Notes sur Apollinaire / Réflexions sur le reflet : amour sincère ou envie d’être l’autre?

Genèse.

*

Tournée vers Apollinaire.

Il me rappelle la Lune,
regardant le Soleil.

*

Ses très grands yeux,
la posture, la carrure.

Beaucoup des hommes
que j’ai choisi pour amis
ont ce profil.

*

« Psych »-analysons.
C’est sans doute une façon que j’ai
de chercher mon reflet.

Je me suis toujours visualisée ainsi.
Un homme de la sorte. Je suis pourtant
bel et bien une femme, et plusieurs
me rappellent que ce corps
est petit. Plus que je ne le vois.

Une façon de chercher mon père, aussi,
c’est sûr. Mon père que j’aime avoir comme ami,
cette partie de lui, je la cherche plutôt consciemment
chez les hommes.

Mais je sens que c’est quelque chose de plus physique,
primaire, moins complexe (tout dépend du point de vue).

Je vois peu ma féminité.
Enfant et adolescente, j’ai choisi de miser
sur mes aspects masculins. C’était plus simple.
Une façon de vivre le rejet des hommes
m’y préparer, me rendre comme eux.

Et avec les autres filles, cinq années passées
avec elles presque exclusivement, j’ai compris rapidement
que je n’étais pas en sécurité. Elles me rabaissaient,
me critiquaient, se moquaient.

Pour les freiner dans leurs élans de dénigrement,
je me suis montrée puissante.

Un grand bouclier, un corps dressé,
le poing prêt à se lever en signe de protestation
la parole facile, l’arrogance bouillonnante,
la solidité.

Puis, j’ai commencé à ressentir le manque
des hommes. L’ennui, la solitude.
J’ai voulu plaire.

Je me suis féminisée,
d’abord de façon artificielle,
loin de mes envies réelles, de mon propre style.

J’ai puisé dans mon amour des femmes
pour tenter de les imiter, sans devenir elles,
me différencier de la Muse (c’est important),
sans même comprendre le concept de bisexualité.

Plusieurs problèmes auraient été évités
si j’avais assumé plus tôt
ces envies.

J’avais peur de déranger.
J’attire déjà beaucoup l’attention
tout en ayant cette faculté
à soudainement disparaître.

Double-nature, constamment.
Durablement. (Je ne sais pas encore le bon mot.)

*

Être soi, être l’autre, être moi.

L’acceptation de mon corps.

*

C’est pareil quand je regarde un homme,
et avec lui, ce fut tellement frappant
que je n’ai pas eu le choix de guérir
ce qui était là. Sinon, j’aurais été incapable
de le regarder.

Quand je m’imagine, donc,
c’est dans la forme d’un homme grand,
plus gros que mince.

Je me suis mise en couple
avec ce type d’hommes, en pensant sans doute
que ceci anéantirait le désir.

Moi, femme ici-maintenant,
j’ai toujours été attirée par des hommes
avec un reflet inversé. Longs, gris et blanc, étroits.

Dans mon esprit, je les vois précis, définis.

Une part de moi voudrait être eux.
L’autre, simplement, les toucher.

Dans les deux cas,
une sensation d’aimant, de complémentarité.
J’ai peur de cette attirance physique.

J’ai toujours été rejetée par les hommes
qui me plaisent vraiment.

Avec lui, ces peurs étaient omniprésentes
quand je m’arrêtais à son allure,
au son de sa voix. Je devais calmer
mes tremblements, les soubresauts
les rires à gorge déployée,
la chaleur aux joues, le rouge aux oreilles.

Il a semblé préférer croire que je l’idéalisais.
S’il savait tout ce temps passé
à rêver à quelqu’un comme lui,
homme ou femme, finalement,
juste quelqu’un comme lui.

Chaque nouveau détail
me révélant de nouveaux émois
j’ai failli exploser d’euphorie
si souvent, à le voir être
à l’entendre se taire.

À sa vue,
je ne pouvais pas me contrôler.
Aucunement. Impossible.
J’ai peu essayé. Trop fort, trop grand.

Je n’aime pas me battre
contre mes sentiments.

J’ai dû reculer,
dès le début. Je ne pouvais laisser mes pulsions
me faire agir. La beauté ne doit pas m’aveugler.

Il fallait distinguer: est-ce une forme d’envie, de jalousie
même naïves ? Est-ce du désir difficile à canaliser,
causé par l’apparente complémentarité?

Après avoir pris le temps, j’ai pu départager
le vrai du faux. L’effet est demeuré
et je suis devenue si à l’aise dans mon corps féminin
que je n’ai pas eu envie d’être lui.

Par ces illuminations, je suis devenue Femme,
bien dans ma peau, et j’ai fait la paix avec mon corps,
mon genre et ce qu’ils impliquent (regards, critiques).

J’ai compris, donc,
que c’était bien là de l’amour
puisque le désir n’était pas nécessaire
que je pouvais par le sentiment
le transcender.

L’amour plus que sincère
l’amour en lui-même,
dénudé par choix
sans honte d’exister

puisque c’est tout ce qu’il sait faire.

*

Il y a quelques années,
j’ai lu Les exploits d’un jeune Don Juan.

Révélations sur le rapport garçon-femme,
sur le développement de la sexualité masculine
pendant l’enfance. Le rapport à la mère.

D’une façon, ça m’a permis d’imager
certaines choses que racontaient Freud
sur ce que certains appellent déviances, fétichisme.

*

Questionnements
sur l’opposition entre foi et anarchisme.

*

Je pense à ces spiritualités
qui font vivre dans la dualité
(qui s’Unit plus « haut ») le chaos et l’ordre
la mort et la naissance

qui les rendent également divins.

*

Les Chrétiens, les Blancs,
ont souvent fait l’erreur de tout vouloir
vulgariser par l’esprit.

Ainsi, le mal s’est répandu
dans une recherche limitée du bien,
simplifiée. Plutôt que de laisser à chacun
la liberté d’explorer le rapport intime à Dieu
ils ont voulu le codifier.

(Sentiment d’étouffement,
suffocation.)

*

Des choses me frappent.

On parle de la fascination d’Apollinaire pour les écritures étrangères,
les symboles qui les constituent.

Je comprends cette volonté de vouloir mettre le mot en image
ou l’image en mot. J’ai cette impression que ces réalités
ne sont pas distinctes, ailleurs. Qu’une sorte de compréhension globale
rend le mot inutile.

*

Ils abordent aussi le fait
qu’Apollinaire lisait beaucoup.

Une énumération partielle de certaines influences:
Nostradamus, Mallarmé, Rimbaud, Baudelaire,
Villon, Sade.

*

Association inconsciente
(mise en lumière) avec Maïakovski
et Boris Vian.

*

Réflexions sur des mots de Spinoza et de Kierkeegard / sur la rencontre et la fin des anciennes répétitions, sur le doute et la confusion

Calmer l’agitation quand éclot l’envie d’écrire.

*

J’ai essayé de lire Spinoza, à quelques reprises.

Il manque une certaine passion pour que je puisse réellement y connecter. Je n’ai pas encore vu la nature de son illumination, ses couleurs, sa forme. Il est encore abstrait, une idée.

