Les souvenirs s’accélèrent. Un jour, ils auront un Seul Visage.

Ce jour-là, tout sera tué. Peut-être que j’en Renaîtrai.

*

J’ai aimé rencontrer Olga.

Depuis longtemps, quelque part en mon esprit, l’impression laissée par les lettres amoureuses de Tchekhov. Cette douceur, la simplicité, la sincérité. Cette tendresse…

C’est soulageant de comprendre que ça a existé. Deux êtres réels. Le tragique sourit toujours, avec lui. Cette beauté est si rare.

*

Le combat, même lui est doux, avec Tchekhov. Un vrai maître. Son tragique fait grandir l’Âme par la souffrance, mais une qui n’offre ni confusions massives ni brouillards prolongés. Toujours, très présent, le sens de l’humour. Rire à un moment très déplacé. L’absurde de la situation permet de voir le drame d’un nouvel œil.

*

J’ai toujours été étonnée de la réaction du public de ma ville aux pièces de Tchekhov. À chaque fois, cet air solennel, sérieux. Je ne pouvais pas m’empêcher de l’imaginer, quelque part dans un coin, la main appuyée sur son visage, ses yeux de médecin qui observent, ses lèvres souriant le plus souvent du temps. Calme, même dans l’émotivité. Et ce public très droit et crispé, qui ne sait pas tout à fait qu’il a le droit de rire, de pleurer.

*

C’est par lui que j’ai quitté Tolstoï, puis rencontré Gorki.

Par Gorki, l’intérêt politique.

Babel, Maïakovski.
Marina, Pasternak.

Par les Russes, plus faciles à Rencontrer par la suite,
les Patriotes de mon pays, les échecs du Québec,

ailleurs, le mouvement Métis, les peuples exterminés.

Par la politique, l’abstraction.

Claude Gauvreau, Borduas.

*

J’aime mon sommeil quand il est imprégné de lui. Des rêves doux, les teintes de l’Enfance. Des fins de cauchemars, les déserts. Sa main derrière un nuage, sa présence entre l’air et l’air, son œil à l’intérieur de l’horizon, son cœur dans un buisson.

Sa force qui prend forme dans mon corps lorsque se calme l’angoisse sans forme. Si j’accepte de le regarder, sans la honte d’être un humain, incarné, tout se calme, tout prend fin.

 

Pensées variées(7)

Accoucher des morts.

*

Manger.

*

Le passage entre le coeur et la gorge est difficile. La douleur devient folie si je n’interviens pas à temps. Être magnanime ? Cette sévérité, malgré quelques petits cris, c’est contre moi que je l’ai retournée. Tout, contre moi, en double, en triple.

Je ne peux plus permettre.

Dire
non.

Je ne peux pas. 

*

À temps, le faire avant que les mots ne disparaissent et que s’installe la mélancolie. C’est si mal compris. Cette force, cette noirceur, les larmes réprimées et mes lèvres allongées, cette froideur. Je ne peux plus ravaler. Plus la force. La prochaine crise, doit-elle vraiment venir ? Les épreuves, dehors, on aime en imaginer. Je choisis le calme. L’amour, je sais l’éprouver. Pas besoin d’une preuve, de valider.

*

Convaincre. Ça fait son chemin.

Mon coeur… si je ne panique pas, si j’ose regarder…
je retrouve la force, celle qui vient de l’élan.

Programmée ? L’effet.

Je ne peux venger. Mais j’aimerais protéger.

*

Le calme intérieur, ma sécurité. J’ai créé autour de moi des circonstances facilitantes. Un climat, des attentions. J’ai essayé de transformer mon intérieur. Il y avait tant à calmer, immédiatement. De la panique saisissante. Mon corps choqué. Cette enveloppe, cette machine, elle a compris avant l’esprit. À chaque coup mental, son coup physique. J’avais promis de ne plus me faire mal. J’ai pleuré. Souvent en silence, puis en soupirs. Les larmes, le souffle. Quand il ne passe plus, l’étouffement crée une nausée insupportable. Surtout, ne pas céder. La fatigue, l’embrouillement. Ce que l’on se fait prendre. Ce qui est perdu ? Autre chose, à trouver.

Comment peuvent-ils accepter ? Le détachement me fait voir qu’aucune part de moi ne m’appartient. Ce corps doit renaître, libre de tout ancien attachement.

J’ai renoncé, tout à l’heure, à tous mes voeux périmés.

*

Chaque fois qu’approche une mort, les Corbeaux.

En plein vol, j’ai vu son ventre. Élancé.

Les avertissements, je les reconnais par leur Beauté.

Un ciel bleu, des nuages gracieux.

