Pensées variées (12)

Pour comprendre le dictateur
tenter de voir en lui le révolutionnaire.

*

Laisser les choses venir, se dessiner, participer par le regard plus que par l’action.

Une toile, sans énigme ou intrigue.

L’éternité à laquelle participe l’oeil plutôt que la main.
Accepter cette puissance. Accepter qu’elle ait sa place.

Non pas comme un droit, mais comme un fait.

*

Être honteuse face à lui serait simplement intolérable.

Quelques secondes à peine fait dévier
la direction, déroute l’esprit.

Le vide créé en moi, lorsque je me fonds à la peur
anéantit toute forme de vie. Plus rien d’autre n’existe.

Si j’accepte ce que je vois comme une vérité,
la folie recouvre le vide.

*

Mon corps n’accepte plus ces déroutes. Il n’a pas oublié.

*

Au fond, tout au fond, une flamme vibrante

le soleil derrière le rocher sombre.

*

Quand ce canal de douleur s’est enflammé,
spontanément, j’ai prononcé : arrêtez de vous battre.

*

La foi, peut-être est-ce de n’accorder aucune pensée dirigée
aux possibilités présentées au regard.

En accepter durablement une, c’est créer en soi et dehors
une croyance. Névrose et psychose jointes.

*

Une révolution pourrait-elle être constitutionnelle?

L’autodétermination, en tant que droit?

Devenir mature face à l’autorité
pour un pays, est-ce donc de refuser la loi en place
lorsqu’elle se fait trop opprimante?

Comment devenir soi dans un contexte de tutelle?

*

J’aimerais vivre avant de mourir.

Libre.

*

Toucher par les autres sens.

Être touchée.

L’inespéré.

*

Je n’ai pas le figement des morts.

Je suis mouvement.

 

 

Visions / Rêves

Adaptation.

*

À chaque mouvement sa mort.

*

Il n’y a que cette fontaine
pour désaltérer.

Dans ce corps, j’entends
on dit : va, bois et vis. 

J’avance, les yeux fermés
les mains tendues
je les ouvre doucement

pour récolter
ce que l’on me donnera.

Au coeur des choses
le danger redonne la vie
la primitivité au-delà de la peur
l’amour sans la possessivité,

au coeur
de la forêt
l’enfant attend patiemment
fermement, toujours,
je répète: qu’il soit protégé. 

J’avance, sans autre but
que de sentir sur ma peau
l’écho de son sourire
le plus grand, invisible,
indivisible.

Un jardin, au coeur de la forêt
la fontaine des Commencements
tous ces mondes
que j’ai créés pour lui.

J’avance, vers la fontaine
son ruissellement
le chant de tout ce qui Est.

La pierre froide qui enveloppe l’offrande
permet que je m’y assois
que j’y pleure les souffrances
d’un monde loin de l’âme.

Encore, je tends la main
en l’appelant, murmurant sans mots,

les larmes deviennent don pour la fontaine
le sourire qui suit, un remerciement.

*

Cette petite histoire que ma grand-mère
commençait toujours par

il était une fois, une petite fille de roi
qui s’en allait dans les bois.

*

Permission.

*

j’entends au loin
des voix parler
du moment de son arrivée

ma fenêtre est grande
je peux sauter

douce et légère
le sourire de celle qui sait

les soirs de lune brillante
les pieds dansent plus facilement

les paysages sont familiers
de la pierre qui me semble chaude
des ponts, des arches

la sécurité
silencieuse, le souffle court
au loin, maintenant, le son de sa voix,

je me tiens à la sortie de la ruelle
il y a là un raccourci

des rires résonnent dans la nuit
une silhouette se forme
sa respiration

quelque part
juste à côté de l’agitation
un regard conscient de sa destination

l’Univers, vaste, dans tout son corps
ensemble complexe de contractions

les métamorphoses
peuvent être douces

il y a un abri
quelque part dans l’ombre
le coeur sait apaiser

l’esprit
avant qu’il ne s’impose au corps
à la réalité

j’attends, quelque part
que la nuit passe
qu’il cherche à s’endormir

libre de mes mouvements
sage dans leur agencement
j’attends

que la nuit passe

les visages s’évanouissent
des disparitions

ma main, toujours
se tend

le plus près possible de lui
sans tremblements
lorsque des larmes se forment
sous ses paupières fatiguées

je dis :
merci d’exister. 