J’ai aimé plusieurs choses. La clarté du vocabulaire, le mot juste. La pensée efficacement synthétisée.

Quand je le verrai avec moins de recul, plus d’implication, je crois que je l’aimerai.

*

Définitivement, il y a quelque chose là.

*

24 novembre pour naissance, les Pays-Bas et le Portugal, Benedictus.

Beaucoup de liens.

*

Amsterdam.

La présence, toute proche, de K. Justelà.

*

J’y suis allée deux fois. Détesté l’expérience.
Rarement, j’ai une opinion. Mais là, vraiment,
c’était net, frappant. Le sort, la malchance,
l’étouffement.

J’avais ressenti quelque chose de similaire à Prague.

Mais là-bas, il y avait eu aussi
une sorte de magie
qui m’avait touchée.

J’y avais émotive, angoissée
mais aussi en paix, exaucée

j’avais tout laissé aller.

*

Je vais écouter des versions audio
des textes de Spinoza.

L’expérience fut agréable avec Platon.

J’ai retenu mieux que je l’aurais cru.

*

La Répétition me fait sourire
tout en me rendant très triste.

Les mots de Kierkegaard raniment
mélancolie et sentiment amoureux

doux, dans lequel l’ego n’est pas impliqué.

Je me sens bien dans ces descriptions
toutefois, quand je relève la tête

le manque
qui n’est pas sous-produit de l’emprise
ce manque humain, d’une connexion
plaisante, ça me saisit.

Pour me soulager
il existe le souvenir de son sourire
loin de nos malentendus
il existe le souvenir de l’époque ancienne.

La répétition. Prévisible ironie.

La trace, l’empreinte.
Est-ce la fatalité?

Le soulagement est souvent de courte durée.

Le présent est enveloppant
l’absence n’est pas embellie durablement
par le souvenir
qui a mué en tragédie.

*

J’ai écouté le Traité de la réforme de l’entendement.

C’était vraiment bien. J’y retournerai un peu plus tard
pour entendre des explications.

Je dois avant faire ma propre idée.

*

Ce qui était dit sur la confusion était particulièrement intéressant.
Sur le doute, aussi.

*

 

Je n’oserais jamais dire que telle ou telle réalité qui m’apparaît ésotérique est fausse. 

Je tends à croire que je ne sais rien.

Je ne tiens pour acquis ni l’existence de Dieu, ni sa non-existence.
Les croyances ne m’appartiennent pas. La vérité ultime me semble hors d’accès.

Je ne prends pas le temps de m’approprier la vérité.
Mais j’aime la ressentir.

Par l’essence, oui. Par ce que j’appelle Amour divin.

Lorsque mon coeur s’y abandonne, je ressens la foi.
Elle se situe alors en un autre lieu que vérité ou mensonge. 

Je ressens, je connais.
Il n’y a plus de confusion à ce moment.

*

Je vais sans doute écouter cet épisode
d’Une vie, une oeuvre
sur Spinoza.

*

Cette émission me rend vraiment heureuse.
Ça me permet d’apprendre sans lire ou regarder.

J’aime écouter. C’est plus naturel pour moi à schématiser
ensuite dans mon esprit. À traduire en pensée intelligible.

*

Un souvenir de lui vient de monter
je vais essayer de le faire vivre, sans m’étouffer
sans rejeter la pensée.

*

Je comprends mieux ma confusion relative aux mots écrits.

Si je n’avais pas eu son visage devant moi
je n’aurais pas cru à sa présence, à l’essence
de cette personne.

Je n’y aurais vu que les pièges de ma pensée
qu’un produit, donc, de mon imagination.

J’en aurais fait un objet, un outil
de création, de fiction.

J’ai dû mettre en pratique différentes méthodes
une rigueur mentale
pour ne pas laisser ceci arriver.

J’essayais de garder contact
avec mes vérités internes, le ressenti,
une constance magnifique.

Quelle chance
qu’il ait été, même pendant une si courte période,
présent dans ma vie.

Même en moments de grande confusion
son regard (même confus) me ramenait à moi.

La preuve du ressenti, connectée à son éternité,
il y avait en mon esprit l’essence
et pour mes sens, ma vue et mon amour
il y avait la présence

dans le monde concret
du réel, hors l’imagination.

Tout pour m’aider
à ne pas sombrer dans la folie.

*

Je me suis souviens d’un moment de grande honte.

J’ai complètement coupé, déconnecté.
Comme prise au piège, ridicule.
Dans ces moments-là, je ne bouge plus
je fais le moins de bruit possible.

Ça avait provoqué un
ça va? de leur part, un regard similaire
(quoi qu’elle était plus sérieuse et contenue que lui).

Ma seule pensée était :
ça y est, il sait que j’ai parlé de lui.

Tout à coup, ma pensée est devenue si confuse
que je n’ai même plus été en mesure
de comprendre son regard
de me rappeler l’essence.

J’avais perdu contact avec la réalité.

À demi-consciente, dans un monde étranger.

J’ai su quel travail je devais faire
pour moi, en moi, sans lui.

*

Hier, quand les bruits de la nuit
ont eu créé sur moi doutes et confusion

j’ai tenté cette méthode.

Rapidement, j’ai pu reprendre
conscience.

J’avais peur du mal, des démons
de la divine Séparation

les battements de mon coeur accélérés
et les tempes bouillonnant
je n’arrivais plus à me rappeler
la source de la souffrance.

Le calme, enfin, un peu de calme
quand en mon centre j’ai saisi :

je ne ressens en ce moment ni Essence,
ni Présence, ni Amour.

*

Voilà pourquoi
j’ai tant mis de l’avant le sentiment Amoureux
celui que j’ai éprouvé spécifiquement pour lui.

Quand j’ai pris conscience de son existence
il y a eu Rencontre
même courte, une Rencontre.

Par la Rencontre
le sentiment d’Union

la fin de la Séparation
retour à soi
par l’Autre

retour à l’Autre
par soi.

Quand mes pensées ont été occupées
à me demander pourquoi

quand j’ai eu mal de devoir me résigner
à son absence, quand j’ai compris (rapidement)

que je n’aurais guère le choix
et que j’ai résisté à mes sentiments amoureux
(c’est ici de dire que j’ai résisté
aux lois courantes de l’attraction)

j’ai ressenti la confusion.

Elle vient de s’estomper.

Un cycle de deux ans.

Cela n’empêche pas
les larmes de couler
de mes yeux fatigués

même sans la confusion
je m’ennuie de lui

la conscience maintenue
je sais, j’ai toujours su
et je réitère

il n’en existe pas d’autres comme lui
que j’aime autant regarder
s’animer, se poser.

 

Sur ce documentaire, sur cet amour

5-6 décembre 2017.

Je fais un saut. Dans l’espoir de reconnecter à moi-même, sans honte.

*

Il existe ce tabou. La confusion qui vient du pourquoi?, une de ces questions que je n’ose pas souvent me poser.

Était-ce une revendication?

