Chants d’amour de l’Égypte antique – Présenté par Pascal Vernus : Poèmes de la Soeur à son Frère

Une magnifique traduction de poèmes anciens
par Pascal Vernus.

*

La Soeur chante à son Frère
d’une voix douce, tout de même agitée,
son coeur bondit face à sa beauté.
Comment le retenir?
Impossible. Ne pas y céder,
c’est ne plus ressentir. Se laisser aller,
c’est vivre et aimer.

*

Le cycle du Papyrus Chester Beatty.

« Mon frère émeut mon coeur par sa voix,
Jusqu’à faire qu’une maladie s’empare de moi.
Il se trouve être un voisin de la demeure de ma mère,
(Mais) je ne saurais aller à lui.
Ma mère est bien bonne de me faire ce genre
de recommandation :
« Renonce à le voir! »
(Mais) voilà, mon coeur s’y refuse, et, est-il question de lui,
Que l’amour s’empare de moi.
Voilà, il est comme fou,
Mais moi, je suis comme lui.

(…) »

« Il est prompt à se dérober, mon coeur,
Quand je pense à l’amour que j’ai pour toi.
Il ne me permet pas de marcher comme tout le monde.
Il a sauté hors de sa place.
Il ne me permet pas de prendre ma tunique.
Je ne revêts plus mon châle,
Je ne mets plus de fard à mes yeux.
Je ne me parfume même plus.
« Ne reste pas sans rien faire, et rends-toi à demeure »,
Me dit-il chaque fois que je pense à lui.
Ne fais pas avec moi – mon coeur – l’insensé !
Tu fais le sot pourquoi?
Reste calme. (Car) quand vient à toi le frère,
De nombreuses personnes (font) de même !
Ne fais pas que les gens disent à mon sujet :
« Une femme égarée d’amour !  »
Sois ferme chaque fois que je pense à lui.
Mon coeur, ne te dérobe pas !  »

« (…) (Lui), le jeune homme excellent, sans égal,
Le frère à la personnalité d’exception.
Il a porté le regard vers moi quand je passais.
J’étais seule pour jubiler.
Que mon coeur était réjoui d’allégresse,
Frère, quand je (t’)ai vu !
Ah si ma mère connaissait mon sentiment,
Elle s’y ferait à l’instant !
La Dorée, ah donc, mets cela dans son coeur.
Alors, j’irai vers le frère,
Et je l’embrasserai devant tous ses families.
Je ne me soucierai pas des gens,
Je me réjouirai de ce qu’ils comprennent
Que tu me connais.
Je veux célébrer une fête pour ma déesse.
Mon coeur a sauté jusqu’à se trouver hors position,
Pour faire que j’aperçoive le frère cette nuit.
Que c’est bon, ce qui s’est passé.  »

 

 

Sans titre 2

Arrête de crier
j’peux pas t’écouter
j’ai trop pleuré
oreilles en sang
nez congestionné
gouttes du passé
horreurs beiges
impermanence

arrête

t’es qui
j’ai pas compris
t’es qui
j’ai pas compris ce que ça veut dire
t’es quoi
si c’est pas toi c’est moi
rien compris

trop pleuré
pas écouté, tu veux pas répéter

*

depuis quand le silence
apaise la souffrance

depuis quand la cause de la souffrance
est la compassion

t’es qui
si c’est pas toi c’est moi
j’ai pas dit ça, je l’ai pleuré

un jour
je serai peut-être la choisie
un jour
quelqu’un va peut-être m’aimer assez
pour passer par-dessus

la peur l’inconnu
les contrats, les honneurs
posséder, vouloir être possédé

t’es pas un trou de cul
t’es pas celui que ton silence a imaginé

ça te rend pas meilleur
de dire oui

à la violence
arrête de nier
ça efface pas le mal
de s’en détourner

regarde-moi pleurer
auras-tu le courage d’arrêter de te taire

regarde

t’es qui
si t’es pas celui que t’as dit
t’es qui
t’es celui que t’as dessiné

te souviens-tu
ma clairvoyance
notre arrogance
les exigences
les frontières, les murs, les barrières