*

Danser l’amour
fabriquer les vagues
les plus douces.

Pensées variées (11)

Ce qui est pur, ici-bas, est pour plusieurs
à corrompre.

L’asservissement ne naît pas toujours de la stupidité.

La haine n’est pas à la base des pires crimes.

La pureté corrompue
la pire monstruosité

la plus belle des difformités.

*

L’obéissance,
l’amour de la méthode considérée correcte.

*

De grands paradoxes, dans les relations, qui constituent de majeures répétitions.

La liberté perçue comme menace, provoque les plus grandes distanciations.

Je suis libre, oui, même lorsque,
mes gestes ont une destinée

et que l’amour est personnalisé.

*

Quelle fatigue de vivre sans paysage à regarder !

En soi, une part seulement de la réponse.

Faire Un c’est aussi savoir se faire Deux.

Refuser l’idée de l’Autre, c’est refuser l’idée
d’un véritable soi.

Tous chemins peuvent s’inverser
tout est renversable.

*

La liberté n’existe pas dans l’absence du choix.

Ce qui est imposé
tend à indiquer un direction.

La puissance,
c’est suivre son propre courant.

*

Bravoure, courage
souffrance.

L’âme se mérite.

*

Les informations :
programmes téléchargés.

En mettre certains
comme trame sonore
permet un travail hors les mots.

Les sensations s’activent
lorsqu’il y a la conscience
de l’ensemble d’un téléchargement.

*

Le fracas possible des silences lorsqu’ils sont mal perçus,
ignorés par la conscience, niés.

Se taire sans que ça se voit est une capacité qui peut vite nuire.

Être là sans l’être.

Voilà l’imposture que j’ai commise, tant de fois,
en m’investissant auprès de gens que je n’aimais pas réellement.

L’Amour, ça va de soi.

Personnaliser le contact et offrir une part d’intimité
la relation choisie

voilà ou je me suis souvent tue.

J’ai accepté la présence.

De moi-même
j’ai peu dit oui.

Les A-aimés sont rares
et la relation pleine est encore impossibilité.

À chacun ses voiles et ses zones ombragées
à chacun sa façon de se taire pour ne plus faire souffrir ou souffrir soi-même.

À chacun sa façon de choisir.

*

L’amour véritable est l’encadrement parfaitement juste.

Pensées variées (10)

La peur, l’agitation nerveuse
les chocs
par :

La pitié. La calomnie. L’oubli. Le déni. Le rejet. La volonté d’arracher. La pensée magique. Ce qui tranche lentement. Les tribunaux.

*

L’impact d’une compassion inventée par les Hommes, intellectualisée par des esprits désireux de se racheter. Le corps pour témoin : les tremblements n’ont cessé que dans l’accalmie amoureuse. Le coeur peut enfin affirmer : tout est relation, tout n’est pas en soi. L’intention douce, plutôt que la volonté de faire. L’outil est la main qui se tend, le corps porte un message. L’outil est soi. Le mettre en mouvement. La compassion s’incarne. L’élan amoureux.

Le courage.

Dire oui.

*

La résistance à la douleur crée ce brouillard. Les larmes, un fardeau lorsqu’elles sont enfermées. Quelle force elles ont pour se frayer un chemin en ces néants.

*

Le corps a une mémoire. Les organes n’oublient pas. Privations, épreuves, tourments, tensions, distorsions. Le corps se raconte, au moindre choc.