*

Ça crée des rêves, des inspirations, des sensations.

pour minimiser mes ressentis, et me détacher convenablement, j’ai peu aimé cet artiste, l’année dernière. Une muse importante que j’ai choisi de regarder de loin. De temps en temps, je voyage en une énergie, j’expérimente la vibration de cet amour intense que je ressens quand je connecte à l’art de cet homme. Une compassion naturellement infinie, et une prise de distance respectueuse. Je me permets peu de le contempler, je n’ose plus le faire. Je n’ai jamais été capable de le faire durablement et sainement. Tout remonte. Depuis la première fois.

*

Un tabou. La comparaison. Je ne comprends pas l’utilisation. S’est-il fait objet? Est-il un outil? Je n’ai jamais voulu l’utiliser. j’ai coupé, pour ne pas ressentir la culpabilité, j’ai été drastique pour ne pas ressentir l’emprise. Minimiser l’interaction entre mes pensées, le concernant. Je choisis de ne pas alimenter les discussions internes. Le questionnement me semble nuisible. À quoi? Pour quoi faire? Ça servirait à quoi? Je n’ai plus envie de ces procès, de ces collaborations, de ces preuves et de ces soi-disant vérités. Vivre, vivre, hors des questionnements, vivre, il faut vivre.

*

Voilà, j’ai terminé ce documentaire.

Évidemment, j’ai rêvé à eux, à lui et à Nick C.

*

Il est le premier que j’aie regardé.
La peur, celle qui vient avec une aussi grande rencontre,
aura marqué l’importance.
C’était comme rencontrer Jésus,
vivant, ici-maintenant,

le chaos en personne
le calme apparent,
la retenue, l’intelligence,

la douceur de la voix,
la longueur du corps.

Les mains qui rappellent
que tout ceci appartient à un homme.

*

Je me demande s’il s’est trouvé.

Lui en tant que lui,
hors les comparaisons.

Hors nos interprétations.

Je n’ai fait que souligner la Beauté
le mystère entourant tout ce qu’il disait
le rendre incomplet

ma vision n’était pas définie
elle était claire, oui, elle ne choisissait
que momentanément
des couleurs, des formes parfois,
des personnages

mais toujours, une forme autre,
la sienne, que je ne pouvais voir
puisqu’elle était encore invisible

un ressenti s’en dégageait toutefois
à travers cette intemporalité
quelque chose de pur
de luminescent

sa propre source
plus facile à piller qu’il ne le semble

inqualifiable, intime vision
ce que j’ai appelé
divinité.

*

Ce passage sur la Muse était très intéressant.
Je m’y suis reconnue.

Je lui ressemble aussi.

L’esprit. Les cheveux.

Ceci est plus facile à assumer
hors moi. Regarder
constater, c’est déjà une tâche
difficile à relever

sans paniquer.

*

J’ai réussi quand il était là.

J’ai retrouvé le chemin rapidement
je l’explore doucement.

Chaque chose en son temps,
tout doucement.

*

J’avais complètement oublié
Christina the astonishing.

Elle s’est mise à jouer
pas longtemps après
les images dans ce carnet
les religieuses, la femme qui urine,
l’homme qui regarde par la fenêtre,
une sainte à la plume
juste à côté, des femmes qui se caressent
avec le même léger objet.

*

La façon de placer les lèvres, les mains. La forme des oreilles.

La tristesse du regard, le voile sur le bleu.

Notes sur les influences bouddhistes, asiatiques / retour de certains souvenirs (grâce à John Woo et à Jésus)

J’aimais bien aller chez N.

Il y avait toujours de la bonne nourriture,
des discussions animées
(ça semblait l’épuiser)

la télévision allumée
les téléromans de sa mère.

Elle ne parlait pas français
personne ne me comprenait,
mais ils aimaient me nourrir.

Je crois qu’ils n’étaient pas tout à fait habitués
aux Blancs. Sa mère s’exclamait sur mon corps
soulignant la masse, le carrure,
sa grand-mère me touchait, les cheveux, les mains,
les oreilles. Elle m’examinait et constatait
N. me traduisait quelques mots,
elle semblait avoir honte.

Je m’ennuie souvent de la nourriture de sa mère.

Gourmandes,
le midi, de la première année du primaire
jusqu’à la fin du secondaire
nous avons systématiquement partager nos plats.

Une habitude
que l’on a gardée,
malgré que l’on se voit
toujours moins.

Chaque fois, tout de même,
le plaisir d’échanger.

*

Ça me rappelle Jésus.
En fait, ça me rappelle Jésus
celui qui me le rappelle, lui.
Le partage du pain. Un souvenir revient.
Je vois ses mains, dehors, une cigarette,
Jésus et la nourriture, sa voix nomme
clairement. Un autre souvenir. Impression similaire
mais c’est son genou que je vois
et ses cheveux dans le coin de mon oeil
alors qu’il évoque Kafka. C’est très rare
que je me le rappelle avec précision.
Je comprends mieux mon malaise,
celui relié à l’inconscience.
Ça me fait du bien de voir de clair.
C’est soulageant.
(Merci Jésus!)

*

Généralement, pour que je retienne
dans ma mémoire à court terme
une information, je dois la répéter
l’ancrer. Si je bloque, refuse ou refoule,
j’oublie, jusqu’à ce que ça soit traité
par ma mémoire à long terme
deux ans plus tard, le plus souvent.

*

Enfant, chez moi et à la bibliothèque, j’aimais lire
des contes chinois, des légendes d’amour,
la mythologie, les belles déesses, les astres…

C’était tellement beau. Dans mon esprit,
des toiles magnifiques se créaient,
un univers réconfortant, malgré le froid
de certains paysages, l’absence de vie
l’espoir de la vie. L’amour, quand même, l’amour
et la lumière.

*

Juste en face de l’école,
il y avait un temple bouddhiste.

Un petit local, un ancien appartement,
on voyait parfois des moines
dans des habits orangés, je me souviens ma surprise
en voyant un jour une femme Blanche
ça m’a inspirée.

Une statue dorée était visible
la fenêtre nous laissait voir l’oeil d’un Bouddha
et par son ouverture
venait aussi jusqu’à nous
l’odeur de l’encens.

Un jour, quelqu’un m’a offert
un paquet de photocopies provenant de cet endroit,

de belles reproductions de dieux et de déesses.

J’ai aimé les regarder
mais je n’ai jamais osé les accrocher.

*

Papa aimait regarder des films d’arts martiaux.

Pour moi, c’était un compromis
des films d’action agréables
comparativement au genre américain.

Certains, je les ai vus des dizaines de fois.

Je me suis concentrée
sur les tragédies.

J’ai toujours été juste à côté
de ce qui était confortable pour moi
plus doux, naturellement agréable.

*

En voyant repasser cet article
j’ai eu envie de regarder un film de kung fu.

Le trac, je ne sais pas pourquoi,
est bien installé.

Alors qu’habituellement
c’est quelque chose de facile.

*

Je pense que c’est quelque chose de similaire
que j’ai aimé chez Batman.

*

Deux cents millions d’années en retard
je m’initie avec plus de précision.
Il fallait que la honte passe
pour que je me souvienne.
C’est particulier. Chaque fois que je pense
reprendre contact avec moi seule,
je me souviens que c’était aussi
quelque chose qu’il avait nommé.

