Promenades + Pensées variées – Sur l’amour


Journal / jeudi, décembre 20th, 2018

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17-18-19 décembre.

Ce que j’ai appelé Amour me garantit un détachement des événements.

Ce réel ne m’échappe pas, il ne m’intéresse pas, c’est différent.

Ailleurs, je sais le Regard, je ne me sens ni seule ni en besoin d’abri.

Là-bas, tout est si calme, vivant, puisque ce royaume est plus qu’un Souvenir.

Ailleurs, j’incarne fluidement mon âme. Elle ne m’appartient pas.

Quelque chose l’a peut-être créée.

Un codage, il me semble, fait sur mesure pour ce Regard.
Inscrite en moi, l’indication limpide : vibre, vis, aime et fais sourire. 

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beaucoup d’alternances dans le ciel.

aujourd’hui, tout était gris.

 

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Juste là, devant l’escalier.

J’ai reconnu ses yeux. Dedans, ce tressaillement,
quelque chose qui me dit : pars et vite.

Ce que j’ai fait, en espérant transmettre un sourire, dans le silence.
Hé-oh, c’est moi, souviens-toi, je ne mords pas. 

Quand même, je n’ai pas baissé les yeux.

J’ai plus que le droit d’être. Je suis. 

*

 

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Je n’aime pas l’émotivité des drames.
Ma tristesse, cette mélancolie, ne s’y retrouvent pas.

Cet escalier, il fallait le monter. Il fallait bel et bien passer à côté de lui.
Dans mes oreilles, Richard Hell chantait l’évidence. Not this one.

Juste avant, ces trois enfants répétaient Послушай, сука, ты!,
eh. Au matin, en m’habillant, tout en noir, j’ai eu conscience de ma féminité.

Qu’ils pensent ce qu’ils veulent, les cons. 

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Une seule fois, véritablement, je me suis aventurée loin du Château.
Toute ma vie, j’ai vécu entre pulsions et chasteté. J’ai remercié la main invisible
qui m’a retenue, bien que je me sois quelques fois rebellée
contre ma propre sévérité.

Pour de très rares humains, j’ai ressenti cet élan grandiose :
merci mon Dieu, cette âme vit ici. 

J’aime tout ce qui est.

Je ne comprends pas comment il pourrait en être autrement.

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Pendant de courtes semaines, il y eut cette magnifique Apparition. Le Roi, le Roi… Qu’importent les calvaires du passé, si cet homme est là, quelque part en sécurité.

Ces derniers mois, j’ai eu à accepter.

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Sauvage, sans être farouche,
j’aime que l’on m’approche doucement.

Bien que je donne à tous,
on ne me prend pas si facilement.

Réservée,
dans l’intimité, un réel partagé.

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Ce monde dans lequel j’ai régné, il m’a fallu partiellement le quitter.
Si je suis vivante, c’est encore par choix.

La Folie, cette dernière dose coulant dans mes veines, je l’ai purgée ailleurs,
avec ceux que j’ai appelés des frères, des Passants.

J’ai parfois cette grande joie, l’entrain d’une enfant…

J’ai eu honte, c’est vrai, de certains écoulements.

C’est dans cette vulnérabilité que j’ai Appelé le Roi.
Par l’Enfant, toujours par ce même surnom,
par de douces chansons,

réveillée ou endormie, j’ai questionné à nouveau :
vit-il donc ici? 

Sous ces planchers, j’étais là, percevant par mon front
et par mes paupières fermées,
la lumière qui ne brûle pas.

Dans l’Amnésie, je sais que j’aime tendre la main.

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À la bibliothèque, j’ai continué cette promenade, ces visites amicales.
Après quelques rencontres politiques, j’ai cédé à l’envie de retrouver les poètes.

Dans cette rangée magnifique, ma préférée de l’endroit, j’ai demandé à mon esprit de se poser distinctement, de me guider là ou il faut. Toutes ces merveilles…

Je plonge en une étendue ou je sais nager.

L’air y est dense, certes, gris, j’aime y retourner.

Près de Tchekhov et de Pasternak, qui sont massifs dans cette longue série de livres alignés, entre les Russes et les Portugais, tout près des Perses et des Turcs,

je retrouve vite le calme de ces nuits adolescentes, lorsque je condensais mon amour et l’offrais, hors la romance à ces Muses disparues.