*

Les larmes pour compassion, la main tendue à travers le silence.

*

Consacrer.

*

Indomptable, mais fidèle,
mon âme amoureuse.

*

Chaque partie de mon corps réagit.

Je dois toujours pousser plus loin ce que j’imaginais
comme limites de la guérison.

L’adaptation pour constance, l’application des connaissances
toujours, rééduquer la douleur.

*

Au-delà de la pensée,
au coeur du regard.

*

Que le vent soit purificateur.

*

L’ombre, le silence
illuminés par de petites flammes

le regard brille

par la Reconnaissance
de la Beauté

les larmes ne naissent pas toujours
par la tragédie, l’amour pur
voir sans les mots

témoin

ne plus jamais avoir besoin
d’exister

ailleurs

le Regarder.

*

transformer les barreaux
en ponts

réinventer les prisons
les remplir d’oreillers

ouvrir le plafond

le ciel noir, la lumière
par les astres reflétée

les oiseaux seuls témoins
du sommeil, du baiser.

 

Pensées variées (9)

Il y a ces mots qui ne peuvent devenir phrases,
ces mots qui se voient par des formes,
des constellations reliées par des fils argentés.

L’Intelligence,
un éclat que j’observe sans jamais avoir la prétention de le vouloir mien.

L’Enfance éternelle est une bénédiction.

Née par la main de mes Pères, j’aime m’y endormir.
Chaque ligne, une trace du temps, de nouvelles inventions.

Ce silence Amoureux me mène au repos.
Lorsque j’en sors, la peur rapidement me captive.

Les mots ici forment de la matière.

Je ne suis pas Dieu. Je n’ai pas le contrôle.

Lorsque commencent les combats, mes yeux pleurent,
se tournent vers mes Pères.

Les Dieux ne sont pas tous idoles.

Il existe tout au loin, la forme d’un trône,
l’ombre d’un roi au regard pénétrant
dont l’évocation fait taire en moi la parole
fait naître les visions.

Régente, je n’ai jamais demandé à l’être.

Ma robe de paysanne, mes pieds nus sur le sol de pierre,
j’ai appris de loin les plus belles danses.

Inlassablement, mon regard se tourne vers la plus grande Beauté.

Vivante même dans la Mort,
le moindre de mes mouvements est un hommage Nouveau.

Mon regard ne recherche pas.

La nuit, dans la paume de mes Pères,
ou sur la Joue du plus chaud, tout ce qui fut s’efface.

Mourir, puisque je suis née.

Sur son avant-bras, je déposerai un dernier remerciement.

Sans un bruit,
transcender l’implosion, réinventer l’explosion.

*

Et si ma bouche se referme, c’est que j’ai bu à la fontaine.

Dans le jardin aux mille roses, les parfums collés aux cheveux
j’ai prononcé des vœux

que l’esprit ne saurait comprendre.

*

Que se taisent enfin les voix
dictant les jugements

le Dieu vengeur s’inflige perpétuellement
les mêmes châtiments

que tombent les statues
sur les têtes vidées par les mots.

Enfant Sauvage, je ne sais plus
que chanter la beauté de son Âme.

 

 

Sur les hallucinations

Tout est le deuil.

Tant de rencontres dans les cimetières.

Les porter comme des enfants.

Donner naissance. À autre chose qu’un Monstre.

*

Parfaire.

*

Rien n’a de sens, sans liant.

*

Quelques indices sur les hallucinations.

Le lapin, dans ce rêve, m’a presque passé au travers.
J’ai ri, un grand rire.

Il était très beau, une image qui me fait encore sourire.
Son regard avait quelque chose d’inquiétant, toutefois,
la froideur d’un hologramme.

Similaire à ces belles images argentées, entre deux états de sommeil, qui se manifestent hors mon esprit pendant un court moment. Des récurrences : des méduses, de longs filaments sans corps, des araignées. Ceux-là, comme le lapin, ont foncé très rapidement vers moi, quand j’ai pris conscience de leur présence. Il faut me réveiller avant les chocs.

