Notes sur Apollinaire / Réflexions sur le reflet : amour sincère ou envie d’être l’autre?

Genèse.

*

Tournée vers Apollinaire.

Il me rappelle la Lune,
regardant le Soleil.

*

Ses très grands yeux,
la posture, la carrure.

Beaucoup des hommes
que j’ai choisi pour amis
ont ce profil.

*

« Psych »-analysons.
C’est sans doute une façon que j’ai
de chercher mon reflet.

Je me suis toujours visualisée ainsi.
Un homme de la sorte. Je suis pourtant
bel et bien une femme, et plusieurs
me rappellent que ce corps
est petit. Plus que je ne le vois.

Une façon de chercher mon père, aussi,
c’est sûr. Mon père que j’aime avoir comme ami,
cette partie de lui, je la cherche plutôt consciemment
chez les hommes.

Mais je sens que c’est quelque chose de plus physique,
primaire, moins complexe (tout dépend du point de vue).

Je vois peu ma féminité.
Enfant et adolescente, j’ai choisi de miser
sur mes aspects masculins. C’était plus simple.
Une façon de vivre le rejet des hommes
m’y préparer, me rendre comme eux.

Et avec les autres filles, cinq années passées
avec elles presque exclusivement, j’ai compris rapidement
que je n’étais pas en sécurité. Elles me rabaissaient,
me critiquaient, se moquaient.

Pour les freiner dans leurs élans de dénigrement,
je me suis montrée puissante.

Un grand bouclier, un corps dressé,
le poing prêt à se lever en signe de protestation
la parole facile, l’arrogance bouillonnante,
la solidité.

Puis, j’ai commencé à ressentir le manque
des hommes. L’ennui, la solitude.
J’ai voulu plaire.

Je me suis féminisée,
d’abord de façon artificielle,
loin de mes envies réelles, de mon propre style.

J’ai puisé dans mon amour des femmes
pour tenter de les imiter, sans devenir elles,
me différencier de la Muse (c’est important),
sans même comprendre le concept de bisexualité.

Plusieurs problèmes auraient été évités
si j’avais assumé plus tôt
ces envies.

J’avais peur de déranger.
J’attire déjà beaucoup l’attention
tout en ayant cette faculté
à soudainement disparaître.

Double-nature, constamment.
Durablement. (Je ne sais pas encore le bon mot.)

*

Être soi, être l’autre, être moi.

L’acceptation de mon corps.

*

C’est pareil quand je regarde un homme,
et avec lui, ce fut tellement frappant
que je n’ai pas eu le choix de guérir
ce qui était là. Sinon, j’aurais été incapable
de le regarder.

Quand je m’imagine, donc,
c’est dans la forme d’un homme grand,
plus gros que mince.

Je me suis mise en couple
avec ce type d’hommes, en pensant sans doute
que ceci anéantirait le désir.

Moi, femme ici-maintenant,
j’ai toujours été attirée par des hommes
avec un reflet inversé. Longs, gris et blanc, étroits.

Dans mon esprit, je les vois précis, définis.

Une part de moi voudrait être eux.
L’autre, simplement, les toucher.

Dans les deux cas,
une sensation d’aimant, de complémentarité.
J’ai peur de cette attirance physique.

J’ai toujours été rejetée par les hommes
qui me plaisent vraiment.

Avec lui, ces peurs étaient omniprésentes
quand je m’arrêtais à son allure,
au son de sa voix. Je devais calmer
mes tremblements, les soubresauts
les rires à gorge déployée,
la chaleur aux joues, le rouge aux oreilles.

Il a semblé préférer croire que je l’idéalisais.
S’il savait tout ce temps passé
à rêver à quelqu’un comme lui,
homme ou femme, finalement,
juste quelqu’un comme lui.

Chaque nouveau détail
me révélant de nouveaux émois
j’ai failli exploser d’euphorie
si souvent, à le voir être
à l’entendre se taire.

À sa vue,
je ne pouvais pas me contrôler.
Aucunement. Impossible.
J’ai peu essayé. Trop fort, trop grand.

Je n’aime pas me battre
contre mes sentiments.

J’ai dû reculer,
dès le début. Je ne pouvais laisser mes pulsions
me faire agir. La beauté ne doit pas m’aveugler.