pas un Frère
j’ai compris

t’es qui pour me dire
qui aimer

pas un Ami
j’ai compris

tu peux pas décider
qui mon coeur va aimer
t’es le premier

à m’avoir montré
que je méritais mieux
que ce que tu m’as donné

j’aimerais ça des fois
revivre ce passé
que j’ai oublié

me rappeler doucement
tes mots et ta voix
j’ai oublié

j’oublierai jamais ta beauté

tu peux pas décider
pour moi

tu m’as montré
que c’est moi qui avais le choix

je vais toujours t’aimer

c’est pas de la folie
mais de la rareté

j’ai tu le droit
de te pleurer

j’ai tu le droit
de me rappeler

je méritais pas d’être ignorée
je méritais pas d’être rejetée
je méritais pas d’être niée

c’est juste un au revoir

je t’avais demandé de répéter

c’est juste un au revoir

je t’ai jamais revu

c’est pas de la folie
t’es le plus beau que j’ai vu
c’est pas de la raison
c’est de l’amour, pas compliqué

je suis pas torturée
par mes sentiments

le silence
m’a forcée

à oublier

je vais toujours aimer
t’aimer

pas de la folie

j’aimerais ça
que t’aies le courage

de me regarder pleurer

(387)

*

je t’espère bien
pas une question de choix
je t’espère bien
l’important c’est pas moi
c’est toi
c’est pas elle
c’est toi

je t’espère bien

laisse-moi le droit
de rêver

de te recroiser

(sur le chemin
celui que tu m’as montré)

Message à mon Frère

Les symboles ont parlé
je n’ai pas les mots pour les traduire
dans la nuit, les couleurs valsent
sous la flamme, elles s’emballent

je ne sais pas ce que je veux t’en dire
je sais seulement que ceci s’adresse à toi.

*

 

 

La fusion d’étoiles à neutrons observée

Une belle histoire d’amour.

*

L’article complet.

*

Un texte d’Alain Labelle pour Radio-Canada.

« Ces étoiles sont des vestiges d’étoiles massives. Une étoile géante meurt en explosant, menant ainsi à la naissance d’une supernova. Ce phénomène extrêmement lumineux ne dure que de quelques jours à quelques semaines.

Une fois l’explosion terminée, il ne reste plus qu’un cœur très dense, composé presque uniquement de neutrons.

Ces étoiles à neutrons sont les étoiles les plus petites et les plus denses connues à ce jour.

Tout comme les étoiles ordinaires dont elles sont issues, certaines évoluent en couple.

Elles orbitent alors entre elles et se rapprochent lentement en perdant de l’énergie sous forme d’ondes gravitationnelles, un phénomène qui finit par s’accélérer jusqu’à la fusion.

Si ce scénario était prédit par les modèles, c’est la première fois qu’il est confirmé par l’observation. »

