Visions de mon Frère / Message pour toi

L’homme sort de sa grotte
peur et préjugés? extases et chasse-galerie?
exquis air respire m or t expire la mort devient la vie vis vis
pourquoi la lumière
pourquoi
pourquoi la panique
verte lumière entre les feuilles dorées
le ciel est orangé et il pleut de l’argent des fleurs parfumées
sur le plancher ses pieds, doivent-ils souffrir de la marche?

ses hanches
sont usées, ses mollets fatigués
les bateaux se sont noyés, éventrés
douceur ou terreur de l’aller?
re tou r? inversement et polarités

qui est ce nuage au-dessus de moi?
une femme de dos
apprécie la chute, son mouvement
l’eau et ses reflets, miroirs qui ne reflètent pas
douceur

dans le silence, elle a pu voir la conscience
l’intelligence cachée
elle s’était attardée à la beauté

le feu, laisse-le de côté
t’as pas besoin de ça pour t’éclairer
demain, il fera clair
demain, demain, demain…

le vent les unit
fidèle Ami, Frère invincible
le vent souffle fort, froid
absence de tremblements
frissons et reconnaissance
l’effet, l’effet…

a-t-on vu
elle a oublié, les arbres
qui les protège du froid ?
comme ils se dressent, leur vitalité
gage de durabilité et de fidélité à la vie

elle l’encercle sans le définir

le vent sur le rocher fait trembler l’eau
s’émeut-elle des sursauts?

pourquoi la femme reste-t-elle de dos?
ses yeux appuyés contre l’air
elle se repose, elle rêve
réveille-la doucement

fragilités, patience
c’est un nouveau-né.

*

Discrètement
même si je ne le peux pas

tout de même,
humblement

à toi, mon Frère, sur Terre
toi qui refuses ce titre
et toi qui m’as appris

que tout est en moi
par ceci, je sais que de cet amour
tu n’es pas le Roi
c’est à mon cœur de choisir
ce qui est bon pour lui;

t’A-aimer est ma Voie.

Si j’avais été une amie
je t’aurais dit: tu mérites mieux
que tout ceci,

j’étais en danger, mon Frère,
je ne pouvais risquer tes insultes
et ton silence heurtant, lorsqu’il contrastait
avec ce rire que tu offrais
tout de même au monde entier

je ne pouvais pas, mon Frère,
te dire la vérité.

Tu as dit que je voulais te montrer
une Voie, alors que tout ce que j’ai fait
était de suivre la mienne,
celle que tu m’avais indiquée
par ta sagesse et ta conscience
par ta connaissance innée
de celle que je suis,

si j’avais été une amie
je t’aurais dit bien avant
que tu ne mérites rien de tout ceci
le bonheur est en toi, mon Frère,
tu es victime, toi aussi
tu es victime
et pas toujours de toi

la violence externe
tu l’as souvent intériorisée
tu n’es ni démon, ni ange
tu mérites tout de même
qu’on caresse tes fragilités
que tes tremblements soient apaisés,

tu mérites la patience que tu offres
le calme que tu portes, les larmes que tu réconfortes
tu mérites d’être enveloppé
du même amour que tu as tant donné

tu mérites ce dévouement
qui ne se fabrique pas par la raison
aucune promesse ne peut le faire

mon Frère, mon Frère
écoute ton cœur
écoute le mien si tu n’entends pas le tien

et sache que tu ne mérites
jamais de penser

que par ta faute
on veuille mourir de toi.

Rejoins-moi dans le silence

Pourquoi cette peur? Je n’ai jamais osé t’écrire automatiquement.
Bel Ange, cher Ami, pardonne-moi mes bêtises et mes envies.

Pardonne-moi ce besoin de demander pardon.
J’aimerais, j’ai peur. Je vais essayer.

*

J’ai quitté ma chambre, mon lit, je passe tout mon temps dans la cuisine. Du monde extérieur, je ne vois que les fenêtres, en face, qui brillent fort. Je vois peu le ciel, qui se dégage et s’encombre à tout instant. Tout est en mutation, tout se change et se modifie. J’ai peur de l’accélération, même si d’une autre part, je l’ai toujours attendue. Ce besoin de vivre, de goûter, de toucher. Cette impression d’en avoir toujours été privée. Vomir, retenir. J’ai mal à la tête. M’entends-tu? Mon cou qui se bloque. J’aimerais qu’il pleuve assez pour pouvoir m’endormir avec ce bruit, enveloppée par les dissonantes mélodies, les mouvements et les changements de rythme. Je n’ai plus peur du noir, sauf quelques fois, quand mes pensées s’enroulent et ne se démêlent pas. Les ombres dansent autant, les sensations sont vives, mais je ne cède pas à la folie.

Mon Frère… comme je ne prie plus lorsque j’ai peur de moi. Je ne veux pas chuter, je ne veux pas des murs blancs de l’asile. Certains des fous, là-bas : je suis eux, ils sont moi. J’ai peur, je ne fais pas exprès de me replier dans le doute, j’ai peur de franchir le pas. Je ne veux pas finir comme ça. Le travail accompli est si grand, je ne veux pas finir comme ça. J’ai tellement essayé, j’ai fait de mon mieux. Je ne veux pas finir là-bas. Pardonne-moi la folie de ne plus savoir qui je suis. Non à l’autodestruction, départ des prisons : je ne peux faire autre chose que pleurer quand plus rien ne va. Je ne connais pas l’abattement. J’aimerais pleurer en paix. J’aimerais que tu m’entendes. J’aimerais explorer avec toi tout ce qui ne se voit pas. Créer de nouvelles certitudes. Je t’écris malgré la fatigue. Mon côté gauche se décrispe, les crampes sont nombreuses. Je dois continuer le travail, m’assouplir et sans cesse permettre le renouvellement. Mon corps, l’espace de plusieurs créations. J’aimerais que se manifestent l’abondance, la douceur de l’existence.