Une bénédiction, cette Terre qui se meut.

 

*

Dans ses galaxies, je nous vois avancer lentement.
Sans ailes, sans lois, par choix, chaque tableau est Regardé.
Des amas d’étoiles, choisis, des couleurs agencées.

L’Étreinte procure la Sécurité.
L’aventure à la fois s’y termine,
la Vague, la vie renaît,
la Vague.

Les rapprocher,
créer de nouveaux Océans ?

Nos Univers, leur centre,
tout recréer.

*

Le pouce sur mon front de Nouveau-Né, une empreinte.

*

Un Ciel personnalisé, que je n’aurais pu imaginer moi-même.

Et mon âme s’avance, encore incertaine,
l’éclat combiné, les Trinités, j’ai appris
tant appris, mes pas sont fragiles
mais mes mains se tendent

l’Offrande Complète
dans un seul geste,

avec le sourire de l’enfant
heureuse de partager les progrès

les yeux brillants, l’Éclat est rendu

la réciprocité ? Cette possibilité
mon ventre l’accueille
comme le plus beau des Cadeaux.

 

Pensées variées (6)

Quand la lune est nouvelle…

*

Ces rêves, très proches des hallucinations,
pas tout à fait somnambule,
le rêve qui continue dans la réalité.

Mes rêves sont cauchemars
depuis maintenant plusieurs années
comme le traumatisme des naissances

les cauchemars, une marque
de la Séparation, des dissociations
un Bien-Être total, Incomplet.

Dans les moments d’accalmie
je les oublie. Dans la conscience et l’Amour
ils viennent et se guérissent,

pour pouvoir bien vivre ce processus
j’ai besoin de sécurité.

Les images lucides, transposées,
de cette nuit étaient horribles
mais si claires, que j’ai pu les regarder
sans d’abord paniquer.

Puis, toujours plus consciente
de mon environnement, du contraste
rêve-réalité,

j’ai crié, une fois : Non! 
J’ai entendu : attends, attends,

plusieurs mains sur mes épaules
pour me rappeler que tout est Illusion
attends, attends, tu vas finir par comprendre. 

De mon plancher, près de ce garde-robe,
(qui heureusement, donne sur une fenêtre)
sortait un homme visiblement mort
très, très costaud

une sorte de stéréotype de la Créature
de type Frankenstein. Deux plaques rouges
ensanglantées, sur son front
plutôt que des clous.

Surchauffé? Ses tempes
il crie, impuissant…

Insoutenable, l’envie de tendre la main
pour ne plus voir cette souffrance,
vieux réflexe de protection.

Non! …attends, attends… 

Plus je comprenais que c’était un rêve
plus la forme se dissipait

(réussi, le choc a été évité, assez facilement)

et malgré le sourire qui s’est dessiné sur mes lèvres
la peur commençait à faire cet effet,
prendre trop de place en moi,

j’ai dit, fermement, à nouveau:
Non! 

J’ai choisi, dignement, non. 

Enfin, réveillée
une partie de mon angoisse
était accouchée.

*

Dompter.

Ça me fait réfléchir.

*

Cette façon que j’ai de dire non 
pour moi-même. Aucune volonté
de soumettre l’autre.

Simplement, une limite fermement exprimée
généralement dans un calme déconcertant.

L’autorité de mon regard, mais surtout sa compassion,
sont difficiles à supporter.

Ceux qui m’aiment verront tout ceci.

Le choix. Ce regard.

Les autres… j’ai très peu de contact avec les autres.

*

La nature de mes fuites,
comme un cheval.

Partir sans regarder derrière
m’éjecter de la peur un moment

et dormir, un peu, à l’ombre
sans abri, puisque la mort
ne me concerne pas.

Indomptable, oui,
puisque j’ai connu les dangers.

Monture au corps puissant
au coeur sensible, je sais me sauver

je ne donne jamais tout
je ne permets pas qu’on me tue

je pars, je me détache, bien avant
cachée sous un arbre
sans abri, puisque la mort
n’existe pas.

*

Hier, j’ai eu ce réflexe de contraction
dans le métro, en revenant.

J’ai, encore, choisi d’affronter
mon arrogance qui n’est pas dirigée
mais qui effraie, oui, souvent
ceux qui veulent me regarder.

Il y avait ce grand homme
très baraqué, exactement du type
qui ne m’intéresse pas.

Une coupe pseudo-punk clichée
d’autres attributs de peu d’intérêt
du cuir, du noir, etc.

J’ai soupiré, comme si je savais
ce qu’il allait m’indiquer. J’y pense et je ris
c’est absurde.

