Sans titre 2

Arrête de crier
j’peux pas t’écouter
j’ai trop pleuré
oreilles en sang
nez congestionné
gouttes du passé
horreurs beiges
impermanence

arrête

t’es qui
j’ai pas compris
t’es qui
j’ai pas compris ce que ça veut dire
t’es quoi
si c’est pas toi c’est moi
rien compris

trop pleuré
pas écouté, tu veux pas répéter

*

depuis quand le silence
apaise la souffrance

depuis quand la cause de la souffrance
est la compassion

t’es qui
si c’est pas toi c’est moi
j’ai pas dit ça, je l’ai pleuré

un jour
je serai peut-être la choisie
un jour
quelqu’un va peut-être m’aimer assez
pour passer par-dessus

la peur l’inconnu
les contrats, les honneurs
posséder, vouloir être possédé

t’es pas un trou de cul
t’es pas celui que ton silence a imaginé

ça te rend pas meilleur
de dire oui

à la violence
arrête de nier
ça efface pas le mal
de s’en détourner

regarde-moi pleurer
auras-tu le courage d’arrêter de te taire

regarde

t’es qui
si t’es pas celui que t’as dit
t’es qui
t’es celui que t’as dessiné

te souviens-tu
ma clairvoyance
notre arrogance
les exigences
les frontières, les murs, les barrières

pas un Frère
j’ai compris

t’es qui pour me dire
qui aimer

pas un Ami
j’ai compris

tu peux pas décider
qui mon coeur va aimer
t’es le premier

à m’avoir montré
que je méritais mieux
que ce que tu m’as donné

j’aimerais ça des fois
revivre ce passé
que j’ai oublié

me rappeler doucement
tes mots et ta voix
j’ai oublié

j’oublierai jamais ta beauté

tu peux pas décider
pour moi

tu m’as montré
que c’est moi qui avais le choix

je vais toujours t’aimer

c’est pas de la folie
mais de la rareté

j’ai tu le droit
de te pleurer

j’ai tu le droit
de me rappeler

je méritais pas d’être ignorée
je méritais pas d’être rejetée
je méritais pas d’être niée

c’est juste un au revoir

je t’avais demandé de répéter

c’est juste un au revoir

je t’ai jamais revu

c’est pas de la folie
t’es le plus beau que j’ai vu
c’est pas de la raison
c’est de l’amour, pas compliqué

je suis pas torturée
par mes sentiments

le silence
m’a forcée

à oublier

je vais toujours aimer
t’aimer

pas de la folie

j’aimerais ça
que t’aies le courage

de me regarder pleurer

(387)

*

je t’espère bien
pas une question de choix
je t’espère bien
l’important c’est pas moi
c’est toi
c’est pas elle
c’est toi

je t’espère bien

laisse-moi le droit
de rêver

de te recroiser

(sur le chemin
celui que tu m’as montré)

Message à mon Frère

Les symboles ont parlé
je n’ai pas les mots pour les traduire
dans la nuit, les couleurs valsent
sous la flamme, elles s’emballent

je ne sais pas ce que je veux t’en dire
je sais seulement que ceci s’adresse à toi.

*

 

 