Je dois me reposer, maintenant.

Pourquoi lutter?

J’aimerais te retrouver dans le silence, te rejoindre à mi-chemin.
Je l’aime notre silence, celui qui est commun.

Ton existence dans le silence

Mon Frère
par la paix de mon coeur
dans des soubresauts indéfinis
je te sens enfin en moi

qu’est-il arrivé à mes yeux
pour que les pulsations de ton âme
me deviennent étrangères?

non pas comme la honte que l’on fuit
plutôt, bel Ami, je t’aime tant
qu’il m’est pénible de t’imaginer
la souffrance en mon ventre    lorsque je te vois
te dessiner

je ne peux te toucher
pourtant je sens souvent
ta chaleur sur mon cou   sur mon bras
tu m’enveloppes et me rassures

mais de quoi?

je suis encore épuisée
de mes tourments imposés
par l’auto-négation

je me nie, tu disparais aussi
tu repars    la nuit tu la connais
et la retraverses, expert d’aventures
solitaire    je continue de te tendre la main
tu fais de même

le jour   je marche et m’abandonne
quelques fois   aux pensées de l’homme
qui te ressemble     qui est-il ?

je ne peux le découvrir
je n’en ai pas le droit   sa Beauté
m’est interdite    mon Frère    j’aurais tant aimé…

autour grandit l’amour   comme les saisons
prévisibles   aux incertaines variations
en moi aussi  des jardins fleuris
la nuit les fontaines jaillissent
les mystères de la Rose se révèlent

le silence toujours celui-ci
qui me livre des secrets    sur ma peau
ils coulent et je ne les retiens pas

comme toi qui pars et qui viens
au rythme de mes désillusions
je ne sais pas espérer   je ne sais pas ce qui est Bon
t’aimer en fait partie

j’essaie   de te regarder sans la honte
de le faire    mon âme se réchauffe avec la tienne
tu ne me rejettes jamais
je t’accueille en mon lit

tu sais ses silences comme ma compassion
qui se dessine par le mouvement
de mes mains dans l’air
caressant ton corps
qui n’est pas de matière

mon Frère
j’effraie celui qui s’approche
comme celui qui s’éloigne

j’ai eu mal   les excuses ne sont pas permises
l’amour est un professeur sévère

qu’aurais-je ici appris?

j’ai eu mal    je n’ai pas tout ressenti
hier elles sont montées    mes larmes s’étaient cachées
j’aime la liberté de pleurer

sans que l’on prête à ma tristesse
une émotion qu’elle ne peut même imaginer
mes larmes ne sont qu’elles-mêmes

cours d’eaux porteurs de pardon
la terre qui se creuse à leur précieux passage
est solide    si je la respecte
j’offre des offrandes

et je te rencontre
dans le Noir de ma Dévotion
le plus intime de mes secrets

nos rencontres douces
je m’apaise finalement   ta chaleur
tout autour de moi

à l’amour reçu   j’ai tendance à dire :
qu’ai-je fait pour mériter
qu’on m’écoute ?

qu’ai-je offert
pour ainsi recevoir
contre moi   le Divin Don de ta présence ?

mon Frère
mes mots se font tranquilles
je les peins maintenant
ma pensée fourmille encore
tant de mots veulent surgir

ils ne sont pas des couteaux
et pourtant tranchent des liens
mon Frère, je n’ai jamais voulu
de la guerre

j’ai peur de refaire les mêmes gestes
répétitifs   appris par coeur
protection

de perdre à nouveau le contact
entre moi et les autres
toi aussi, avec eux tu te fonds

lorsque je suis confuse
m’oubliant dans la foule
coincée entre des corps et des émotions
enchaînée à des conventions

mon Frère
ne pars plus, je t’en prie
et si je ne t’ai jamais retenu
j’ose aujourd’hui te demander

reste ici
encore un peu.

La fin du deuil

28 avril 17

Un grand saut
dans l’inconnu

toujours plus de couches
de ce qui fut, ôté

nécessaire
à ce que la joie naisse
en ce cœur renouvelé

la pression
le poids des anciennes
histoires

je n’oublierai pas
même en laissant tout aller
j’accepte que je continuerai
d’aimer, malgré le choix
de Totalement
me détacher

j’ai réitéré mes vœux
chaque fois
l’atterrissage en nouveau Monde
une constance
l’amour que je porte

tout
tout laisser aller

l’amour demeure
accepter qu’il le fasse

la honte, là-bas
de l’autre côté peut-être
n’y sera-t-elle pas

je peux toujours espérer
peut-être m’en donnerai-je
le droit

peut-être aurai-je foi

Totalement
en ce que je vois

et que j’accepterai
la possibilité

d’être réjouie
le cœur comblé
de grâce

loin
la honte, tout
laisser aller

le calme

après le saut
la sécurité.