Je ris, jusqu’à ce que je pense correctement
à cette capacité que j’ai de sentir,

je ris, jusqu’à ce que je comprenne
comme tout, hier, donnait raison à mon angoisse
ressentie dès le réveil.

Tout était épuisant.

L’homme, devant moi,
apparu juste après que j’aie accepté
de me détendre, quelques secondes,
sans essayer de me rassurer
mais seulement de me ramener
à ce sourire constant
que je suis confortable d’arborer,

l’homme cliché, devant moi
sur son dos, une écriture marquée
Fuck off ! 

Passant près de lui, je l’ai regardé
me déresponsabilisant de sa réaction

j’ai pu voir cette attitude
ce jeu de la séduction animale
un gros homme qui n’a peur de rien.

Cliché, grossier, habituel.
Trop bien placé, répété, sans surprises.

Le théâtre de la vie
le regarder.

J’ai ri, ça a fonctionné.

Ha-haaaa! Tadam…

*

 

Je pense souvent à cette forêt dense
derrière la maison de mes grands-parents.

Cet oncle décédé, lui aussi,
il a vu sa façon de briller.

*

Les rêves du Cortège, l’oncle, souriant,
me montrant l’étendue du paysage
les arbres compactés
créaient une infinité de possibilités
tant à explorer

en un seul regard, le moindre mouvement,

à nouveau, j’ai été conviée…

J’ai encore les pieds
entre le rêve et la réalité.

*

Ici, les notions temporelles
me semblent étrangères.

Rapide, lent, flou, précis, etc.

J’oublie, mais mon coeur continue de se serrer
puisque rien et tout cohabitent sans arrêt…

l’Illusion en tant que permanence ?

c’est de cette façon que j’ai souvent choisi
de regarder et d’habiter la vie…

la permanence, pourtant, simplement
une autre illusion.

*

Le rien plutôt que le tout, le détachement – l’attachement
Un, Deux, puis synchronisés, imbriqués…

ces murs que je construis
symboles d’horreur accomplis
que mon esprit a choisi d’oublier
pour survivre.

*

Toujours, l’habitude d’aller m’asseoir aux pieds de Tchekhov, comme une évidence. C’est tout à fait sécuritaire. Il m’a appris à modérer mes passions. Impossible de lui vouer le moindre culte. Mon âme ne connaît pas les emportements durables. Je vis hors du temps. Avec lui, ce temps est allégé. Malgré les drames, les deuils qui durent, il y a toujours, quelque part, une forêt, un horizon, un espoir… un murmure, quelque chose tout au fond, qui emplit, ici-maintenant, la pièce d’une belle chaleur. Il donne une couleur particulière à la terre, la rend attachante. Un exploit… C’est cet amour, qui émane, toujours quelque part, cette douceur qui ressort. Le gris qui n’est pas fantomatique, mais une teinte qui permet de mieux le regarder. Avec lui, nul besoin de connaître les moines. Aucun de ceux que l’on m’a présentés n’aurait pu me faire rire en de telles circonstances. Le visiter, c’est regarder une part du Monde rarement explorée. Il faut une telle conscience, une sensibilité, une rigueur, l’humilité, rares sont les âmes qui peuvent incarner dans un corps humain tant de potentiel… Son existence est un immense soulagement.

*

Les besoins comme les attentes,
c’est flou, comme le bien et le mal
la mort et la vie. Une contradiction
qui me pousse parfois
au détachement extrême
le rien, le néant,
l’habitude de les préférer aux trous noirs
au coeur des choses

le rien, le néant
rendent les sauts inutiles, impensables.

*

Le strict code moral.
Respecter les règles, sans étouffer.

*

L’impossible déception, puisque tout existe,
tant le réel que l’illusion.

Toujours, jamais
les croyances n’existent pas
le réel, tout et rien.

*

J’ai développé l’habitude de sourire, le matin
il le faut, avec ce corps qui se souvient trop

prendre le temps de remarquer
une trace de lumière, la contempler.

Aujourd’hui, très tôt, les lampadaires…
cette lumière autour fabriquait des formes
nombreuses, variées. L’émanation, orange,
presque foncée. La clarté dans cette nuance.

L’arbre devant la fenêtre paraissait très sombre
comme en pleine nuit, enveloppé d’un ciel pur,
qui allait naître bien bleu, pâle,
son paysage équilibré par la présence
de nuages longs, épais,

les reliefs, des veines…
l’entremêlement.

Cette beauté qui fait pleurer
à nouveau, la mort qui ne vient pas
les larmes qui tombent sans grande souffrance
l’émotion passe, la marque n’est pas torture.