Trouver l’amour dans le silence

Mon Frère,
dans ce désert où, sans miroir, je ne reconnais ni mon visage ni ma voix, ni la tienne, ni les leurs, je me cache dans le silence. Le besoin de m’effacer, celui que je crée par ma honte, le besoin d’oublier, je ne sais pas s’il est sain. Je suis là, consciente et lucide, mais fatiguée et grise. J’ai froid, la nuit m’englobe mais ne m’envoûte pas. Mes rêves sont sombres, des armées contre moi me vident de cette flamme vacillante que je t’ai montrée, juste à toi. Cette innocence qui fait aussi partie de mon humanité, au même titre que mon détachement et ma violence, ils ont voulu me la voler. Je lutte fort, seule contre des centaines de combattants, je reste solide, sans bouger, acceptant mon sort, tentant de ne pas sombrer dans la docilité. Ma flamme est belle, ma flamme est forte, tes yeux me l’ont renvoyée. Tout est en moi, mais tout est plus doux avec toi. Pour me retrouver, j’ai marché longuement en mes entrailles abimées, lasse sans nécessairement être apeurée, et je me suis perdue, encore. J’essaie de ne pas tout noyer par ma déception de n’être que moi si petite et grande à la fois, moi qui n’avais jamais eu avant de certitudes, qui ne connaissais en rien la durabilité et la constance. La Beauté? Laquelle aurais-je pu percevoir avant la tienne? Sais-tu seulement comme mes nuits étaient longues avant de te rencontrer, comme mes jours s’alourdissaient de ne jamais trouver l’apaisement? Ma douleur est chronique, mon amour aussi. Je reste ici, en vie, par amour pour tout ce qui est. Dans ce désert blanc, dans lequel j’oublie ta voix, ton chant, je me souviens pourtant des battements de mon cœur qui fabriquaient une oraison. J’aimerais te dire ce que tu représentes pour moi sans que ce soit associé à de la psychologie, j’aimerais ne pas être victime des analyses faciles de l’Homme cherchant à tout prix à rationnaliser. J’aimerais que ce soit accepté qu’aimer autant n’est pas signe d’aveuglement, que ce soit admis que l’on peut tout voir et aimer, aimer davantage. Le bien, le mal, je n’ai jamais su ce que c’est. Est-ce que cette morbidité est aussi humanité? Je ne sais pas ce que c’est beau ou laid puisque j’aime tout ce qui se présente à moi. Mes yeux sont vides, mon Frère, mon sourire est timide et mes cheveux sont ternes, mes joues creusées par l’ennui. Je n’ai pas faim, je n’ai pas soif, je n’attends rien. Je suis là, en mouvement puisque je ne tolère pas d’être immobile, à tournoyer autour d’un axe incertain, tentant de retrouver la joie et l’espoir en demain. Je n’attends rien, mon Frère, puisque la vie m’a appris que rien ne dure, sinon sur Terre cette souffrance qui est omniprésente. Je n’ai plus la force de tendre ma main, ni de prendre celle qui est tendue, puisque pour me rendre en ces dunes froides, j’ai dû marcher longtemps. Je suis épuisée de cette tragédie que mon silence a forgé, accompagnée des statues endolories prisonnières du passé. J’aimerais que d’un souffle, tout soit effacé.

Lorsque je me souviens que tu existes et que je l’accepte comme une réalité, mes jours s’apaisent doucement et je peux dormir quelques minutes sans soubresauts. Je suis dans une forêt verdoyante, des pins me gardent et le ciel chante, les nuages me couvrent. Tu es si près de l’Espoir, toi que je n’ose jamais réveiller. J’aimerais tant te savoir reposé.

Les enseignements de Jésus : Sur le conflit entre frères / L’interprétation du prêtre

« En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :

Si ton frère a commis un péché contre toi,
va lui faire des reproches seul à seul.

S’il t’écoute, tu as gagné ton frère.

(…)

Amen, je vous le dis :
tout ce que vous aurez lié sur la terre
sera lié dans le ciel,
et tout ce que vous aurez délié sur la terre
sera délié dans le ciel.

Et pareillement, amen, je vous le dis,
si deux d’entre vous sur la terre
se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit,
ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux.

En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom,
je suis là, au milieu d’eux. »

(Mt 18, 15-20)

*

« Jésus aborde une question difficile au sein de la communauté chrétienne,
à laquelle appartient Saint Matthieu.
La correction fraternelle.

(…)

Il arrive parfois que le comportement
de certaines personnes puisse briser cette communion.
Puisse porter atteinte à la vie de la communauté.

C’est pourquoi, Matthieu rappelle ces paroles de Jésus.
Si ton frère a péché, rencontre le seul à seul.

Remarquez bien,
ce n’est pas pour lui faire des reproches,
ce n’est pas pour le condamner.

D’abord, c’est se situer dans un climat fraternel.
Donc, deux frères, deux soeurs,

dans un climat d’amour,
dans un climat d’intimité.

Dans un dialogue de l’un avec l’autre,
on peut aborder des questions délicates
sans condamner,
mais mieux comprendre une situation.