Ça me fait sourire. Ça me gêne,
mais ça me fait sourire quand même.
Trop de candeur dans cet amour
pour que je demeure longtemps dans la honte.
Le défi est d’avoir maintenant la même attitude
face à mes écrits.

 

 

Apprentissages, sur le laisser aller dans le processus d’inspiration (les besoins) / Tarkovski

Généralement dans la vie
j’aime prendre les choses comme elles viennent
je commente mais je n’interviens pas
contre les événements.

J’ai vécu pendant quelques jours
une autre traversée du désert,
une nouvelle mort. Je réussis toujours mieux
à me détacher de l’idée que ce processus
doit nécessairement être souffrant.

J’ai de la difficulté à ne pas culpabiliser
pour mon incapacité temporaire
à créer des images.

Je prends les choses comme elles viennent:
j’ai accepté l’offre de repos
je prends le temps de m’inspirer.

Comme C. a voulu s’abonner à la bibliothèque
j’ai finalement dit oui, l’occasion s’est présentée
et je le l’ai fait. J’ai regardé beaucoup de films
cette semaine. Presque pas écouté de musique.
Ça fait différent.

Ce qui me fait paniquer
est que pendant ce temps
je ne sais pas ce que feront les images
ce qu’elles créeront en mon esprit.

Je me dis: je devrais être en train de créer
plutôt que de regarder des créateurs créer
le non-sens, l’incohérence qui me font trembler
et donc, m’immobiliser.

Depuis quelques années, j’applique ces observations
dans ma réalité et ainsi
je laisse le processus s’opérer
j’essaie toujour mieux de vivre
le moment présent

je comprends
ce qu’est ma pulsion
et ce qui est juste un besoin normal
un besoin d’humain, de bête,

ce que j’ai appris à accepter
tranquillement, un processus en cours
depuis ma première conscience
et cet éveil lumineux à 11 ans

(jusqu’à ce que je le rencontre
et que tout s’accélère. tout ce que je laissais
tranquillement prendre forme, tout à coup
matérialisé, conceptualisé,
parfois vulgarisé (surtout dans le bon sens du terme)
me mettant face à tout ce que je n’avais pas encore
appliqué dans la matière))

mes besoins, ceux des humains
ceux qui ne sont pas émotifs
je ne les étouffe plus
par la hâte, la crainte
qu’ils grandissent trop vite

(et nous écrasent, eux et moi
des besoins qui m’anéantiraient
c’est ça, ma peur centrale
je crois bien, que sans vaincre
(je ne me bats pas), j’arrive à regarder
en face, ne pas la laisser prendre le dessus
rester ferme dans mon amour
dans la pureté)

je les laisse s’exprimer
relativement librement

(quand ce ne l’est pas
c’est surtout que je ne ressens pas
d’émotions et qu’il m’est donc ardu
d’apaiser, de réconforter, de rester là
c’est une part de moi
que j’apprends… tranquillement, doucement
à aimer. peut-être les choses seront-elles accélérées
quand je le serai dans la matière,
aimée au complet)

je laisse les choses se faire
et je n’interviens plus de façon active
dans le processus.

Donc, ici, j’ai respecté le besoin
de regarder sans parler,

j’ai mis des efforts conscients
à le faire jusqu’au bout
à ne pas me laisser décourager
par mes tremblements et mes fuites

en permettre une partie, aussi,
c’est important pour l’instant,
j’ai réussi, donc, je les ai vus
sans me détourner, j’ai accepté
de regarder.

Il y a eu une progression.

Pour le premier de la semaine
j’ai été capable de me concentrer
par périodes de 30 minutes.

J’ai dû remettre au lendemain,
répartir, même, sur 3 jours.

Puis, pour le deuxième,
une partie le soir, et l’autre le matin.
Moitié-moitié.

Pour le troisième, une heure et demi
et une demi-heure le lendemain
(mais plus de 24 heures après).

Ce matin, j’ai pu regarder presque d’un coup
L’enfance d’Ivan.

Quelque chose m’a agacée
(j’étais très agitée aujourd’hui)
c’est que j’ai dû prendre une pause
que je considère désaxée

au moment ou la pulsion devenait
pensée répétitive, je l’ai fait
pour l’arrêter, puisque c’était somme toute
inoffensif, c’est l’objet et la couleur
(disons ça comme ça) de mon mouvement
qui m’ont dérangée.

Pour faire l’équilibre, j’ai voulu regarder
des photos de Fassbinder, essayer de me déprendre
de la pensée trouble, de l’impression miste
que son visage et son corps me font. Il me rappelle
certains hommes très intenses que j’ai connus
je ne me sentirais pas en sécurité avec lui,
et hier, après avoir lu sur sa mort, j’ai mieux compris  :
la source de cette intuition, la flamme dans ses yeux
mais encore plus le vide lorsqu’elle s’éteint.

Pourquoi vouloir mieux voir ça? J’ai cédé.

(Et encore, encore,
cette boucle : GG, Nick C., Scratch Acid
puis pour me reposer, Richard Hell…
puis une dernière shot de Scratch Acid.

Un schéma que j’accepte
plus que l’envie de consommer
passe avec.)

Je suis contente tout de même de constater
la réussite, demeurer concentrée,
relativement en place.

*

Tarkovski me fait un effet similaire
à Bergman. Toutefois, je me sens plus à la maison
en Russie, dans un refuge, triste souvent, oui,
mais j’y éprouve une grande tranquillité.

Avec Bergman, j’ai mal, atteinte
je ne peux plus bouger, comme forcée à l’écouter
appelée à comprendre mieux, voir plus profond,
mais j’ai mal, j’ai tellement mal…

Avec Tarkovksi, je pleure, oh oui,
mais ça me fait du bien, comme la lecture
d’un poème génial, tout s’intègre rapidement
je ne plonge pas en la pensée
place à la contemplation

j’ai froid, mais je suis bien.

*

J’ai essayé de repenser à Stalker,
mais ça m’a fait pleurer automatiquement
je ne suis pas allée voir plus loin,
mais je sais qu’il y aura des clés
dans Andrei Roublev.

J’hésite à le voir maintenant
(sûrement en trois parties)
ou à regarder Nostalghia
que je dois rapporter.

Ça me fait peur.
Ce que j’appelle démon
(génie serait plus juste
le brun-orange ici) s’y trouve.

*

Pendant Ivan,
j’ai ressenti beaucoup de tendresse,
au coeur, l’espérance que l’amour touche
les plus souffrants et apeurés.

C’était vraiment touchant.

J’ai aimé voir les visages
malgré l’ombre, les traits
mis en valeur,

les cheveux foncés, le blanc de la neige

la noirceur du ciel, les cheveux blonds d’Ivan,

j’ai aimé la simplicité des dialogues
les mots importants répétés

(je répétais après pour me pratiquer
ce que j’avais fait aussi pour Angst vor der Angst
lentement, souvent)

la profondeur du propos
les sous-entendus.

J’aime toujours lire ce que Bergman
a à dire sur lui. Ça me rend heureuse
et me confirme mon sentiment.