C’est important de me retirer d’une émotion
avant qu’elle ne me torture.

Jusqu’à ce que ce soit le moment de mourir.
Tout relâcher, à temps, ne pas refouler.

Dans le ciel, quelques minutes plus tard,
le Corbeau a crié, et s’est envolé vers l’horizon.

(1196)

*

Au-delà de tous les royaumes
après tous les rois, existe Lui
qui les sera tous. Le Roi, celui auquel mon corps
s’est depuis toujours préparé.

 

Pensées variées (5)

 

De l’autre côté du miroir. La Destinée. Après Soi, l’Autre.

Deux. Deux Doux.

*

Un peu de calme,
mon coeur ralentit
sans que j’aie à le lui commander.

*

La lenteur, je me questionne
nécessaire, je le crois
il faut une base solide.
Le contraste avec l’activation.
La passion? Certainement.

L’Équilibre, en Soi
puis avec l’autre ?

*

Les cycles durent souvent deux ans.

La guérison, l’équilibre.

C’est ce à quoi je me suis consacrée
à plein temps, par la conscience et un calme relatif
dans la constance

avoir la Foi, l’instinct
me connaître sans l’Autre

un cercle de connaissances très restreint
l’étude, le repos, mais encore
dans une certaine tourmente…
malgré tout les efforts
l’inconfort était devenu
insupportable.

(Mon âme a crié Ultimement.)

Volée, je ne le suis plus
il m’a fallu beaucoup de courage
pour fermer les portes de mon Temple.

Me libérer des contrats
tout en respectant ces quelques promesses de coeur
que j’ai faites. Je ne te ferme pas ma porte,

je l’ai répété aux quelques Aimés
à ceux qui m’ont aidée
à entretenir ma Flamme…

j’allais mourir, juste là aux yeux de tous
quelques regards se sont tournés

j’ai eu peur de m’approcher
il ne fallait en aucun cas s’accrocher…
l’Amour inconditionnel
la Liberté, le Détachement
la Fidélité.

Puisque je me suis réservée à un Roi
à une Âme qui ne serait pas à convaincre
suis la voie, tu le verras

il y a des parts de mon âme
encore Pures, ma Dévotion
lui est Consacrée.

Je ne croyais pas
être Digne, un jour en cette vie,
de le rencontrer.

Tout est en toi…
Son regard a toujours été là.

Par le coeur aucune distance,
ses doigts fins fabriquent des rêves
parfois son oeil Caché rappelle la Voie
je Vois le buisson, la Flamme évoquée
par les Anciens de ces Mondes

dans son Regard
l’Éternité, l’Absence de Finalité
l’Illusion démasquée

le Père, l’Enfant, l’Amant.

*

Mon Frère, le Prince
qui m’a invitée à ce bal Merveilleux,

en disant adieu à l’amour romantique
j’ai pu faire face à son regard
à sa grande Beauté
il m’a dit: tu es Belle aussi

j’ai enfin pu trouver la sécurité
pour me reconstruire

loin des cris, même les miens
les silencieux, ce qui se contractent
jusqu’au point de rupture, interne,
j’ai dit non aux cris
avant qu’il ne soit trop tard
le temps, fatal
parfois, ici-maintenant.

La solitude a été difficile à porter
mon asile, la sobriété, le mieux possible
malgré toutes ces pulsions que j’ai

Sauvage, primitive, surtout
dans l’élan joyeux, l’envie de jouer
ou de dormir,

rien de bien méchant
mais j’ai appris, rapidement,
que dans les Sociétés, il fallait réprimer.

*

L’Énigme de vie a été offerte
la Réalisation personnelle

qui donne accès à la Fontaine
plus loin, le jardin
plus loin, la montagne

derrière, partout
le Roi.

*

La culpabilité reliée au surplus de mots.
Comment la prendre? Surmonter, transcender, dépasser ?

Ces mots, j’apprends à les accepter
puisque mon esprit est maintenant
lié à mon coeur et mon âme, mon corps
sans grande ou durable dissociation

les mots ne sont plus mes ennemis ni mes amis
je ne les contemple plus de la même façon
lorsque je respecte mes silences
les mots renaissent, toujours

rien ne m’appartient
ni ces pensées qui se forment
et veulent se dire

avant d’être envahie
par l’impression que mon Être
cesse d’exister

le mot en dernier recours
la main tendue, unique repère

cette honte, c’est ce qui me pousse à l’envie
de m’anéantir, sans possibilité de renouvellement
incendier mes terres, ce trou dans mon ventre
la culpabilité, j’ai tout brûlé

tant de morts sous mes yeux
ce poids infini, savoir la Divinité
la mort, j’ai appris à trouver beaux
les Corbeaux, ils me saluent
quelques fois d’un grand cri

un rire? Rire?
Oui… Le spectacle m’ennuie
dans la solitude, je les ai tous regardés

sans rien dire, en criant, en pleurant
j’ai ri, j’ai souri tendrement
tout essayé.