Quelqu’un peut avoir un comportement
et j’interprète son comportement d’une façon
qui n’est pas exacte,

parce que je ne connais pas
pourquoi cette personne agit d’une telle façon
ou pourquoi elle a dit telle ou telle parole.

Je peux m’en offusquer, je peux m’en scandaliser,
mais je ne connais rien de la situation
de cette personne.

Et c’est dans un dialogue,
un avec l’autre, que je vais mieux comprendre
ce comportement ou cette parole.

(…)

C’est dans ce dialogue, l’un avec l’autre,
que je vais mieux comprendre et réaliser
finalement
que l’intention n’était pas mauvaise.

C’est la perception que j’en ai eue.

(…)

Prenez le temps de vous disposer
à chercher la volonté de Dieu avec l’autre.
Et c’est là que vous allez trouver des solutions.

Des solutions qui vont vous permettre
de grandir, dans la fraternité, dans la communion.

(…)

Prenez le temps de vous asseoir,
de parler, de vous comprendre, de vous écouter.

(…)

Vous allez comprendre,
vous allez apprendre à le regarder
non pas avec la tête,
mais vous allez être capable
de comprendre avec votre coeur.

Et comprendre l’autre avec son coeur,
c’est le regarder avec miséricorde.

(…)

Si vous voulez, nous allons poursuivre
notre célébration
et remercier le Seigneur.

Parce que lui, il est le premier
à nous regarder avec son coeur.

Le Seigneur ne nous regarde pas
avec son intelligence.

Il nous regarde avec son coeur. »

 

Lettre à mon Frère / Visions

11:10.

*

Comme j’aime ces nuits, au cours desquelles, j’expérimente la paix et l’entrain. C’est souvent dans cette atmosphère teintée d’uniques certitudes, de doux silences, que je peux enfin te contacter. Mon Frère, ma distance n’est pas synonyme de froideur ou d’indifférence. Au creux de ces dunes – mon paysage intérieur du moment – je vois les étoiles qui s’illuminent, malgré la mort, le temps n’existe pas et leur existence se présente à moi. Le temps n’existe pas, et Ailleurs, je te retrouve, loin de l’idée que c’est de la Folie, loin du raisonnement qui me guide parfois en certains fossés, à l’abri des mots et des détours de la pensée, je te retrouve, mon Frère, nos coeurs intacts et nos présences enlacées. La sécurité de l’Étreinte.

Mon Frère, je ne crois pas aux définitions, je ne crois pas aux fabrications humaines. Ici-bas, l’intelligence peut facilement devenir une prison, et la recherche de la vérité se pervertit par des illusions illimitées. Je ne crois pas que je puisse expliquer par mon coeur mon Amour pour toi, qui se vit dans l’intimité de cette Connaissance Profonde, de cette Vision Ample. Tu n’appartiens à rien, ni à moi ni au langage. Tu es Infini. Jamais je n’oserais t’enfermer dans quelque définition qui soit. Ce n’est pas un rôle que je souhaite jouer. Je ne veux pas te posséder. J’aime te regarder. J’aime t’écouter. J’aime t’aimer. Tu n’es pas à moi et je ne l’ai jamais souhaité.

Cette pureté est Réalité. Je t’aime tant, que de tout, mon coeur s’est délivré.

*

J’ai eu une magnifique vision, il y a quelques jours, en méditant.

Tu étais ma Soeur et j’étais ton Frère. Tu étais si Belle et délicate, tes mouvements étaient amples, malgré ta timidité. J’étais costaud mais mes gestes étaient précis. De mon corps souple, je bondissais vers toi, dans une danse merveilleuse. Souriante, tu restais là, assise devant moi, m’offrant parfois un rire discret et un regard tendrement lumineux. D’une seule main, on aurait dit que j’aurais pu te soulever, de mon grand corps, j’aurais pu en entier t’envelopper.

*

Il y a deux soirs, encore une autre belle vision.