Il fallait distinguer: est-ce une forme d’envie, de jalousie
même naïves ? Est-ce du désir difficile à canaliser,
causé par l’apparente complémentarité?

Après avoir pris le temps, j’ai pu départager
le vrai du faux. L’effet est demeuré
et je suis devenue si à l’aise dans mon corps féminin
que je n’ai pas eu envie d’être lui.

Par ces illuminations, je suis devenue Femme,
bien dans ma peau, et j’ai fait la paix avec mon corps,
mon genre et ce qu’ils impliquent (regards, critiques).

J’ai compris, donc,
que c’était bien là de l’amour
puisque le désir n’était pas nécessaire
que je pouvais par le sentiment
le transcender.

L’amour plus que sincère
l’amour en lui-même,
dénudé par choix
sans honte d’exister

puisque c’est tout ce qu’il sait faire.

*

Il y a quelques années,
j’ai lu Les exploits d’un jeune Don Juan.

Révélations sur le rapport garçon-femme,
sur le développement de la sexualité masculine
pendant l’enfance. Le rapport à la mère.

D’une façon, ça m’a permis d’imager
certaines choses que racontaient Freud
sur ce que certains appellent déviances, fétichisme.

*

Questionnements
sur l’opposition entre foi et anarchisme.

*

Je pense à ces spiritualités
qui font vivre dans la dualité
(qui s’Unit plus « haut ») le chaos et l’ordre
la mort et la naissance

qui les rendent également divins.

*

Les Chrétiens, les Blancs,
ont souvent fait l’erreur de tout vouloir
vulgariser par l’esprit.

Ainsi, le mal s’est répandu
dans une recherche limitée du bien,
simplifiée. Plutôt que de laisser à chacun
la liberté d’explorer le rapport intime à Dieu
ils ont voulu le codifier.

(Sentiment d’étouffement,
suffocation.)

*

Des choses me frappent.

On parle de la fascination d’Apollinaire pour les écritures étrangères,
les symboles qui les constituent.

Je comprends cette volonté de vouloir mettre le mot en image
ou l’image en mot. J’ai cette impression que ces réalités
ne sont pas distinctes, ailleurs. Qu’une sorte de compréhension globale
rend le mot inutile.

*

Ils abordent aussi le fait
qu’Apollinaire lisait beaucoup.

Une énumération partielle de certaines influences:
Nostradamus, Mallarmé, Rimbaud, Baudelaire,
Villon, Sade.

*

Association inconsciente
(mise en lumière) avec Maïakovski
et Boris Vian.

*

Réflexions sur des mots de Spinoza et de Kierkeegard / sur la rencontre et la fin des anciennes répétitions, sur le doute et la confusion

Calmer l’agitation quand éclot l’envie d’écrire.

*

J’ai essayé de lire Spinoza, à quelques reprises.

Il manque une certaine passion pour que je puisse réellement y connecter. Je n’ai pas encore vu la nature de son illumination, ses couleurs, sa forme. Il est encore abstrait, une idée.

J’ai aimé plusieurs choses. La clarté du vocabulaire, le mot juste. La pensée efficacement synthétisée.

Quand je le verrai avec moins de recul, plus d’implication, je crois que je l’aimerai.

*

Définitivement, il y a quelque chose là.

*

24 novembre pour naissance, les Pays-Bas et le Portugal, Benedictus.

Beaucoup de liens.

*

Amsterdam.

La présence, toute proche, de K. Justelà.

*

J’y suis allée deux fois. Détesté l’expérience.
Rarement, j’ai une opinion. Mais là, vraiment,
c’était net, frappant. Le sort, la malchance,
l’étouffement.

J’avais ressenti quelque chose de similaire à Prague.

Mais là-bas, il y avait eu aussi
une sorte de magie
qui m’avait touchée.

J’y avais émotive, angoissée
mais aussi en paix, exaucée

j’avais tout laissé aller.

*

Je vais écouter des versions audio
des textes de Spinoza.

L’expérience fut agréable avec Platon.

J’ai retenu mieux que je l’aurais cru.

*

La Répétition me fait sourire
tout en me rendant très triste.

