Love cliché I

 

 

Where are you?

I will not cry.

The pain grows
The pain blossoms

La fleur éclot
it is a flame
burning tears
devouring shadows
falling on the floor

Qu’est-ce que cette douleur?

L’oubli par la fumée
voiles violacés

I will not cry.

Vite
oublier.

I will not cry.

The night will pass.

The flame will not die.

I will not cry.

*

(été 2016)

Temples – Saint-Esprit

8 (12)

8 (5)

 

Aleek-chea-ahoosh (Plenty Coups), chef Crow,
sur l’homme Blanc et ses lois.

″Ils annonçaient bien haut que leurs lois étaient faites pour tout le monde, mais il fut tout de suite clair que, tout en espérant nous les faire adopter, ils ne se gênaient pas pour les briser eux-mêmes. (…) Leurs sages nous conseillaient d’adopter leur religion mais nous découvrîmes vite qu’il en existait un grand nombre. Nous ne pouvions les comprendre et deux hommes blancs étaient rarement d’accord sur celle qu’il fallait prendre. Cela nous gêna beaucoup jusqu’au jour où nous comprîmes que l’homme blanc ne prenais plus sa religion au sérieux que ses lois : il les gardait à portée de la main, comme des instruments, pour les employer à sa guise dans ses rapports avec les étrangers. Nous en usions autrement. (…) Nous n’avons jamais pu comprendre l’homme blanc; il ne trompe personne d’autre que lui-même.″

 

8 (11)

8 (10)

 

Il y avait devant l’église,
un homme Autochtone brandissant une croix:

Le Seigneur soit avec vous!

Ayant été attirée par la foule
si bien parée,

j’ai voulu les suivre
lorsqu’ils sont entrés par la porte
décorée d’un OUVERT accueillant.

Je demandai à l’homme
la raison de ce rassemblement gigantesque.

Il me parle brièvement du mouvement Charismatique
et m’affirme que si je suis là
c’est que Jésus m’y a voulu,

j’en étais déjà convaincue
et cela m’a donné la force de transcender ma peur
de déranger.

Dès l’entrée,
je fus troublée par le bruit environnant,
un nuage de sons voyageait rapidement
des voix qui crient, des rires agressants.

Il y avait à ma gauche
des dizaines de tables
destinée à la vente d’objets religieux.

L’incompréhension,
l’ironie qui ne devient pas absurdité
elle demeure simplement profond malaise.

Mon Frère, n’ont-ils donc pas lu
les mots incertains te concernant

n’ont-ils pas été touchés par ta fougue,
lorsqu’au Temple, tu as revendiqué
avec ta Force que j’aime imaginer Colère?

Un homme me remarqua
pour me dévisager avec suspicion.

J’étais la seule Blanche
et il n’est pas toujours simple
d’être considérée ainsi

lorsqu’une partie de ma génétique
a assassiné dans un génocide l’autre,

au nom de cette religion,
celle-là même qui pousse l’homme
à la suspicion

et pousse ses sourcils à se froncer
et ses lèvres à se pincer
et ses mots à se faire rares en explications,

au nom de cette religion
les miens ont d’une part été tués
de l’autre maintenus dans l’ignorance
propulsant tous et chacun vers la Honte
d’être soi,

cette religion,
elle n’est pas mienne,

j’Aime Jésus en toute Vérité
et cet Amour n’a pas
à être encadré,
limité.

Il m’explique
qu’il faut payer

pour accéder aux bancs de prière
que je suis au milieu d’un congrès
et qu’il faut absolument être Charismatique
pour pouvoir en faire partie:

15$ la première journée
15$ à nouveau pour les autres journées.

– Qu’est-ce que vous faites,
lors de ces congrès?
– Nous sommes Charismatiques,
il faut l’être pour assister.
– Qu’est-ce qu’un Charismatique?
– Hum? C’est 15$ pour le bracelet.