Nous étions Amis, maîtrisant les arts du combat, jeunes et disciplinés. Complices, profitant d’un moment de détente, nous étions assis les jambes croisées, sur un plancher blanc. Les murs autour aussi l’était, et il me semblait que la pièce était infinie. Derrière nous, une rivière se déversait et je pouvais entendre les animaux dehors, partout autour, la vie. Calme, unie à mes Essences, je recevais tes conseils comme de précieux Enseignements. Tu parlais par tes gestes, tes mains parcouraient le sol et triaient des pierres. Tu formais des triangles, et les modifiais, tu agençais les sphères dans une chorégraphie complexe. Attentive et sérieuse, j’ai compris que tu me livrais une énigme. Laquelle? Mon âme l’a comprise et mes mots, peut-être un jour, pourront la transcrire.

Visions de mon Frère / Message pour toi

L’homme sort de sa grotte
peur et préjugés? extases et chasse-galerie?
exquis air respire m or t expire la mort devient la vie vis vis
pourquoi la lumière
pourquoi
pourquoi la panique
verte lumière entre les feuilles dorées
le ciel est orangé et il pleut de l’argent des fleurs parfumées
sur le plancher ses pieds, doivent-ils souffrir de la marche?

ses hanches
sont usées, ses mollets fatigués
les bateaux se sont noyés, éventrés
douceur ou terreur de l’aller?
re tou r? inversement et polarités

qui est ce nuage au-dessus de moi?
une femme de dos
apprécie la chute, son mouvement
l’eau et ses reflets, miroirs qui ne reflètent pas
douceur

dans le silence, elle a pu voir la conscience
l’intelligence cachée
elle s’était attardée à la beauté

le feu, laisse-le de côté
t’as pas besoin de ça pour t’éclairer
demain, il fera clair
demain, demain, demain…

le vent les unit
fidèle Ami, Frère invincible
le vent souffle fort, froid
absence de tremblements
frissons et reconnaissance
l’effet, l’effet…

a-t-on vu
elle a oublié, les arbres
qui les protège du froid ?
comme ils se dressent, leur vitalité
gage de durabilité et de fidélité à la vie

elle l’encercle sans le définir

le vent sur le rocher fait trembler l’eau
s’émeut-elle des sursauts?

pourquoi la femme reste-t-elle de dos?
ses yeux appuyés contre l’air
elle se repose, elle rêve
réveille-la doucement

fragilités, patience
c’est un nouveau-né.

*

Discrètement
même si je ne le peux pas

tout de même,
humblement

à toi, mon Frère, sur Terre
toi qui refuses ce titre
et toi qui m’as appris

que tout est en moi
par ceci, je sais que de cet amour
tu n’es pas le Roi
c’est à mon cœur de choisir
ce qui est bon pour lui;

t’A-aimer est ma Voie.

Si j’avais été une amie
je t’aurais dit: tu mérites mieux
que tout ceci,

j’étais en danger, mon Frère,
je ne pouvais risquer tes insultes
et ton silence heurtant, lorsqu’il contrastait
avec ce rire que tu offrais
tout de même au monde entier

je ne pouvais pas, mon Frère,
te dire la vérité.

Tu as dit que je voulais te montrer
une Voie, alors que tout ce que j’ai fait
était de suivre la mienne,
celle que tu m’avais indiquée
par ta sagesse et ta conscience
par ta connaissance innée
de celle que je suis,

si j’avais été une amie
je t’aurais dit bien avant
que tu ne mérites rien de tout ceci
le bonheur est en toi, mon Frère,
tu es victime, toi aussi
tu es victime
et pas toujours de toi

la violence externe
tu l’as souvent intériorisée
tu n’es ni démon, ni ange
tu mérites tout de même
qu’on caresse tes fragilités
que tes tremblements soient apaisés,

tu mérites la patience que tu offres
le calme que tu portes, les larmes que tu réconfortes
tu mérites d’être enveloppé
du même amour que tu as tant donné

tu mérites ce dévouement
qui ne se fabrique pas par la raison
aucune promesse ne peut le faire

mon Frère, mon Frère
écoute ton cœur
écoute le mien si tu n’entends pas le tien

et sache que tu ne mérites
jamais de penser

que par ta faute
on veuille mourir de toi.