Les mots de Kierkegaard raniment
mélancolie et sentiment amoureux

doux, dans lequel l’ego n’est pas impliqué.

Je me sens bien dans ces descriptions
toutefois, quand je relève la tête

le manque
qui n’est pas sous-produit de l’emprise
ce manque humain, d’une connexion
plaisante, ça me saisit.

Pour me soulager
il existe le souvenir de son sourire
loin de nos malentendus
il existe le souvenir de l’époque ancienne.

La répétition. Prévisible ironie.

La trace, l’empreinte.
Est-ce la fatalité?

Le soulagement est souvent de courte durée.

Le présent est enveloppant
l’absence n’est pas embellie durablement
par le souvenir
qui a mué en tragédie.

*

J’ai écouté le Traité de la réforme de l’entendement.

C’était vraiment bien. J’y retournerai un peu plus tard
pour entendre des explications.

Je dois avant faire ma propre idée.

*

Ce qui était dit sur la confusion était particulièrement intéressant.
Sur le doute, aussi.

*

 

Je n’oserais jamais dire que telle ou telle réalité qui m’apparaît ésotérique est fausse. 

Je tends à croire que je ne sais rien.

Je ne tiens pour acquis ni l’existence de Dieu, ni sa non-existence.
Les croyances ne m’appartiennent pas. La vérité ultime me semble hors d’accès.

Je ne prends pas le temps de m’approprier la vérité.
Mais j’aime la ressentir.

Par l’essence, oui. Par ce que j’appelle Amour divin.

Lorsque mon coeur s’y abandonne, je ressens la foi.
Elle se situe alors en un autre lieu que vérité ou mensonge. 

Je ressens, je connais.
Il n’y a plus de confusion à ce moment.

*

Je vais sans doute écouter cet épisode
d’Une vie, une oeuvre
sur Spinoza.

*

Cette émission me rend vraiment heureuse.
Ça me permet d’apprendre sans lire ou regarder.

J’aime écouter. C’est plus naturel pour moi à schématiser
ensuite dans mon esprit. À traduire en pensée intelligible.

*

Un souvenir de lui vient de monter
je vais essayer de le faire vivre, sans m’étouffer
sans rejeter la pensée.

*

Je comprends mieux ma confusion relative aux mots écrits.

Si je n’avais pas eu son visage devant moi
je n’aurais pas cru à sa présence, à l’essence
de cette personne.

Je n’y aurais vu que les pièges de ma pensée
qu’un produit, donc, de mon imagination.

J’en aurais fait un objet, un outil
de création, de fiction.

J’ai dû mettre en pratique différentes méthodes
une rigueur mentale
pour ne pas laisser ceci arriver.

J’essayais de garder contact
avec mes vérités internes, le ressenti,
une constance magnifique.

Quelle chance
qu’il ait été, même pendant une si courte période,
présent dans ma vie.

Même en moments de grande confusion
son regard (même confus) me ramenait à moi.

La preuve du ressenti, connectée à son éternité,
il y avait en mon esprit l’essence
et pour mes sens, ma vue et mon amour
il y avait la présence

dans le monde concret
du réel, hors l’imagination.

Tout pour m’aider
à ne pas sombrer dans la folie.

*

Je me suis souviens d’un moment de grande honte.

J’ai complètement coupé, déconnecté.
Comme prise au piège, ridicule.
Dans ces moments-là, je ne bouge plus
je fais le moins de bruit possible.

Ça avait provoqué un
ça va? de leur part, un regard similaire
(quoi qu’elle était plus sérieuse et contenue que lui).

Ma seule pensée était :
ça y est, il sait que j’ai parlé de lui.

Tout à coup, ma pensée est devenue si confuse
que je n’ai même plus été en mesure
de comprendre son regard
de me rappeler l’essence.

J’avais perdu contact avec la réalité.

À demi-consciente, dans un monde étranger.

J’ai su quel travail je devais faire
pour moi, en moi, sans lui.

*

Hier, quand les bruits de la nuit
ont eu créé sur moi doutes et confusion

j’ai tenté cette méthode.

Rapidement, j’ai pu reprendre
conscience.

J’avais peur du mal, des démons
de la divine Séparation

les battements de mon coeur accélérés
et les tempes bouillonnant
je n’arrivais plus à me rappeler
la source de la souffrance.