Comme un Père qui me présenterait
un Frère.

*

Ça me fait sourire.
Je l’ai regardé de plus près
après écouté
la musique de Solaris.

C’était comme pour Slint,
aller à la maison.

 

 

Conceptuel, visuel, littérateur – Sur son intelligence / sur l’emprise et l’amour véritable

En discutant avec C.
j’ai mieux compris cette idée
de concept, en art

ma vision s’éclaircit, aussi
de plus en plus, par rapport à cette phrase
qui revient souvent, alors que j’entretiens
peu de pensées de ce genre (mots, événements),

ce : c’est parce que tu es une artiste visuelle
et moi, un littérateur.

*

Donc, toute ma vie
j’ai refusé ces aspects de moi
qui n’étaient pas littérateurs.
J’ai tout fait pour mieux maîtriser
l’analyse, l’observation critique,

j’ai lu beaucoup et j’ai passé du temps
dans mes loisirs à réfléchir sur ces lectures.

Le pont entre la lecture et l’art visuel
a été pour moi le cinéma.

Je suis une spectatrice généralement
enthousiaste, curieuse
mais facilement happée par l’émotion
ainsi, il m’est difficile de regarder des films
de façon prolongée, seule
alors qu’à plusieurs, ça allait.

C’est peut-être aussi
parce que j’ai été longtemps
seule, dans ma chambre, à regarder des séries
et des films, à en faire des accompagnements

des fois de façon névrotique
ce qui m’a effrayée

j’ai donc été plus prudente
par la suite, à l’affût des possibles rechutes

je me suis beaucoup privée.

Artiste visuelle…

Je comprends pourtant
très bien ce qu’il a voulu dire
et c’est vrai que si on regarde
rapidement (et même plus lentement)
c’est une manière valide
de nous distinguer.

Malgré qu’à l’époque ses idées semblaient
prises dans son esprit, difficilement assemblables

son intelligence était évidente
et sans me dénigrer, j’ai rapidement accepté
qu’il était plus doué que moi.

(Impossible de lui dire pourtant
par crainte qu’il pense que je l’idéalise)

Le type de mots, leur précision
le choix. La construction de ses phrases, aussi,

des fois compliquée, quoi qu’avec un certain ordre
qu’il fallait seulement apprendre à discerner
son langage, c’était important de s’y adapter
pour pouvoir bien comprendre
sa grande intelligence.

C’était fascinant, toujours très intéressant
de le lire, de l’écouter parler

ses idées qui s’enfilaient, leur succession
ou le très grand calme, comme une déclamation
quand il était en forme, ou moins tremblant

j’ai tellement aimé ces conversations avec lui
cette correspondance en direct, animée par nos états
(qui étaient changeants) et généralement empreinte
d’accueil, sauf en périodes d’interdiction

qui furent nombreuses
qui ont étouffé notre lien.

Un littérateur.

On m’avait toujours définie ainsi,
une littératrice, une théoricienne

j’aime la recherche quand elle donne des résultats
je me plonge aisément, je trie
et mets en place les informations.

Seulement, je n’arrive pas bien
à choisir mes mots.

Le mot est pour moi des centaines d’images
les réalités sont formées de plusieurs liens

et il m’est difficile de condenser
ce que je vois. J’arrive à le conceptualiser
plus facilement avec une couleur
et parfois des chiffres, des sons,

alors que les mots me laissent souvent
insatisfaite.

Mon esprit est difficile à saisir
comme mon essence

et j’ai accepté depuis longtemps
ce flou, je l’ai choisi
plutôt que la corruption
de mon naturel.

J’avais trop de barreaux à ma cage
je ne voyais plus la porte

j’ai eu beaucoup de difficultés
à sortir de ce monde fabriqué de mots
et de pensées plus concrètes qu’abstraites.

Le calme, la contemplation, la création
m’aident à retourner à cet état
de silence

la pensée formée d’autres choses
que des discours élaborés

jamais à la hauteur
de l’ampleur-profondeur
de ce qui est.

*

Je sais maintenant mieux
ce qui m’accrochait dans

artiste visuelle. 

Une part de moi avait compris
que la vue est limitée au sens

aux yeux

alors que ce que je crée
ne vient pas du monde présent

(bien que j’aime qu’il en fasse partie
là-dessus, je m’inspire de l’esprit de Magritte
et d’une façon qui peut sembler contradictoire
mais qui ne l’est pas vraiment dans mon monde de nuances
de David Lynch
j’essaie de trouver le milieu
et de ne pas me perdre
dans des labyrinthes de psychanalyse
et de sur-réflexion… même plus ou moins conscientes
rendues évidentes par les images créées
dévoilées)

comme s’il manquait quelque chose
pour que ce soit complet

une part qui n’est pas dite
qui n’est pas incluse
dans ce que la majorité des gens entendent
par visuel. 

Je ne sais pas encore quel est le bon mot
mais il y a eu cette clé importante :

l’art conceptuel.

Avec C. nous nous sommes dit
que sans doute que le concept

vient ajouter cette dimension au mot visuel: 
ce n’est pas uniquement les yeux qui voient
mais l’esprit aussi

l’esprit est intrigué
par la création, parfois plus que les yeux.

Voilà un des effets
que je voudrai créer
éventuellement.

*

Il y avait aussi quelque chose
qui m’avait étonnée
dans le fait qu’il ne se voie pas
lui-même comme artiste visuel.

Son langage était très imagé
tant dans les conversations courantes
que dans ses blagues (toujours assez
étonnantes, la direction difficile à prévoir
c’était magique, et toujours
je suis portée à crier: DIVIN!)

et du peu que j’ai pu lire
de ce qui s’apparente à de la poésie
ce qu’il fait peut être bouleversant

c’était frappant, violent même parfois
comme les mots formaient des réalités complexes
loin d’être seulement un mot
ou une image, non, un ensemble de liens
déjà créés pour le spectateur attentif
tant d’information offerte…

*

J’ai prouvé que je pouvais résister
et j’en suis en un sens contente.

c’est triste, aussi
je crois.

J’aurais quand même aimé
être capable de le regarder
au moins quelques fois,

c’était trop dangereux
c’était comme un terrain miné
des menaces à chaque détour
(une hostilité, des bombardements)

l’émotion: pire des risques
et bon Dieu que face à cette personne
je me sens vivante, présente,

une sorte de joie, d’exaltation
prend toujours le dessus

(et plus ça monte, plus ça descend)

peu importe ce qu’il y a eu
ou ce qu’il n’y a pas eu

je ne peux m’empêcher d’être émerveillée
touchée, émue… tant d’aspects de lui
me secouent. dans le silence,
c’est impossible de résister
à la tristesse qui m’aspire
quand après sa présence
c’est son absence qui me secoue

je n’ai pas eu le choix
de complètement me priver.

Mais quand même
indépendamment de ce « moi » qui ressent,

si cet homme
je ne le connaissais pas
que j’avais seulement rencontré son art
j’aurais sans doute un béguin tremblant
et des exclamations irrésistibles:

wow, génial, magnifique! troublant, choquant, audacieux
(courageux)! 