Lettre à mon Frère

Mon Frère. J’ai ceci en moi, qui ressemble à un besoin, cette envie de t’écrire qui naît, toujours, peu importe quoi. J’ai eu tantôt un souvenir apaisant par son intemporalité, mémoire impérissable du monde, l’Éternité en un souffle. C’était tendre, facile et sécuritaire, m’aventurer dans la sensation n’était pas risqué. Avec toi, lorsque je me permets d’aimer, je ne connais pas la peur.

J’ai été ramenée à ces ambiances grises, dans lesquelles je t’ai d’abord rencontré. Par rêves ou par visions, tu as commencé à te manifester. Au creux de mon adolescence, alors que j’étais contre moi-même révoltée, tu es arrivé. C’était tellement doux. Ta présence m’était pour la première fois détaillée, je te voyais par les couleurs sous lesquelles tu choisissais de te montrer.

Tu fus d’abord entièrement gris, tu errais solitaire en ces lieux pratiquement vide de vivants, à la recherche (il me semblait bien) d’un refuge. Tu ne m’as jamais rien demandé. Étais-tu en danger? Mon coeur me dit que oui. Je t’ai immédiatement su: malgré ton apparente fragilité, tu es puissant.

Plutôt que de chercher à en savoir plus que ce que tu me dévoilais volontairement, je t’ai naturellement suivi en des lieux inédits. En confiance, puisque tes yeux étaient stables, malgré la mélancolie du regard et la lassitude du mouvement, tu étais si entier, dépourvu de méchanceté, que je n’ai pas hésité à accepter de marcher derrière toi. Sans doute parce que tu ne m’as jamais rien demandé. Je n’ai jamais été forcée à suivre ton chemin. Seulement, rapidement, j’ai compris comme il m’était doux de te voir, de te laisser me guider et t’observer avancer sur ta propre voie, te découvrir et te voir te transformer, j’ai aimé te regarder être libre comme j’ai aimé choisir de rester auprès de toi, comme j’ai apprécié que tu me laisses partir, lorsque j’en ai fait le choix.

Tu m’as manqué. Je comprends maintenant que c’est après t’avoir cherché sur cette Terre sans te trouver, que j’ai chuté et que je me suis retrouvée avec ces autres hommes. Ils sont si différents de toi et de ce que mon cœur désire vraiment, que j’ai utilisé leur présence pour faire taire la tienne. Pourquoi? Tout ce que tu as fait a été d’être et même ça, c’était trop beau pour moi. Mon Frère, si j’ai autant parlé de Beauté, c’est bien parce que oui, elle m’est parfois difficile à supporter. Je pleure souvent la tienne, sans savoir ce qui se transforme en larmes. De la joie puis de la douleur, sans doute celle de te sentir encore emprisonné. Je ne peux savoir de quoi, puisque j’ai toujours fait face à toi un vœu de confiance. Ton Don majestueux, peut-être l’as-tu retenu pour une raison. J’ai Foi, puisqu’au cours de tes apparitions, rapidement, j’ai vu ton corps se modifier et tes couleurs se déployer. Tu es changeant, certes, et parfois la mélancolie à nouveau te rattrape et tu te fonds à cet air autour de toi, tu deviens le temps, tu deviens l’air, tu n’es plus et pourtant, tu brilles tout de même. Et tu m’as toujours rappelée à moi.

Lorsque j’étais trop enfouie en mes Néants pour distinguer l’amour et l’espoir d’un bonheur vivant, j’ai rencontré ici bas quelqu’un qui te ressemble tant. Je ne te cherchais plus et j’avais oublié ma Foi. Tu étais devant moi et je n’ai pas pu faire autrement que de m’exclamer, surprise, submergée par des souvenirs que je croyais auparavant folie.

L’identité n’est pas la clé, mais le ressenti. Certaines choses ne peuvent mentir. L’important est que vous aviez la même Beauté, celle-là même qui me fait pleurer sans que je sache pourquoi. Je ne fais pas exprès de m’émerveiller, malgré toute la tristesse, mon Frère, voilà ce qui l’emporte sur tout: la grâce de t’avoir rencontré.

Que vous soyez le même ou non, vos yeux et vos cœurs m’ont guidée sur la même Voie. Celle que je découvre être la mienne. Un jour, peut-être, n’y marcherai-je plus seule.