Le calme, enfin, un peu de calme
quand en mon centre j’ai saisi :

je ne ressens en ce moment ni Essence,
ni Présence, ni Amour.

*

Voilà pourquoi
j’ai tant mis de l’avant le sentiment Amoureux
celui que j’ai éprouvé spécifiquement pour lui.

Quand j’ai pris conscience de son existence
il y a eu Rencontre
même courte, une Rencontre.

Par la Rencontre
le sentiment d’Union

la fin de la Séparation
retour à soi
par l’Autre

retour à l’Autre
par soi.

Quand mes pensées ont été occupées
à me demander pourquoi

quand j’ai eu mal de devoir me résigner
à son absence, quand j’ai compris (rapidement)

que je n’aurais guère le choix
et que j’ai résisté à mes sentiments amoureux
(c’est ici de dire que j’ai résisté
aux lois courantes de l’attraction)

j’ai ressenti la confusion.

Elle vient de s’estomper.

Un cycle de deux ans.

Cela n’empêche pas
les larmes de couler
de mes yeux fatigués

même sans la confusion
je m’ennuie de lui

la conscience maintenue
je sais, j’ai toujours su
et je réitère

il n’en existe pas d’autres comme lui
que j’aime autant regarder
s’animer, se poser.

 

La répétition (1843) – Søren Kierkegaard : L’observateur

Signé sous le pseudonyme de Constantin Constantius.

*

« On dira ce que l’on voudra : un jeune homme profondément épris est tellement beau qu’à sa vue la joie procurée ainsi vous fait oublier tout travail d’observation. En général, toutes les tendres et profondes émotions d’un être désarment l’observateur. Sont-elles absentes, ou bien sont-elles coquettement dissimulées? Il faut faire oeuvre d’observation. Si vous voyez quelqu’un prier du plus profond de son âme, seriez-vous inhumain au point de devenir ce simple et froid observateur? Ne voudriez-vous pas plutôt vous sentir pénétré par cette piété débordante?  »

« Depuis bien longtemps je n’avais éprouvé autant de bonheur que le simple fait de le voir; souvent, il est fort triste de n’être qu’un simple observateur. Cela vous rend mélancolique, comme un officier de police ; et lorsqu’un observateur remplit correctement sa mission, il ressemble à un espion de la police en mission de la plus haute importance, car le talent de l’observateur est de mettre en lumière ce qui est caché. »

*

Traduction de Jacques Privat.

 

Sur ce documentaire, sur cet amour

5-6 décembre 2017.

Je fais un saut. Dans l’espoir de reconnecter à moi-même, sans honte.

*

Il existe ce tabou. La confusion qui vient du pourquoi?, une de ces questions que je n’ose pas souvent me poser.

Était-ce une revendication?

*

Ça crée des rêves, des inspirations, des sensations.

pour minimiser mes ressentis, et me détacher convenablement, j’ai peu aimé cet artiste, l’année dernière. Une muse importante que j’ai choisi de regarder de loin. De temps en temps, je voyage en une énergie, j’expérimente la vibration de cet amour intense que je ressens quand je connecte à l’art de cet homme. Une compassion naturellement infinie, et une prise de distance respectueuse. Je me permets peu de le contempler, je n’ose plus le faire. Je n’ai jamais été capable de le faire durablement et sainement. Tout remonte. Depuis la première fois.

*

Un tabou. La comparaison. Je ne comprends pas l’utilisation. S’est-il fait objet? Est-il un outil? Je n’ai jamais voulu l’utiliser. j’ai coupé, pour ne pas ressentir la culpabilité, j’ai été drastique pour ne pas ressentir l’emprise. Minimiser l’interaction entre mes pensées, le concernant. Je choisis de ne pas alimenter les discussions internes. Le questionnement me semble nuisible. À quoi? Pour quoi faire? Ça servirait à quoi? Je n’ai plus envie de ces procès, de ces collaborations, de ces preuves et de ces soi-disant vérités. Vivre, vivre, hors des questionnements, vivre, il faut vivre.

*

Voilà, j’ai terminé ce documentaire.

Évidemment, j’ai rêvé à eux, à lui et à Nick C.