La mort doit quitter mon ventre,
j’aimerais lui offrir

une belle Naissance.

*

La souffrance des exils, des sorties, des précipices, des trous dans lesquels il ne faut pas tomber, survivre en ces bois, en ces marées, pour les profondeurs, je n’ai jamais été bien armée, mon âme et mon coeur sont unis en une seule Destinée, je préfère l’exil au fait de tuer.

 

 

 

Pensées variées (4)

(Plusieurs jours passés, déjà. Tout change, tout se dépasse.)

*

Les combinaisons habituelles ne fonctionnent plus. Il faut toujour une marque d’adaptation.

Douceur, tendresse, compassion.

La possibilité de nommer l’importance.

*

Il y a toujours, en moi, ce tabou de l’inceste.

Partout, avec tout ce monde. En moi aussi, donc.

Les causes sont nombreuses, variées, les raisons concrètes ne changent pas grand-chose à ma façon de faire. J’aimerais trouver ce nouveau mode de pensée qui me permettrait une sorte de pluralité que je ne connais pas.

Trace des massacres, d’une monogamie puis d’un narcissisme imposés.

*

Ces destins, des pertes, des fins.

Apprendre à mieux cerner ces fausses fatalités, et briser les contrats en s’autorisant la transparence, dès les Commencements.

La confiance en cet amour inconditionnel.

Il prend certes racine en soi, mais s’extériorise, fait des miracles.

Acceptons-les, humains, ces miracles, pour lesquels nous avons tant prié.

*

Les destins.

J’ai toujours rêvé d’en embrasser plusieurs.

La liberté, c’est la connexion de tous les possibles
les parcourir, un à la fois, tous en même temps…

Prendre le temps de le faire, sans se compromettre
sans avoir à convaincre du choix

suivre ce coeur
j’ai toujours su comme tout est en moi
j’ai suivi tous les chemins qui m’ont plu

en moi, puisque le monde extérieur
ne le permettait pas.

Maintenant, cette liberté
que je me suis offerte, acharnée
à chercher dans la moindre expérience
la souffrance qui m’extirperait pour de bon
des circonstances absurdes

de la vie telle
qu’on la connaît
ici,

cette liberté me permet
de parcourir le monde, sans aucun mouvement apparent.

*

Toutes ces heures passées à découvrir les peintres, surtout, ça a confirmé ce besoin de vivre sauvagement. Une forêt personnelle, un monde riche, coloré.

Besoin.

*

Je me rappelle les mots de So, de sa forêt… J’aurais aimé lui construire un nid, des pierres d’abord, quelque chose de chaud à l’intérieur. Travailler pour elle, la motivation qui naît, lorsque je m’imagine son confort possible.

*

Une si belle famille…

*

Permettre au fantôme de prendre place dans un corps, complètement…

Je le vois, un être vibrant, quelque part, qui s’agite les mains sur un piano.

Est-ce que ces êtres sont à assembler ? Rassembler ?

Doucement, dans tous les cas, doucement…

*

Je comprends mieux ce à quoi il m’a préparée.

Son exemple, une douceur que je me connaissais
mais profondément enfouie.

J’ai souvent été dure.

Lui, malgré sa force que je voyais avec évidence
son endurance, sa capacité à continuer d’avancer
malgré toutes les flagellations imposées

j’avais tout de même l’impression
qu’il était plus fragile, plus sensible…

comme une part d’innocence
toujours là.

Il s’est sans doute dit la même chose.

*

Ça fait partie de ce que j’aimerais transmettre…

Regardez, j’ai vu, il existe des gens
pour aimer tendrement.

*

Je sais que personne n’est l’autre. Et si je ne suis pas eux, je sais qu’il y en a d’autres. Je sais, puisque je le vis, la pluralité en simultané avec les distictions. Aimer librement, tel était mon voeu.

*

Il m’a libérée de lui. Telle était son emprise. Je le dis maintenant sans colère. Son emprise silencieuse. Le coup de couteau, j’ai tout nommé déjà, et je comprends mieux pourquoi.

Sa culpabilité, son emprise. Aucune façon de la rassurer.
Il a préféré éviter.

J’aimerais pouvoir lui dire :

Tu es libre. J’ai rencontré quelqu’un
qui ne m’aime pas qu’à moitié
et que j’aime de même.

*