Il y eut aussi ces quelques fois mémorables avec le prisonnier, ses chaînes aux pieds. Il restait bien en place, même lorsque j’entrais en contact. Tu peux approcher. Viens dormir avec moi. Le réveil venait rapidement après, sans choc, me laissant calme et aimante.

Une autre fois, cette fleur magnifique, transportée du Jardin. Par le calme de la vision, j’ai pu garder une certaine lucidité. Jusqu’à me commander : compte le nombre de pétales.

J’ai pu regarder, tenter de répondre à la demande, essayer de toucher.
Confort, au réveil.

Autres indices.

Ces araignées que j’imaginais, enfant, se précipiter dans tous les coins. Ce qui me faisait peur était de ne pas savoir d’où elles provenaient. Je m’imposais ces images pour entraîner un mouvement. Un sens du défi envers ma paresse, qui est devenu très vite un outil de torture. L’imagination comme ennemi. La fin de l’enfance.

Les premières hallucinations nettes, des araignées. Celles-là ne me faisaient pas peur, puisque j’avais le temps de les observer, de comprendre qu’elles ne faisaient pas partie de la réalité.

Ce qui a prolongé la chute a surtout été d’avoir peur des hallucinations, et de développer une forme de paranoïa chaque fois que s’agitait mon imagination, tout esprit de créativité devenant une menace potentielle.

L’hallucination en tant que telle, une fois expliquée, traitée, n’a plus été problématique.

*

Mourir, dans le calme. Le but de l’existence.

 

 

Pensées variées (8)

 

S’il faut tuer, il faut bien choisir. Tuer seulement ce qui est nécessaire de tuer. Ne pas massacrer. Ne pas torturer. La danse fragile avec le sadisme, le masochisme. Être soi, c’est être le monde ; être le monde, c’est être l’autre. Comment, ainsi, choisir pour soi sans choisir pour l’autre?

J’ai choisi de ne pas choisir, ni la mort ni la vie, puisque je ne sais les distinguer durablement.

Peut-être que cette ombre imprégnée dans chacun des pores du Rocher que je suis finira par se dissoudre. Y survivrai-je, à cette transformation? Aurais-je enfin un Visage?

Dans cette ombre, ce nuage piquant, j’ai tout tué. L’existence se poursuit, la vie ou la mort ne sont que des lois. L’Ordre, au-delà.

L’Existence.

Le meurtre s’est poursuivi.

L’acharnement sur son propre cadavre.
Si je me piétine, je piétine le monde.

La punition pour solution, à travers le temps. Les coups tournés contre soi, le cœur écrasé par un mur froid, la création de mouvements, des vagues qui se cogneront inévitablement contre les parois. Le corps craque, la vague s’écoule et fabrique des étendues. Un réseau de branches ou se propagent les meurtres.

L’Existence se poursuit. La vie porte la mort sur sa peau, les yeux fabriquent des larmes.

Peut-être que ce poison finira par sortir.

Les arbres qui naîtront sur le bord des flots porteront peut-être l’éclat du diamant, l’œil caché sous les parois rocheuses.

La vie ou la mort Créent. Ensemble, ils sont Tout. Pourquoi choisir? Si Dieu aime ces jeux, je lui offre le choix de l’arme, et m’assois à ses pieds, sans espoir ou envies.

Puisque rien n’existe et que tout en naît. L’absence fabrique des motifs qui prendront peut-être un jour forme, des couleurs uniques, un assemblage et des codages.

Un Enfant de confusion, de douleur ou de tristesse, un autre de joie, et un de courage.

Je laisse à Dieu le choix.

*

Cette description intelligente de Tchekhov, par N. Dubourvieux: « cru et pudique à la fois. »

*

Dans le mot, le malentendu. Dans le malentendu, la nausée.