Si je l’avais vu de loin
exister, même sans jamais lui parler
(s’il ne l’avait pas fait
je crois pas que je l’aurais même salué.
l’effet, l’effet..! indescriptible par des mots)

je sais que j’aurais été curieuse
sans doute admirative,
intimidée oui,
par tout ce qu’il a semblé fou
que j’ai nommé sa Beauté,

je sais ce que j’ai vu.

*

Aussi, j’avais eu cette intuition
par rapport au cinéma, aux images en mouvement,
difficile à mettre en mots,
concernant une capacité
que je décelais en lui

émanant de son calme
et de la logique de ses raisonnements
sa capacité d’introspection.

Comme je n’y « pense » pas souvent
(je le fais en écrivant)
les mots ne viennent pas.

Mais voilà
cet émerveillement
celui qui a existé pendant notre relation
pour bien accepter, j’aime le ressentir.

Tout est toujours plus facile dans l’amour.

Je tends à moins
rejeter

les émotions par peur
de les expérimenter.

 

Émotivités suite à l’écoute de deux entrevues

J’ai eu envie de quelque chose de doux
après avoir peint l’allégorie de la Justice
(jaune / rose – morte?)

j’ai donc écrit
Kim Gordon sur YouTube
pour entendre sa voix parlée

(plutôt que sa musique et son chant
ses mots écrits).

Après moins d’une minute
me voici, à écrire pour mieux apprivoiser

cette voix, cette vibration
ça me prend un moment pour m’adapter

je suis un peu intimidée, aussi,
elle est tellement, tellement belle
c’est impossible de résister à la vague
que ça me fait ressentir

une profonde admiration

(merci mon Dieu
qu’il me l’ait présentée
je ne sais pas qui je serais autrement

celle d’avant, sans doute
dans cette vie ancienne,  loin de mon identité
et de mes goûts, de ma personnalité)

l’émotion est difficile à contenir
ça me fait trembler. C’est rare.
je ne suis pas habituée

par ma distance et mon détachement
malgré certaines intensités ressenties
je demeure quelqu’un de relativement froid
à demi absente, avec la capacité de s’en aller
en retrait, reculée,

(ça ne veut pas dire
que je n’aime pas
pendant ce temps-là

je ne fais pas exprès
je m’en sens souvent coupable)

je ne suis pas habituée à la nervosité
de la rencontre, encore moins avec quelqu’un
que je ne connais pas, plutôt inaccessible.

Ouf…

Il faut bientôt que j’y retourne
avant de me donner trop d’excuses.

C’est bien, dans le coin de l’écran
pour m’encourager, d’autres épisodes du podcast
suggérés. Je vois Nick C. et ça me repose
(ce dernier mois pourtant, j’ai fui cette forme d’apaisement
malheureusement, ça me faisait juste trop mal)
il y a aussi un tout petit peu plus bas, Iggy
et ses beaux cheveux.

*

(Ah… c’est donc cette chevelure
que je reconnaissais
sur cet homme avec qui avait eu lieu
la si longue et intense « conversation »!)

*

GO!

*

Eh fuck…

Pour la première fois
j’ai pu déchiffrer ce qui était écrit
sur son chandail, celui de la photo de couverture
de Girl in a Band.

J’avais même jamais pu bien voir
ce qui était dessiné dessus.

C’est tellement difficile pour moi de la regarder
tout d’un coup, je prends mon temps,

mais voilà
je réalise plus tard
toutes les inconsciences.

(comme d’hab)

Seigneur.

*

C’était vraiment cool.

Surtout sur l’art visuel/conceptuel,
et juste assez de références musicales.

ça m’a fait « réfléchir » à ce qu’est un artiste.

pour l’instant, mes pensées sont encore
sous forme d’images. bientôt viendra la traduction.

le mot concept.
le concept.

c’est une clé importante.

*

Être obligée de regarder cette émission
offre quand même certaines belles surprises.

l’animateur me stresse, je veux dire,
il va très vite et dans beaucoup de directions
c’est difficile à suivre,

mais quand même
je suis contente de savoir c’est qui, c’est quoi.

Il y avait cette courte entrevue avec Charlotte Gainsbourg.

Elle a nommé la mélancolie « du côté russe »
(ou quelque chose comme ça) de son père,
sa grande nostalgie qui ne lui fait pas du bien
selon ses dires.

C’était tendre.

En fait, ça m’a rendue très émotive.

La veille, j’avais écouté Bloody Jack
que j’aimais beaucoup, adolescente,
et quelques autres chansons
pour m’aider à sourire

(mais il m’a fallu changer vite
pour ne pas, justement, ressentir
cette mélancolie)

et connecter un peu à papa
qui a beaucoup aimé Gainsbourg

(un autre géant qu’il m’a présenté).

*

J’ai beaucoup pleuré après cette entrevue
plus que d’habitude, pleuré pour vrai
avec des sanglots, c’est rare. ça faisait un moment.

Ça a ébranlé quelque chose
à propos de l’envie de mourir.

J’ai presque écrit à papa pour lui dire
que je ne pourrais pas aller au souper
pour la fête de M.

(une des rares occasions de voir Jy
dans un contexte « agréable »)

j’étais tellement à l’envers.

Il faut dire qu’il y a eu après l’entrevue
cette chanson triste, très lente,
comme éternelle

qui m’a entraînée un peu plus
vers cette peur du suicide
le suicide de quelqu’un que j’aime.

J’ai été paniquée,
en proie à une sorte de terreur

la nausée et pleine de tremblements.

indescriptible angoisse
alternant trop rapidement avec un grand vide
la peur du drame
et la façon morbide de me détacher
pour ne pas chavirer
complètement loin
effacée de moi-même

les cycles très, très rapides
quelques secondes

culminant en tristesse massive
d’un type que je ressens rarement.

C’était toute une journée.

*

Je suis contente de pouvoir me détacher
suffisamment de mes propres états
pour pouvoir avancer

là où se situe le véritable progrès
toutefois, est dans cette façon nouvelle
de ressentir, d’accepter
de ressentir.

C’est difficile pour moi
encore honteux parfois
de pleurer, de rire fort aussi
même d’éternuer, de manger…

Je sais maintenant
les véritables enjeux
l’importance, tout ce qui s’est développé
en moi, depuis sa rencontre

je sais avec des preuves
plutôt qu’avec une parole folle.

Celle que j’étais avant
n’aurait jamais eu la force
de mettre en place tout ceci.

Je suis fatiguée, certes,
et puisque je suis ainsi
la mélancolie me guette

la larme facilement à l’œil
comme collée, je l’aime bien
elle fait partie de moi.

*

So a encore eu une montée
de pensées suicidaires,
des mesures d’urgence à prendre.

*

J’en arrive maintenant au point
où je comprends véritablement
ce que j’ai voulu lui dire.

Victime de l’état suicidaire d’un autre.

Cette fois
je me reposerai

puisque me dévouer
n’enlève pas le poids
de sa douleur de vivre.

Ça lui appartient
elle doit apprendre à faire seule
ces pas vers la vie.

Cette fois, je ne me mettrai pas
dans cette position où je dois réparer
et accepter, au nom de sa douleur.