Trouver l’amour dans le silence

Mon Frère,
dans ce désert où, sans miroir, je ne reconnais ni mon visage ni ma voix, ni la tienne, ni les leurs, je me cache dans le silence. Le besoin de m’effacer, celui que je crée par ma honte, le besoin d’oublier, je ne sais pas s’il est sain. Je suis là, consciente et lucide, mais fatiguée et grise. J’ai froid, la nuit m’englobe mais ne m’envoûte pas. Mes rêves sont sombres, des armées contre moi me vident de cette flamme vacillante que je t’ai montrée, juste à toi. Cette innocence qui fait aussi partie de mon humanité, au même titre que mon détachement et ma violence, ils ont voulu me la voler. Je lutte fort, seule contre des centaines de combattants, je reste solide, sans bouger, acceptant mon sort, tentant de ne pas sombrer dans la docilité. Ma flamme est belle, ma flamme est forte, tes yeux me l’ont renvoyée. Tout est en moi, mais tout est plus doux avec toi. Pour me retrouver, j’ai marché longuement en mes entrailles abimées, lasse sans nécessairement être apeurée, et je me suis perdue, encore. J’essaie de ne pas tout noyer par ma déception de n’être que moi si petite et grande à la fois, moi qui n’avais jamais eu avant de certitudes, qui ne connaissais en rien la durabilité et la constance. La Beauté? Laquelle aurais-je pu percevoir avant la tienne? Sais-tu seulement comme mes nuits étaient longues avant de te rencontrer, comme mes jours s’alourdissaient de ne jamais trouver l’apaisement? Ma douleur est chronique, mon amour aussi. Je reste ici, en vie, par amour pour tout ce qui est. Dans ce désert blanc, dans lequel j’oublie ta voix, ton chant, je me souviens pourtant des battements de mon cœur qui fabriquaient une oraison. J’aimerais te dire ce que tu représentes pour moi sans que ce soit associé à de la psychologie, j’aimerais ne pas être victime des analyses faciles de l’Homme cherchant à tout prix à rationnaliser. J’aimerais que ce soit accepté qu’aimer autant n’est pas signe d’aveuglement, que ce soit admis que l’on peut tout voir et aimer, aimer davantage. Le bien, le mal, je n’ai jamais su ce que c’est. Est-ce que cette morbidité est aussi humanité? Je ne sais pas ce que c’est beau ou laid puisque j’aime tout ce qui se présente à moi. Mes yeux sont vides, mon Frère, mon sourire est timide et mes cheveux sont ternes, mes joues creusées par l’ennui. Je n’ai pas faim, je n’ai pas soif, je n’attends rien. Je suis là, en mouvement puisque je ne tolère pas d’être immobile, à tournoyer autour d’un axe incertain, tentant de retrouver la joie et l’espoir en demain. Je n’attends rien, mon Frère, puisque la vie m’a appris que rien ne dure, sinon sur Terre cette souffrance qui est omniprésente. Je n’ai plus la force de tendre ma main, ni de prendre celle qui est tendue, puisque pour me rendre en ces dunes froides, j’ai dû marcher longtemps. Je suis épuisée de cette tragédie que mon silence a forgé, accompagnée des statues endolories prisonnières du passé. J’aimerais que d’un souffle, tout soit effacé.

Lorsque je me souviens que tu existes et que je l’accepte comme une réalité, mes jours s’apaisent doucement et je peux dormir quelques minutes sans soubresauts. Je suis dans une forêt verdoyante, des pins me gardent et le ciel chante, les nuages me couvrent. Tu es si près de l’Espoir, toi que je n’ose jamais réveiller. J’aimerais tant te savoir reposé.

Les Paraboles: Le semeur

« En ce temps-là,
comme une grande foule se rassemblait,
et que de chaque ville on venait vers Jésus,
il dit dans une parabole :

Le semeur sortit pour semer la semence,
et comme il semait, il en tomba au bord du chemin.

Les passants la piétinèrent,
et les oiseaux du ciel mangèrent tout.

Il en tomba aussi dans les pierres,
elle poussa et elle sécha parce qu’elle n’avait pas d’humidité.

Il en tomba aussi au milieu des ronces,
et les ronces, en poussant avec elle, l’étouffèrent.
Il en tomba enfin dans la bonne terre,
elle poussa et elle donna du fruit au centuple.

Disant cela, il éleva la voix :
Celui qui a des oreilles pour entendre,
qu’il entende !

Ses disciples lui demandaient
ce que signifiait cette parabole.

Il leur déclara :
À vous il est donné de connaître les mystères du royaume de Dieu,
mais les autres n’ont que les paraboles.

Ainsi, comme il est écrit :
Ils regardent sans regarder,
ils entendent sans comprendre.

Voici ce que signifie la parabole.
La semence, c’est la parole de Dieu.

Il y a ceux qui sont au bord du chemin :
ceux-là ont entendu ;
puis le diable survient
et il enlève de leur cœur la Parole,
pour les empêcher de croire et d’être sauvés.

Il y a ceux qui sont dans les pierres :
lorsqu’ils entendent, ils accueillent la Parole avec joie ;
mais ils n’ont pas de racines,
ils croient pour un moment
et, au moment de l’épreuve, ils abandonnent.

Ce qui est tombé dans les ronces,
ce sont les gens qui ont entendu,
mais qui sont étouffés, chemin faisant,
par les soucis, la richesse
et les plaisirs de la vie,
et ne parviennent pas à maturité.

Et ce qui est tombé dans la bonne terre,
ce sont les gens qui ont entendu la Parole
dans un cœur bon et généreux,
qui la retiennent
et portent du fruit par leur persévérance. »

(Lc 8, 4-15)

Les Paraboles: 70 fois 7 fois pardon

« Alors Pierre s’approcha de lui, et dit :
Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère,
lorsqu’il péchera contre moi ? Sera-ce jusqu’à sept fois ?