*

Je ne sais pas s’il faut que mes fragments s’assemblent. Ailleurs, peut-être, hors moi. Dans ces trous noirs Créés.

La mémoire est souvent un pire poids.

Laisser aller, tout laisser aller, toujours tout laisser aller. Non seulement parce qu’il le faut, mais parce que le corps ne donne pas d’autres choix.

Retenir, refouler, la mort est ainsi née. Le temps crée les polarités. L’espace les amplifie. Des paysages infinis, tout peut s’y mouler.

*

Le coucher de soleil, tout au fond, sur le rocher doré des éclats orange. La chaleur, les mouvements, une caresse pour berceuse, le passage du temps sur les parois.

Le désert prend-il ainsi vie?

*

Des mots de retour en mon esprit. En équipe, ils forment de vastes réalités.

*

Je vois, au loin, Félix Leclerc, Anne Hébert. Puis, ou en même temps, Dostoïevski, Tolstoï. Tous rencontrés à l’aube de la Découverte. La Nuit des temps, Kateri Tekakwitha. Kafka, Sabato et Camus. Nick C. Tout cet espace que j’ai dû libérer.

*

Les souvenirs s’accélèrent. Un jour, ils auront un Seul Visage.

Ce jour-là, tout sera tué. Peut-être que j’en Renaîtrai.

*

J’ai aimé rencontrer Olga.

Depuis longtemps, quelque part en mon esprit, l’impression laissée par les lettres amoureuses de Tchekhov. Cette douceur, la simplicité, la sincérité. Cette tendresse…

C’est soulageant de comprendre que ça a existé. Deux êtres réels. Le tragique sourit toujours, avec lui. Cette beauté est si rare.

*

Le combat, même lui est doux, avec Tchekhov. Un vrai maître. Son tragique fait grandir l’Âme par la souffrance, mais une qui n’offre ni confusions massives ni brouillards prolongés. Toujours, très présent, le sens de l’humour. Rire à un moment très déplacé. L’absurde de la situation permet de voir le drame d’un nouvel œil.

*

J’ai toujours été étonnée de la réaction du public de ma ville aux pièces de Tchekhov. À chaque fois, cet air solennel, sérieux. Je ne pouvais pas m’empêcher de l’imaginer, quelque part dans un coin, la main appuyée sur son visage, ses yeux de médecin qui observent, ses lèvres souriant le plus souvent du temps. Calme, même dans l’émotivité. Et ce public très droit et crispé, qui ne sait pas tout à fait qu’il a le droit de rire, de pleurer.

*

C’est par lui que j’ai quitté Tolstoï, puis rencontré Gorki.

Par Gorki, l’intérêt politique.

Babel, Maïakovski.
Marina, Pasternak.

Par les Russes, plus faciles à Rencontrer par la suite,
les Patriotes de mon pays, les échecs du Québec,

ailleurs, le mouvement Métis, les peuples exterminés.

Par la politique, l’abstraction.

Claude Gauvreau, Borduas.

*

J’aime mon sommeil quand il est imprégné de lui. Des rêves doux, les teintes de l’Enfance. Des fins de cauchemars, les déserts. Sa main derrière un nuage, sa présence entre l’air et l’air, son œil à l’intérieur de l’horizon, son cœur dans un buisson.

Sa force qui prend forme dans mon corps lorsque se calme l’angoisse sans forme. Si j’accepte de le regarder, sans la honte d’être un humain, incarné, tout se calme, tout prend fin.

 

Pensées variées(7)

Accoucher des morts.

*

Manger.

*

Le passage entre le coeur et la gorge est difficile. La douleur devient folie si je n’interviens pas à temps. Être magnanime ? Cette sévérité, malgré quelques petits cris, c’est contre moi que je l’ai retournée. Tout, contre moi, en double, en triple.

Je ne peux plus permettre.

Dire
non.