Encore une fois
ce que je lui ai dit
je le disais aussi à moi.

Je dois arrêter d’y penser.
Pour l’instant, je n’en ai pas le choix.

Réflexions autour de la lecture de Bukowski et des journaux de Kurt Cobain

J’ai lu un peu Bukowski hier

pris une page au hasard : 177
allons voir, regardons

il parle de son odeur.

Ça m’a rappelée cette réflexion
sur celle de M. qui est parfois la mienne.

Avant, j’associais son odeur à celle
de son camion, ensuite à celle de sa maison
puis j’ai compris que c’était l’alcool
qu’il a toujours pris de façon régulière
pour se donner de l’énergie

c’est ce que m’a raconté papa
c’est vrai que j’avais remarqué
que M cherchait une source d’entrain
je crois qu’à jeun, il réalise ce qui est
il ne peut pas supporter
ses choix

puisque les contrats qu’il a choisi de signer
ont créé cette vie
qu’il dit de plus en plus regretter.

Bukowski, lui, je ne sais pas s’il est mort heureux
je ne sais pas s’il a déjà cherché à l’être
comme né sans doute avec la conviction
qu’ici rien n’est possible
je ne sais pas, je ne sais pas…

J’ai pensé à sa misogynie
ou plutôt, à sa façon de ne pas vouloir
d’une femme dans sa vie, considérée
comme une nuisance
à son quotidien d’homme fatigué
qui veut seulement boire, étouffer les voix
en concentrer une et la faire sortir sur du papier

j’ai pensé aussi
à son besoin d’écrire
j’ai toujours admiré ceci
il a maintenu l’habitude
comme une rare certitude
ce besoin net qui n’est pas analysé
qui n’est pas poliment expulsé
il a craché

je me demande s’il s’est questionné.

Je ne sais pas.

Il est un de ces hommes
de qui j’aurais pensé :
tu ne m’auras pas.

*

J’ai continué ce matin
le journal de Kurt Cobain.

Je savais que ce serait difficile
ces pages à venir, maintenant qu’elles sont
souvenir, je sais pourquoi.

Il y avait un long texte
sur un tueur en série fictif
sur ses fantasmes violents
le feu, les intérieurs

(très humain, très basique
chez les tueurs en série
souvent cet instinct semble décuplé
et admis, accepté comme correct

(puis par honte
tout aussi violemment refoulé
créant parfois le déni de la condition
le déni même des crimes
un but inventé)

ainsi il y a place à l’imagination
au repoussement des limites)

sur les sévices subis durant l’enfance
les ébats sexuels des parents exposés
la mère se faisant frapper
par le père enragé
l’enfant forcé de regarder.

Par son texte, je sais qu’il était renseigné
il vulgarise mais ça reste empreint
d’une certaine vérité.

C’est difficile en le lisant
de ne pas me dire
pauvre enfant…

Je garde en tête les mots tendres
de Kim Gordon à son égard
la description qu’elle avait fait de son physique
de sa taille qui lui apparaissait si petite.

Ses textes étaient assez violents
et en même temps si tristes.

*

Il y avait aussi
ces deux phrases sur Bukowski
une scène décrite dans laquelle
il brûle tous ses livres.

Parfaite synchronicité.

J’ai pu par la suite
regarder ce que j’aime tant de lui,
mieux l’analyser
par mon cœur plutôt
que par ma pensée.

*

J’ai cette impression
qu’il est plus facile pour une femme
d’aimer Bukowski.

Ça semble contradictoire
et pourtant ce ne l’est pas

je crois qu’il est ici question
de charme, d’effet
mais aussi de compréhension
et d’amour inconditionnel

là ou tout vient se gâcher

(comme il l’a si souvent décrit
tant dans ses romans
que dans sa poésie)

c’est quand elles veulent plus

quand le regarder ne suffit plus
lorsqu’elles veulent obtenir
il dit non, non, non
il jappe, il crache
il frappe, il menace.

*

C’est un des seuls auteurs que j’aime
qu’il a lu. Pendant notre couple
j’ai peiné à lire

puisque j’aime tant partager
là, ça mettait l’accent sur ma solitude
l’impossibilité de parler de ce qui me plaît
d’en avoir le droit, certes, mais de ressentir
l’incessante incompatibilité.

Il a lu un de ses journaux il me semble
pendant que je lisais des nouvelles
elles étaient violentes, des meurtres,
des viols, et j’avais arrêté pour un moment

avant de reprendre sa poésie

(É m’avait acheté pour mon anniversaire
deux recueils en anglais).

*

Je ne m’étais pas trompée.

Aussi insignifiant que ça puisse paraître
je savais que ce n’était pas anodin

la prise de conscience avait été si massive
que ça ne pouvait pas être rien.

Oui, aussi superficiel que ça puisse paraître
notre… orientation culturelle
était si différente (bien que pour ceux
qui n’y connaissent rien, elles étaient la même)
que nous ne pouvions développer
une réelle complicité.

Sa nouvelle copine
est typiquement emo.

Je savais, je savais. Je savais!

*

Je regarde des fois son Instagram
pour prendre des nouvelles
éviter le contact réel
qui de toute façon ne donne jamais rien.

Comment ça?
Bien toi?

Bof, à quoi bon.

Il a l’air correct, en sécurité
dans la maison de cette fille
qui me semble très jeune
encore naïve.

Ça me fait peur.

De lui, sur ses photos, je retiens la fébrilité du regard
et un certain vide, qu’il n’aimerait pas
que j’analyse

ce que je n’ai jamais fait
contrairement à toutes ses accusations
mon cerveau n’a plus cette capacité
à se concentrer sur des pensées
répétitives

je regarde et je choisis
sur quoi m’arrêter

(l’art, la politique)

les humains, j’aime les contempler
et les comprendre par les yeux
en faire plus sans que ce soit demandé
c’est s’acharner, ce que depuis longtemps
j’ai choisi que je ne ferais plus

essayer de comprendre

non, non
j’ai fait le choix de croire
ce qu’on me dit et ce qu’on me tait
de passer à autre chose

de ne pas sur-questionner

(je réitère toujours ma présence
la main qui ne peut faire autrement
que de se tendre

mais je ne cherche pas
à sauver, je n’en ai pas le droit
à chaque humain la possibilité
d’accomplir sa destinée

mais ma main peut toujours être prise
mon oreille, ma bouche, mes yeux
ceux que j’aime, je les choisis
et ils sont peu nombreux

il faut comprendre que ma peur d’envahir
prend le dessus sur tout le reste
ma présence est déjà assez forte
je ne peux en plus la forcer
à s’introduire

dans la vie de ceux
qui m’ont à répétition refusée.)

il m’aura appris ceci
par toutes ces fois où il a voulu me faire taire
ma voix nuisance à sa paix d’esprit
mémoire de son humanité
de sa capacité à connecter
à ressentir, malgré tout
nous étions très liés

comme par l’intérieur
si semblable et si opposé

trop difficile de communiquer
toujours plus de fossés créés
qui ne se sont pas remplis
par la psychologie
un peu oui

mais je crois m’y être tout de même noyée
étouffée (de la boue et de l’eau
fabriquant une colle)

dans mes acceptations
dans mes volontés de nous améliorer

c’était déjà depuis longtemps raté.