Jésus lui dit :
Je ne te dis pas jusqu’à sept fois,
mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois.

C’est pourquoi, le royaume des cieux
est semblable à un roi qui voulut faire
rendre compte à ses serviteurs.
 

Quand il se mit à compter,
on lui en amena un qui devait dix mille talents.
 

Comme il n’avait pas de quoi payer,
son maître ordonna qu’il fût vendu,
lui, sa femme, ses enfants,

et tout ce qu’il avait, et que la dette fût acquittée. 

Le serviteur, se jetant à terre,
se prosterna devant lui, et dit :
Seigneur, aie patience envers moi,
et je te paierai tout.
 

Ému de compassion,
le maître de ce serviteur le laissa aller,
et lui remit la dette.
 

Après qu’il fut sorti,
ce serviteur rencontra un de ses compagnons
qui lui devait cent deniers.

Il le saisit et l’étranglait, en disant :
Paie ce que tu me dois. 

Son compagnon, se jetant à terre,
le suppliait, disant :

Aie patience envers moi, et je te paierai. 

Mais l’autre ne voulut pas,
et il alla le jeter en prison,
jusqu’à ce qu’il eût payé ce qu’il devait.
 

Ses compagnons, ayant vu ce qui était arrivé,
furent profondément attristés,
et ils allèrent raconter à leur maître
tout ce qui s’était passé.
 

Alors le maître fit appeler ce serviteur,
et lui dit :

Méchant serviteur,
je t’avais remis en entier ta dette,
parce que tu m’en avais supplié; 

(33) ne devais-tu pas aussi avoir pitié de ton compagnon,
comme j’ai eu pitié de toi ?

Et son maître, irrité, le livra aux bourreaux,
jusqu’à ce qu’il eût payé tout ce qu’il devait.
 

C’est ainsi que mon Père céleste vous traitera,

si chacun de vous ne pardonne
à son frère de tout son coeur. « 

(Mt 18: 21-35)

Sermon: Saint Léon le Grand sur les Béatitudes

« La pureté du cœur et la paix

C’est à juste titre que la béatitude de voir Dieu est promise à la pureté du cœur. En effet, un regard souillé ne pourra pas voir la splendeur de la vraie lumière ; et ce qui sera la joie des âmes limpides sera le châtiment des âmes boueuses. Il faut donc détourner ses yeux des vanités terrestres qui les obscurcissent et nettoyer notre œil intérieur de toute souillure d’iniquité ; c’est ainsi qu’un regard paisible se rassasiera de l’incomparable vision de Dieu.

Nous avons compris que la béatitude suivante nous enseigne comment mériter cela : Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Cette béatitude, mes bien-aimés, ne vient pas d’une entente banale ou d’une concorde quelconque, mais de celle dont l’Apôtre dit : Soyez en paix avec Dieu. Et le prophète David : Grande est la paix des amis de ta loi ; pour eux, plus d’obstacle.

Même une amitié très étroite, même une parfaite unité d’esprit ne peuvent véritablement prétendre à cette paix, s’il n’y a pas accord avec la volonté de Dieu. On ne peut reconnaître la dignité de cette paix à une communauté de désirs malhonnêtes, à des complicités criminelles ou à des pactes conclus pour le vice. L’amour du monde n’est pas compatible avec l’amour de Dieu, et il ne peut entrer dans la société des fils de Dieu, celui qui ne brise pas avec son origine charnelle. Mais ceux dont l’âme est toujours unie à Dieu ont à cœur de garder l’unité de l’esprit par le lien de la paix ; ils ne s’écartent jamais de la loi éternelle, disant dans une prière pleine de foi : Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Les voilà, les pacifiques ; les voilà, ceux qui sont unanimes dans le bien, qui ont un même cœur dans la sainteté, qui doivent être appelés éternellement fils de Dieu, héritiers avec le Christ. L’amour de Dieu et l’amour du prochain leur obtiendra de ne plus ressentir aucune opposition, de ne craindre aucun scandale ; mais, une fois terminé le combat de toutes les tentations, de se reposer dans la paix infiniment tranquille, la paix de Dieu, par notre Seigneur qui, avec le Père et l’Esprit Saint, vit et règne pour les siècles des siècles. Amen. «