Je ne peux pas. 

*

À temps, le faire avant que les mots ne disparaissent et que s’installe la mélancolie. C’est si mal compris. Cette force, cette noirceur, les larmes réprimées et mes lèvres allongées, cette froideur. Je ne peux plus ravaler. Plus la force. La prochaine crise, doit-elle vraiment venir ? Les épreuves, dehors, on aime en imaginer. Je choisis le calme. L’amour, je sais l’éprouver. Pas besoin d’une preuve, de valider.

*

Convaincre. Ça fait son chemin.

Mon coeur… si je ne panique pas, si j’ose regarder…
je retrouve la force, celle qui vient de l’élan.

Programmée ? L’effet.

Je ne peux venger. Mais j’aimerais protéger.

*

Le calme intérieur, ma sécurité. J’ai créé autour de moi des circonstances facilitantes. Un climat, des attentions. J’ai essayé de transformer mon intérieur. Il y avait tant à calmer, immédiatement. De la panique saisissante. Mon corps choqué. Cette enveloppe, cette machine, elle a compris avant l’esprit. À chaque coup mental, son coup physique. J’avais promis de ne plus me faire mal. J’ai pleuré. Souvent en silence, puis en soupirs. Les larmes, le souffle. Quand il ne passe plus, l’étouffement crée une nausée insupportable. Surtout, ne pas céder. La fatigue, l’embrouillement. Ce que l’on se fait prendre. Ce qui est perdu ? Autre chose, à trouver.

Comment peuvent-ils accepter ? Le détachement me fait voir qu’aucune part de moi ne m’appartient. Ce corps doit renaître, libre de tout ancien attachement.

J’ai renoncé, tout à l’heure, à tous mes voeux périmés.

*

Chaque fois qu’approche une mort, les Corbeaux.

En plein vol, j’ai vu son ventre. Élancé.

Les avertissements, je les reconnais par leur Beauté.

Un ciel bleu, des nuages gracieux.

Une bénédiction, cette Terre qui se meut.

 

*

Dans ses galaxies, je nous vois avancer lentement.
Sans ailes, sans lois, par choix, chaque tableau est Regardé.
Des amas d’étoiles, choisis, des couleurs agencées.

L’Étreinte procure la Sécurité.
L’aventure à la fois s’y termine,
la Vague, la vie renaît,
la Vague.

Les rapprocher,
créer de nouveaux Océans ?

Nos Univers, leur centre,
tout recréer.

*

Le pouce sur mon front de Nouveau-Né, une empreinte.

*

Un Ciel personnalisé, que je n’aurais pu imaginer moi-même.

Et mon âme s’avance, encore incertaine,
l’éclat combiné, les Trinités, j’ai appris
tant appris, mes pas sont fragiles
mais mes mains se tendent

l’Offrande Complète
dans un seul geste,

avec le sourire de l’enfant
heureuse de partager les progrès

les yeux brillants, l’Éclat est rendu

la réciprocité ? Cette possibilité
mon ventre l’accueille
comme le plus beau des Cadeaux.

 

Pensées variées (6)

Quand la lune est nouvelle…

*

Ces rêves, très proches des hallucinations,
pas tout à fait somnambule,
le rêve qui continue dans la réalité.

Mes rêves sont cauchemars
depuis maintenant plusieurs années
comme le traumatisme des naissances

les cauchemars, une marque
de la Séparation, des dissociations
un Bien-Être total, Incomplet.

Dans les moments d’accalmie
je les oublie. Dans la conscience et l’Amour
ils viennent et se guérissent,

pour pouvoir bien vivre ce processus
j’ai besoin de sécurité.

Les images lucides, transposées,
de cette nuit étaient horribles
mais si claires, que j’ai pu les regarder
sans d’abord paniquer.