Plus loin, il y avait Sandman. J’ai eu envie de le revoir.

J’ai fermé les yeux, quelques temps, les semaines ont passé depuis que j’ai appris qu’il fut un enfant, qu’il avait un prénom. Depuis que j’ai rencontré les gargouilles, son corbeau, ses frères et soeurs.

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The Sandman : The Doll’s House
(1989-90)

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Écrit par Neil Gaiman.
Illustré par Mike Dringenberg, Malcom Jones III,
Chris Bachalo, Michael Zulli, Steve Parkhouse.
Couleurs par Robbie Busch.
Lettrage par Todd Klein.

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Drôle de monde, vraiment. Une évidence,
peut-être, ces synchronicités.

Ils sont vivants, ou ils l’ont déjà été.

Pour les morts, j’aimerais me souvenir de quelque chose d’intangible,
et par ce regard tendu au ciel, offrir.

Parfois, je dois me répéter que je vis. Il me faudra bel et bien intégrer ce corps,
si je veux continuer.

Dieu sait comme l’amour en moi se multiplie, sans que j’aie à choisir.

On n’avorte pas de ce genre de sensations.
Les dommages sont parfois permanents.

Une roulette russe… 

Je sais, sans pouvoir le conceptualiser concrètement, ce qui est à surpasser.

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PMR et Suisse.

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16 décembre.

L’art, une impudeur.

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Sous mes doigts, j’essaie la douceur d’une valse.

Ce qui vient de mes jambes et mes bras, une agileté concentrée en des forces nouvelles, rappel de cette dureté que je me connais, que j’apprendrai un jour à vraiment apprécier.

L’émotivité désarme, j’aime ressentir entièrement.

Comme ce vent, le sifflement dans mon ventre, au-delà de la parole,
en ce silence dévoué que je cultive depuis ma naissance.

Les jardins poussent, malgré mes distractions, mes siestes sous les arbres, et ces périodes d’entraînement intensifs ailleurs qu’en le soi, qu’en l’autre. 

J’aime expérimenter le nul part, plus que tout,
la passion des néants plus que de la rupture.

Il y vit quelque chose,
je m’en approche sans jamais avoir

à oser quoi que ce soit.

Je chute entre les vertiges,

le corps droit, jusqu’à ce qu’il craque.

Je ne changerai pas,
je sais ce que je ne suis pas.

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Parfois, dans une série de spasmes, mes intérieurs se tordent.
Non, tu ne bouges pas. 

Le défi, je regrette parfois de l’avoir exigé, Enfant,
facilement ennuyée par le temps qui passe
sans que rien n’existe pour autant.

Un exercice rigoureux, ce plongeon,
exigeant abandon et confiance.

En soi, en l’autre? Les choses, non, ne sont pas si simples.

Ce que l’on appelle Dieu, est peut-être à même ce trou.

La profondeur, je la conçois par le chemin de l’ampleur.

Ces condensations donnent à mon corps des contractions.
Non, tu ne bouges pas. 

La force, dans la réaction juste et son absence.

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Ou donc déposer ma puissance?

Sur mon propre corps, ceci crée les jardins,
qui demande à partager ses fruits.

D’y goûter, j’ai offert la permission.

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sup (17)sup (21)

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Qu’est-ce donc, messieurs-dames, que vous avez qualifié
d’indifférence?

La tragédie, très peu dans la démonstration,
nullement dans la quête,

elle est, voilà,
les événements ne sont pas toujours
issus de choix.

Cette sensibilité, un don
puisque je l’offre seulement
lorsque l’on voit à travers et au-delà

lorsque l’on sait l’envers.

Ne juge pas sans me voir.

S’il voit, il comprendra. Autrement,
je reste là, telle que je l’ai toujours été.

Le repentir jadis, puisque je connais mes monstres.
J’ai eu honte des excès, dans l’expérimentation ou la punition.

Ma pureté, aussi réelle que ce corps
qui se déplace à travers les épreuves.

Pieuse, dévouée au perfectionnement,
j’ai toujours voulu être meilleure.

Avec la puissance vient souvent l’horrible,
sans passion ni mouvement, parfois.

J’aime en Totalité et même en mes néants
cette nature ne se modifie pas
au-delà du temps

et de ce que je ne ressens pas.

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Cet amour n’est pas une croyance.

Je sais ce que je sais.

Je m’y abandonnerai.

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