J’espère qu’il ne fera rien de tel
à cette nouvelle personne qui semble l’aimer

oui, il est facile à aimer
par sa singularité, facile de s’y attacher
personne d’autre n’est comme lui
et ce n’est pas tout à fait
parce qu’il s’assume, c’est comme si par défaut
il était entier

(il n’a pas aimé que je compare
mais ça me rappelle GG, Bukowski

(ils sont plus jaunes que lui
qui reste malgré tout
surtout violet)

lui, ses fixations
c’était plus A. Fish, Ed Gein

(que mentionnait aussi tantôt
Kurt Cobain)

une admiration pour Poe
Sade et Napoléon
bien marquée)

il est facile à aimer
c’est facile d’oublier
ses méchancetés et sa sottise
son arrogance et ses incompétences

puisque quand il est lui
complètement ancré
et que se calme son corps
qu’il finit par regarder

ses yeux sont doux
et sa bouche sourit
son cœur, enfin, il le dévoile

avec moi
c’était quelques secondes seulement
avant qu’il ne reparte plus loin
trop loin, hors d’accès

dans ses tremblements
et ses négations

dans sa volonté de se retrouver
seul et rempli
libre.

Apprentissages (poésie et art visuel), constats émotionnels

Depuis quelques temps
je suis retournée vers la poésie portugaise
que j’avais aimé découvrir à l’université

sous les conseils pressants de cet homme
étrange, narcissique mais surdoué

(brisé par la cocaïne, le speed
il en avait fait des psychoses
et excusait tout par ceci
alors que nous étions
dans la même situation
mais pas causée par les mêmes drogues)

qui avait été survolté de savoir
que malgré mon goût
pour la littérature surréaliste, l’absurde
et le romantisme russe

je ne connaisse en rien la littérature portugaise.

Il m’a présenté le classique
Pessoa, de qui il est difficile de se lasser,
qui a complètement changé ma vision
de la poésie et de l’utilisation du langage,

qui m’a démontré
que les mots multipliés
ne sont pas toujours inutiles
qui m’a prouvé que c’était possible
d’écrire dans des modes distincts
par ses multiples pseudonymes.

*

Je lui en ai parlé
puisque ce sont aussi ses origines

et je ne sais pas exactement
quelle était mon envie en le faisant

peut-être de mieux comprendre son âme
par les mots des autres,

l’année dernière
elle s’était braquée face à moi
à mes grands sentiments

(je ressens rarement de façon prolongée
mais quand j’aime, j’aime)

et elle a dû affronter des démons personnels
qui, je crois, continueront de la tirer pendant un moment

son trésor est grand
et pendant tout ce temps
ou elle n’est pas consciente de son potentiel
existe le risque incroyable
qu’elle se fasse piller
à même ses dons.

J’aime la rencontrer par ces auteurs
j’en choisis qui me la rappelle
et le mieux possible, dans lesquels
je me vois aussi, presque intacte.

Nous nous retrouvons peut-être là
à quelque part entre nos silences
et nos dispersions.

*

Ça me rappelle ce qu’il avait dit sur son potentiel
ce qu’il ne voyait pas et le rendait incomplet.

Je ne peux pas y penser
je pleure déjà.

*

Je constate que mes larmes pour Kafka
et celles pour lui sont souvent les mêmes.

Le tremblement directement
de la poitrine, la compassion qui ne peut se retenir
l’espoir aussi, je ne peux savoir l’espoir de quoi
ça me dépasse.

C’est très grand.

Mes mots n’auront jamais été à la hauteur
du ressenti.

*

Hier, malgré cette migraine
(j’y suis maintenant habituée)
je suis allée à la bibliothèque

et j’ai lu quelques poèmes
pour ensuite regarder des images.

Spécifiquement,
des artistes visuels
qui travaillent avec le son.

Son et image qui ne faisant qu’un,
c’est un but.

Ça en fait au moins un de clair.

*

Je sens que ma pulsion créatrice
est retenue, mes idées ne m’engourdissent plus
et se réduisent en nombre,

j’accepte et je continue
tout vient par vagues
j’essaie de ne pas résister
aux mouvements de la nature

et c’est plus facile
maintenant que j’ai connaissance de mes ancrages.

Je recommence à avoir des visions
plus nettes, des réalités condensées
mon subconscient rendu conscient

et je vois que mon imaginaire a évolué.

Plus clair, plus précis.

*

J’ai été très triste hier
et en douleurs (migraine, torticoli).

Le livre Rebel, rebel : art + rock
m’a fait du bien

par certaines surprises.

J’ai découvert de nouveaux artistes
et j’ai été réconfortée par la présence
de certains que j’admire profondément.

Il y avait cette page dédiée à Sonic Youth
et une autre, à part, pour Kim Gordon
et son travail en art visuel.

J’ai aimé y retrouver Iggy, qui me fait du bien
sans que je sache pourquoi,

il y avait cette toile de Kim Gordon
un THE STOOGES dégoulinant,

et cette photo d’Iggy pour The Idiot.

C’était apaisant.

Dans les dernières pages
il y avait Richard Hell

j’en ai été soulagée
puisque bien avant lui
John Lydon avait été représenté

comme un ô si grand inventeur de style
sur une croix, en plus

(je n’ai pas été agacée
c’est un miracle)

et heureusement
il était indiqué clairement
que Malcom McLaren s’était inspiré
de Richard Hell
pour créer le style de base
des Sex Pistols.

Dire que sans le savoir
pendant plusieurs années
mon look était inspiré de cet homme

(le premier à m’avoir fait vivre
l’année dernière, l’effet Elvis Presley)

plus que de ceux ayant repris son allure…

*

J’avais aimé lire Kim Gordon
et Richard Hell, entre autres
par compréhension de leur rapport à la mode.

Pour les deux, il ne semblait pas avoir de honte
à affirmer comme c’était important
dans leur démarche artistique.

Ce l’est aussi pour moi
et pourtant, je ne tiens pas particulièrement
à me faire remarquer.

Leurs mots m’ont aidée à comprendre ceci

encore une des voies
vers l’art total.

*

Je comprends bien que ce que j’aime
dans ce mouvement que plusieurs nomment punk

est cette possibilité
de faire de l’art total
de réinventer ce qui existait déjà
de le remodeler

(plus que de l’anéantir,
dans ma vision des choses)

et d’inventer, de repousser les limites
de créer une nouvelle imagerie

toutefois
j’aime respecter ce qui fut fait avant
honorer ceux qui ont d’abord
eu ce courage inspirant

de se montrer tels qu’ils étaient
et d’afficher de façon nouvelle
leur créativité.

À chaque époque ses difficultés
n’empêche qu’en cette ère
il nous est plus facile de pouvoir crier
nos insatisfactions (souvent chroniques
et contradictoires)

et je pense qu’il faut garder en mémoire
que d’autres avant ont risqué gros
pour que l’on puisse librement exister.

Il faut honorer cette liberté
et saisir l’opportunité
de briller.