Je repars,
gardant en mon Coeur
l’Espoir qu’un jour

la leçon sera totalement assimilée:

Dieu
ne s’achète pas.

 

Temples – Montserrat

7 (1)7 (2)7 (3)7 (4)7 (5)

*

Marie Madeleine,
tiens-moi la main
alors que je saute dans ce précipice.

J’ai peur, je n’ai pas souvent osé 
me regarder ainsi.

*

6 (5)


*

Je fus souvent prostituée
cherchant l’Amour
agenouillée,

privée de plaisir
aimée pour mes mains
ma bouche, mes seins

mais pour mon Coeur saignant
si rarement

nue et fébrile,
cherchant sur des corps
enflammés par un désir passager

la Communion
la Reconnexion

cherchant l’Amour dans la chair
repliée dans ma Solitude majestueuse

cherchant la Vie dans les spasmes
seule dans mon corps si froid,

mes lèvres qui tremblent
et qui disent

réchauffe-moi de toi,

mes larmes qui coulent
et qui demandent

m’aimes-tu seulement pour ça?

Mon Frère,
ne me jette pas la première pierre

je voulais seulement
trouver Refuge pour mon Âme
solitaire

je voulais seulement
être aimée au Complet

pour mon corps que j’ai si souvent
trouvé laid

pour mon Coeur qui ne sait battre
régulièrement

je voulais être aimée
pour tout ce que je suis

pour ma bouche qui se dépose
doucement sur ce cou blanc

pour mes mains qui parcourent
tendrement ces jambes infinies

je voulais aimer au Complet

ces corps meurtris
ces corps oubliés.

*

4 (6)4 (8)

Je ne veux pas du Désir honteux,
je veux ces mains sur mes hanches
je veux cette bouche contre la mienne

je ne veux pas de l’amour coupable
je veux que l’embrasement soit assumé
je veux que la passion soit assouvie

sans notion de péché

ces corps ont le droit de se rencontrer,
ces corps ont le droit de s’aimer.

Je veux de cet amour

total

qui goûte et qui se délecte

l’amour qui ne se cache pas
qui touche et qui lèche

l’amour du corps
de l’esprit

l’amour de l’âme
l’amour divin

l’amour total.

*

Mort en croix,
le Coeur plus ouvert que jamais

qui donc voulais-tu sauver?

Le souffle coupé,
le thorax-brasier,

as-tu seulement un peu regretté
tes convictions?

T’es-tu Complètement assumé?

Combien comme Toi
comme Nous

sont morts à force de crier
l’Amour?

Je ne suis pas Sauveur
mais Hurleur

J’AIME, J’AIME, J’AIME

tous, toutes

J’AIME, J’AIME, J’AIME

cette vie qui me tuera
cet air dont je manquerai
ce vent qui ne peut me porter

cet homme qui m’a respectée
alors que je me croyais
vouée à jouer à la poupée

cette femme qui m’a montré
ce Chemin qui est mien
alors que je croyais
que nul ne voudrait tenir ma main

j’aime
chacun de ces moments
qui m’ont déchirée
j’aime
cette honte qui t’accable
cette lâcheté qui me fait résister
j’aime
ta peur qui se fait lourde
tes ombres qui te suivent
les miennes qui se faufilent

j’aime

tout ce qui est

tout ce qui ne sera plus
tout ce qui fut oublié

j’aime
cette femme qui m’a dit un jour
tu m’Aimes, mais m’aimes-tu seulement?
j’aime
toutes celles qui m’ont détestée

j’aime cet homme qui m’a fait craquer
mon âme éparpillée
mon être fracassé

qu’il ne fallait pas qu’il ramasse
sinon, je n’aurais pas appris à le faire seule,

j’aime cette femme dans le miroir
qui me ressemble toujours plus

qui, malgré la honte des erreurs passées,
devient toujours plus affirmée,

je m’étonne parfois
de me constater

vivante

et heureuse

malgré la tristesse et la tourmente
naissant des horreurs passées.

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