Puis, toujours plus consciente
de mon environnement, du contraste
rêve-réalité,

j’ai crié, une fois : Non! 
J’ai entendu : attends, attends,

plusieurs mains sur mes épaules
pour me rappeler que tout est Illusion
attends, attends, tu vas finir par comprendre. 

De mon plancher, près de ce garde-robe,
(qui heureusement, donne sur une fenêtre)
sortait un homme visiblement mort
très, très costaud

une sorte de stéréotype de la Créature
de type Frankenstein. Deux plaques rouges
ensanglantées, sur son front
plutôt que des clous.

Surchauffé? Ses tempes
il crie, impuissant…

Insoutenable, l’envie de tendre la main
pour ne plus voir cette souffrance,
vieux réflexe de protection.

Non! …attends, attends… 

Plus je comprenais que c’était un rêve
plus la forme se dissipait

(réussi, le choc a été évité, assez facilement)

et malgré le sourire qui s’est dessiné sur mes lèvres
la peur commençait à faire cet effet,
prendre trop de place en moi,

j’ai dit, fermement, à nouveau:
Non! 

J’ai choisi, dignement, non. 

Enfin, réveillée
une partie de mon angoisse
était accouchée.

*

Dompter.

Ça me fait réfléchir.

*

Cette façon que j’ai de dire non 
pour moi-même. Aucune volonté
de soumettre l’autre.

Simplement, une limite fermement exprimée
généralement dans un calme déconcertant.

L’autorité de mon regard, mais surtout sa compassion,
sont difficiles à supporter.

Ceux qui m’aiment verront tout ceci.

Le choix. Ce regard.

Les autres… j’ai très peu de contact avec les autres.

*

La nature de mes fuites,
comme un cheval.

Partir sans regarder derrière
m’éjecter de la peur un moment

et dormir, un peu, à l’ombre
sans abri, puisque la mort
ne me concerne pas.

Indomptable, oui,
puisque j’ai connu les dangers.

Monture au corps puissant
au coeur sensible, je sais me sauver

je ne donne jamais tout
je ne permets pas qu’on me tue

je pars, je me détache, bien avant
cachée sous un arbre
sans abri, puisque la mort
n’existe pas.

*

Hier, j’ai eu ce réflexe de contraction
dans le métro, en revenant.

J’ai, encore, choisi d’affronter
mon arrogance qui n’est pas dirigée
mais qui effraie, oui, souvent
ceux qui veulent me regarder.

Il y avait ce grand homme
très baraqué, exactement du type
qui ne m’intéresse pas.

Une coupe pseudo-punk clichée
d’autres attributs de peu d’intérêt
du cuir, du noir, etc.

J’ai soupiré, comme si je savais
ce qu’il allait m’indiquer. J’y pense et je ris
c’est absurde.

Je ris, jusqu’à ce que je pense correctement
à cette capacité que j’ai de sentir,

je ris, jusqu’à ce que je comprenne
comme tout, hier, donnait raison à mon angoisse
ressentie dès le réveil.

Tout était épuisant.

L’homme, devant moi,
apparu juste après que j’aie accepté
de me détendre, quelques secondes,
sans essayer de me rassurer
mais seulement de me ramener
à ce sourire constant
que je suis confortable d’arborer,

l’homme cliché, devant moi
sur son dos, une écriture marquée
Fuck off ! 

Passant près de lui, je l’ai regardé
me déresponsabilisant de sa réaction

j’ai pu voir cette attitude
ce jeu de la séduction animale
un gros homme qui n’a peur de rien.

Cliché, grossier, habituel.
Trop bien placé, répété, sans surprises.

Le théâtre de la vie
le regarder.

J’ai ri, ça a fonctionné.

Ha-haaaa! Tadam…

*

 

Je pense souvent à cette forêt dense
derrière la maison de mes grands-parents.

Cet oncle décédé, lui aussi,
il a vu sa façon de briller.