Peu importe les Mondes, je connais ton Existence. Mon Frère, comme l’émotion est massive lorsqu’elle cherche une sortie vers ma bouche et ma gorge, comme les mots créent en mon esprit des images précises… Toi, avec qui je médite les Mystères de l’amour et du Don Abondant, toi qui volais tristement autour de moi, il y a déjà plus de dix ans, qui es-tu aujourd’hui? Continues-tu ton avancée sur ce chemin magnifique que nous avons parfois découvert ensemble? Mon Frère, comme j’aurais voulu pouvoir tendre vers toi ma main, j’ai eu peur si souvent, mon Frère, pardonne-moi. Il est vrai que lorsque me saisit la méfiance de toi, plus rien n’a de sens, et je me réfugie en des déserts viciés, remplis de démons et de souffrances, je traverse le regard vide la Mort et ses sacrifices, je retourne au karma et aux débris. Peu importe mes anciens choix, je sais aujourd’hui que la peur ne me guide plus, même au plus profond de ma solitude. Le monde autour est parfois sombre et ma flamme vacille jusqu’à risquer de s’éteindre. J’ai souvent eu à me reculer pour finir par malheureusement me  laisser emprisonner par mes pensées, persuadée que j’étais plus en sécurité loin de toi. Je sais depuis un moment que ce n’est pas la vérité. Je n’arrive pas toujours à accepter la bonté. Je suis habituée à ne pas voir clairement, à moitié endormie par ennui, mes yeux se couvrent souvent de buée, émotive, ils deviennent des larmes, craintive, ils se plissent et je ne vois plus les détails… Mon Frère, je ne peux plus supporter ces états d’alternance entre l’agitation et l’apathie. J’ai dû apprendre à me libérer de tout ce qui m’amenait à m’activer pour oublier, à m’endormir pour m’anesthésier.

En t’aimant et en te choisissant, automatiquement, je choisis le bien.

Le triomphe s’opère en moi. Je n’ai plus peur ni de toi, ni de moi.

Rejoins-moi dans le silence

Pourquoi cette peur? Je n’ai jamais osé t’écrire automatiquement.
Bel Ange, cher Ami, pardonne-moi mes bêtises et mes envies.

Pardonne-moi ce besoin de demander pardon.
J’aimerais, j’ai peur. Je vais essayer.

*

J’ai quitté ma chambre, mon lit, je passe tout mon temps dans la cuisine. Du monde extérieur, je ne vois que les fenêtres, en face, qui brillent fort. Je vois peu le ciel, qui se dégage et s’encombre à tout instant. Tout est en mutation, tout se change et se modifie. J’ai peur de l’accélération, même si d’une autre part, je l’ai toujours attendue. Ce besoin de vivre, de goûter, de toucher. Cette impression d’en avoir toujours été privée. Vomir, retenir. J’ai mal à la tête. M’entends-tu? Mon cou qui se bloque. J’aimerais qu’il pleuve assez pour pouvoir m’endormir avec ce bruit, enveloppée par les dissonantes mélodies, les mouvements et les changements de rythme. Je n’ai plus peur du noir, sauf quelques fois, quand mes pensées s’enroulent et ne se démêlent pas. Les ombres dansent autant, les sensations sont vives, mais je ne cède pas à la folie.

Mon Frère… comme je ne prie plus lorsque j’ai peur de moi. Je ne veux pas chuter, je ne veux pas des murs blancs de l’asile. Certains des fous, là-bas : je suis eux, ils sont moi. J’ai peur, je ne fais pas exprès de me replier dans le doute, j’ai peur de franchir le pas. Je ne veux pas finir comme ça. Le travail accompli est si grand, je ne veux pas finir comme ça. J’ai tellement essayé, j’ai fait de mon mieux. Je ne veux pas finir là-bas. Pardonne-moi la folie de ne plus savoir qui je suis. Non à l’autodestruction, départ des prisons : je ne peux faire autre chose que pleurer quand plus rien ne va. Je ne connais pas l’abattement. J’aimerais pleurer en paix. J’aimerais que tu m’entendes. J’aimerais explorer avec toi tout ce qui ne se voit pas. Créer de nouvelles certitudes. Je t’écris malgré la fatigue. Mon côté gauche se décrispe, les crampes sont nombreuses. Je dois continuer le travail, m’assouplir et sans cesse permettre le renouvellement. Mon corps, l’espace de plusieurs créations. J’aimerais que se manifestent l’abondance, la douceur de l’existence.