*

Il est le premier que j’aie regardé.
La peur, celle qui vient avec une aussi grande rencontre,
aura marqué l’importance.
C’était comme rencontrer Jésus,
vivant, ici-maintenant,

le chaos en personne
le calme apparent,
la retenue, l’intelligence,

la douceur de la voix,
la longueur du corps.

Les mains qui rappellent
que tout ceci appartient à un homme.

*

Je me demande s’il s’est trouvé.

Lui en tant que lui,
hors les comparaisons.

Hors nos interprétations.

Je n’ai fait que souligner la Beauté
le mystère entourant tout ce qu’il disait
le rendre incomplet

ma vision n’était pas définie
elle était claire, oui, elle ne choisissait
que momentanément
des couleurs, des formes parfois,
des personnages

mais toujours, une forme autre,
la sienne, que je ne pouvais voir
puisqu’elle était encore invisible

un ressenti s’en dégageait toutefois
à travers cette intemporalité
quelque chose de pur
de luminescent

sa propre source
plus facile à piller qu’il ne le semble

inqualifiable, intime vision
ce que j’ai appelé
divinité.

*

Ce passage sur la Muse était très intéressant.
Je m’y suis reconnue.

Je lui ressemble aussi.

L’esprit. Les cheveux.

Ceci est plus facile à assumer
hors moi. Regarder
constater, c’est déjà une tâche
difficile à relever

sans paniquer.

*

J’ai réussi quand il était là.

J’ai retrouvé le chemin rapidement
je l’explore doucement.

Chaque chose en son temps,
tout doucement.

*

J’avais complètement oublié
Christina the astonishing.

Elle s’est mise à jouer
pas longtemps après
les images dans ce carnet
les religieuses, la femme qui urine,
l’homme qui regarde par la fenêtre,
une sainte à la plume
juste à côté, des femmes qui se caressent
avec le même léger objet.

*

La façon de placer les lèvres, les mains. La forme des oreilles.

La tristesse du regard, le voile sur le bleu.

António Ramos Rosa : Le cycle du cheval -Extraits

« Le cheval peut-il se désunir? Jamais.
La réponse vient de sa force.
Il court par-dessus les cataclysmes.
Il est le feu, la perfection de la gemme.

Impossible de briser sa ligne d’air
qui a la terre entière sous ses sabots.
Son poids est celui du champ alentour.
Et le tacite appel du péril devant lui.

Il vit, cependant, plus haut que le temps.
Lui-même est un drapeau sans drapeau,
le cheval qui jamais ne l’est pour lui-même. »

*

« Approche-toi du silence, de la pierre du silence,
et la montagne s’ouvrira. Tu es proche de cette maison
où le silence n’est aucun arbre,
un silence mouvant comme une lampe d’eau.

Le silence pénètre jusqu’au cœur d’un
fleuve, des chevelures d’eau, et à nouveau du silence
d’une bouche exaspérée par l’espérance des voyelles,

par la folie des astres, des mots, des mains
et le cheval s’engage sur un pont de fer
annonçant le plein hiver, la couleur solitaire et glacée. »

*

« Entre le désir et les fleurs les longues jeunes filles
mesurent l’opacité d’une pureté impure,
elles jouent le jeu intense de la majesté et de l’usure,
jeunes filles soulevées par des lignes fluctuantes.

Vivre les jeuns filles dans la pudeur du noir,
les vivre noblement, les prendre
aux aisselles le plus rapidement jusqu’au centre,
le feu tourbillonnant dans leur ventre, pour les mériter.

Ô filles vivantes de la couleur du souffle même,
attachez-moi au mur, ou bien je tomberai parmi vous
dans le parfum délié de vos corps limpides. »

*

« Ici, ce serait une robe plus claire
pour un cheval alezan ou gris tendre.
Et linéaire et ténue,
la vocation heureuse d’une petite tache.

Les jambes du cheval abolissent l’inertie
d’un commencement sans fin.
La violence que j’invente est une volonté
d’offrir à la terre son cheval le plus fort.

Et moi avec lui je sombre ou me redresse.
Ici, ce serait… destin et force pure,
le poids sur mon corps de l’animal aimé. »

*

Traduction de Michel Chandeigne