*

Les rêves du Cortège, l’oncle, souriant,
me montrant l’étendue du paysage
les arbres compactés
créaient une infinité de possibilités
tant à explorer

en un seul regard, le moindre mouvement,

à nouveau, j’ai été conviée…

J’ai encore les pieds
entre le rêve et la réalité.

*

Ici, les notions temporelles
me semblent étrangères.

Rapide, lent, flou, précis, etc.

J’oublie, mais mon coeur continue de se serrer
puisque rien et tout cohabitent sans arrêt…

l’Illusion en tant que permanence ?

c’est de cette façon que j’ai souvent choisi
de regarder et d’habiter la vie…

la permanence, pourtant, simplement
une autre illusion.

*

Le rien plutôt que le tout, le détachement – l’attachement
Un, Deux, puis synchronisés, imbriqués…

ces murs que je construis
symboles d’horreur accomplis
que mon esprit a choisi d’oublier
pour survivre.

*

Toujours, l’habitude d’aller m’asseoir aux pieds de Tchekhov, comme une évidence. C’est tout à fait sécuritaire. Il m’a appris à modérer mes passions. Impossible de lui vouer le moindre culte. Mon âme ne connaît pas les emportements durables. Je vis hors du temps. Avec lui, ce temps est allégé. Malgré les drames, les deuils qui durent, il y a toujours, quelque part, une forêt, un horizon, un espoir… un murmure, quelque chose tout au fond, qui emplit, ici-maintenant, la pièce d’une belle chaleur. Il donne une couleur particulière à la terre, la rend attachante. Un exploit… C’est cet amour, qui émane, toujours quelque part, cette douceur qui ressort. Le gris qui n’est pas fantomatique, mais une teinte qui permet de mieux le regarder. Avec lui, nul besoin de connaître les moines. Aucun de ceux que l’on m’a présentés n’aurait pu me faire rire en de telles circonstances. Le visiter, c’est regarder une part du Monde rarement explorée. Il faut une telle conscience, une sensibilité, une rigueur, l’humilité, rares sont les âmes qui peuvent incarner dans un corps humain tant de potentiel… Son existence est un immense soulagement.

*

Les besoins comme les attentes,
c’est flou, comme le bien et le mal
la mort et la vie. Une contradiction
qui me pousse parfois
au détachement extrême
le rien, le néant,
l’habitude de les préférer aux trous noirs
au coeur des choses

le rien, le néant
rendent les sauts inutiles, impensables.

*

Le strict code moral.
Respecter les règles, sans étouffer.

*

L’impossible déception, puisque tout existe,
tant le réel que l’illusion.

Toujours, jamais
les croyances n’existent pas
le réel, tout et rien.

*

J’ai développé l’habitude de sourire, le matin
il le faut, avec ce corps qui se souvient trop

prendre le temps de remarquer
une trace de lumière, la contempler.

Aujourd’hui, très tôt, les lampadaires…
cette lumière autour fabriquait des formes
nombreuses, variées. L’émanation, orange,
presque foncée. La clarté dans cette nuance.

L’arbre devant la fenêtre paraissait très sombre
comme en pleine nuit, enveloppé d’un ciel pur,
qui allait naître bien bleu, pâle,
son paysage équilibré par la présence
de nuages longs, épais,

les reliefs, des veines…
l’entremêlement.

Cette beauté qui fait pleurer
à nouveau, la mort qui ne vient pas
les larmes qui tombent sans grande souffrance
l’émotion passe, la marque n’est pas torture.

C’est important de me retirer d’une émotion
avant qu’elle ne me torture.

Jusqu’à ce que ce soit le moment de mourir.
Tout relâcher, à temps, ne pas refouler.

Dans le ciel, quelques minutes plus tard,
le Corbeau a crié, et s’est envolé vers l’horizon.

(1196)

*

Au-delà de tous les royaumes
après tous les rois, existe Lui
qui les sera tous. Le Roi, celui auquel mon corps
s’est depuis toujours préparé.