Je dois me reposer, maintenant.

Pourquoi lutter?

J’aimerais te retrouver dans le silence, te rejoindre à mi-chemin.
Je l’aime notre silence, celui qui est commun.

Ton existence dans le silence

Mon Frère
par la paix de mon coeur
dans des soubresauts indéfinis
je te sens enfin en moi

qu’est-il arrivé à mes yeux
pour que les pulsations de ton âme
me deviennent étrangères?

non pas comme la honte que l’on fuit
plutôt, bel Ami, je t’aime tant
qu’il m’est pénible de t’imaginer
la souffrance en mon ventre    lorsque je te vois
te dessiner

je ne peux te toucher
pourtant je sens souvent
ta chaleur sur mon cou   sur mon bras
tu m’enveloppes et me rassures

mais de quoi?

je suis encore épuisée
de mes tourments imposés
par l’auto-négation

je me nie, tu disparais aussi
tu repars    la nuit tu la connais
et la retraverses, expert d’aventures
solitaire    je continue de te tendre la main
tu fais de même

le jour   je marche et m’abandonne
quelques fois   aux pensées de l’homme
qui te ressemble     qui est-il ?

je ne peux le découvrir
je n’en ai pas le droit   sa Beauté
m’est interdite    mon Frère    j’aurais tant aimé…

autour grandit l’amour   comme les saisons
prévisibles   aux incertaines variations
en moi aussi  des jardins fleuris
la nuit les fontaines jaillissent
les mystères de la Rose se révèlent

le silence toujours celui-ci
qui me livre des secrets    sur ma peau
ils coulent et je ne les retiens pas

comme toi qui pars et qui viens
au rythme de mes désillusions
je ne sais pas espérer   je ne sais pas ce qui est Bon
t’aimer en fait partie

j’essaie   de te regarder sans la honte
de le faire    mon âme se réchauffe avec la tienne
tu ne me rejettes jamais
je t’accueille en mon lit

tu sais ses silences comme ma compassion
qui se dessine par le mouvement
de mes mains dans l’air
caressant ton corps
qui n’est pas de matière

mon Frère
j’effraie celui qui s’approche
comme celui qui s’éloigne

j’ai eu mal   les excuses ne sont pas permises
l’amour est un professeur sévère

qu’aurais-je ici appris?

j’ai eu mal    je n’ai pas tout ressenti
hier elles sont montées    mes larmes s’étaient cachées
j’aime la liberté de pleurer

sans que l’on prête à ma tristesse
une émotion qu’elle ne peut même imaginer
mes larmes ne sont qu’elles-mêmes

cours d’eaux porteurs de pardon
la terre qui se creuse à leur précieux passage
est solide    si je la respecte
j’offre des offrandes

et je te rencontre
dans le Noir de ma Dévotion
le plus intime de mes secrets

nos rencontres douces
je m’apaise finalement   ta chaleur
tout autour de moi

à l’amour reçu   j’ai tendance à dire :
qu’ai-je fait pour mériter
qu’on m’écoute ?

qu’ai-je offert
pour ainsi recevoir
contre moi   le Divin Don de ta présence ?

mon Frère
mes mots se font tranquilles
je les peins maintenant
ma pensée fourmille encore
tant de mots veulent surgir

ils ne sont pas des couteaux
et pourtant tranchent des liens
mon Frère, je n’ai jamais voulu
de la guerre

j’ai peur de refaire les mêmes gestes
répétitifs   appris par coeur
protection

de perdre à nouveau le contact
entre moi et les autres
toi aussi, avec eux tu te fonds

lorsque je suis confuse
m’oubliant dans la foule
coincée entre des corps et des émotions
enchaînée à des conventions

mon Frère
ne pars plus, je t’en prie
et si je ne t’ai jamais retenu
j’ose aujourd’hui te demander

reste ici
encore un peu.