Sur la Russie – sur la foule / Pour la Mère, les Reines et mes Ancêtres


Journal / mardi, décembre 11th, 2018

*

Il faut un moment pour entrer dans le rythme,
s’adapter à ses déclinaisons, les ressentir.

C’est naturellement que j’ai entendu
d’abord les mots lumière, chance, fin, chemin…

Ces apprentissages demandent un engagement constant.
Prononcer ce oui est un raccourci efficace. Magnifique.

Plus jeune, j’ai refusé la paresse, je me suis donnée jusqu’à l’épuisement.

Je suis ton Ange. Étrange émotion, tout à fait calme,
me menant jusqu’aux plus belles profondeurs.

Je vis pour mourir. S’il le faut, un jour je saurai comment le dire.

Cette année (débutée en ’69, il y a une éternité),
j’ai retrouvé quelque chose de précieux, d’intime,
et perdu (en échange) les souvenirs inutiles.

Ma mélancolie est là, quelque part, je ne veux pas l’annihiler.

Cette Mémoire étrangère, j’ai travaillé si fort pour la porter.

Y voir seulement l’émotion, c’est se leurrer.
Cette puissance, il faut savoir la mesurer.

Blanche, mon sang est Rouge, l’horizon bleu et blanc, doré.

Mon regard est noir, tantôt triste, passionné ou vide,
illuminé par la joie et le rire.

Quel bonheur de me retrouver sur mon propre chemin, bel et bien là,

près de mes formes.
Dans une grande valse, je nous vois toutes danser.

*

*

Lors de cette conférence, une fois de plus,
cette méfiance que j’ai a été activée par les mots de l’homme et de cette foule.

Comme si le rire excusait quoi que soit, sans honte, cet ancêtre a fait un survol empli de mensonges d’un millénaire d’histoire, pilant sur chacun des tsars et des présidents, l’armée et ses soldats.

La foule, hahaha, riait sous les opinions déplacées.

Comme un exercice, j’ai eu à me contrôler. Ces élans étaient parfois insoutenables, dans ma gorge, mes jambes et mon coeur. Ce pauvre corps ne supporte pas bien ce genre d’agitations.

Volcanique, mes intérieurs sont bouillants. Tempérer cette nature, une épreuve en soi.

L’homme semblait fasciné par la dictature, par la violence démontrée pour s’emparer du trône.

Le meurtre, le sang, la folie. 

Si je n’étais pas adoucie par ces Voeux, j’aurais mordu.

Lorsqu’il a montré cette toile connue d’Ivan,
il y eut une exclamation d’horreur dans l’assemblée.

Je n’aime pas que l’on  réduise un roi à sa monstruosité.

Lénine fut accueilli, lui,  avec soulagement.
Un grand intellectuel. 

Staline fut évoqué pour son corps retiré du tombeau.
Je sais pas s’ils l’ont jeté dans la Moskova.

Cette impudeur.

Ce ne sont pas des tendres. Cette ironie.

Dans mes poumons une lame tranchante,
puis ce sourire contenu vibrant entre mes lèvres.

L’effet. Je sais ce que je sais.

Comme ils osent ce qu’ils n’oseraient jamais par eux-mêmes, les lâches.

La violence se justifie sous le pouvoir que la foule s’auto-injecte,
menée par celui qu’elle jugera tôt ou tard.

Cette hypocrisie.

Je n’aime pas les foules.

*

grozny
Царь Иван Васильевич Грозный (Виктор Васнецов)
fils
Иван Грозный и сын его Иван 16 ноября 1581 года (Илья Репин)

*

Imprévisible, la foule.

Son jugement se transmet à l’intimité,
trop souvent, la foule décide pour l’autre,
la foule devient soi.

Courage, va outre le courant.

Connais-toi toi-même,
tu ne périras pas sous son poids.

Il existe cette Rareté, la Pureté qui aime
tout ce qui est.

Ma seule promesse
cet amour ne périt pas

même sous les rythmes des monstruosités

cet amour Est. 

L’écho de la haine,
à quoi bon cette haine qui ne sait pas bien tuer?

Comment… ne pas aimer?

*

Hockenheim 10
Nine Inch Nails (2013)

*

Je n’oserai jamais vouloir changer ce que je regarde.

J’aime,
j’aime c’est tout.

Mais comme le plus fortifiant des secrets,
il existe ce qui se crée par la Rencontre.

Je ne changerai pas qui que ce soit, ni moi ni l’autre,
ni le monde, par ma seule volonté.

Entre l’air et mon corps, l’échange. Entre mon âme et le Voeu,
il en va de même.

J’aime, et je sais
tout ce qui n’a pas été créé
qui est possible, pourtant,

au point de croisement.

*

Ce n’est pas barbare de chasser de son territoire celui qui le salit.

Rugis contre moi si c’est mérité, voilà tout ce que je sais penser, idiote.

Mes Ancêtres, par respect pour la Terre, sachant tout ce qui ne leur appartient pas, ont permis à ces Hommes se disant civilisés d’entrer.

C’est à ce détachement qu’ils se sont attaqués.

Par respect pour ceux qui ne l’ont pas fait, je grognerai.

Lorsque l’air est rendu toxique par ces bêtes, un rugissement silencieux traverse mon corps.

Libre en mes Espaces, il crée des Refuges en mon être pour ce qui persiste à vivre.

Il existe des cris que je ne peux taire par l’annihilation.

Ma douceur, dans cette caresse aimante.

Repose-toi dans mon silence.

*

 

*

Si je n’y glisse pas, l’émotion forte me guide
directement à la Mère, que j’ai priée toute ma vie
comme une Évidence.

Mon Dieu, j’aimerais Porter un éclat de sa force. 

Son cri dans mon ventre, comme il y existe
le plus beau des silences dans le sien. C’est sur son tremblement
que j’aimerais déposer ma main.

Agenouillée, depuis ma plus tendre enfance,
humble mais surpuissante, je lui ai demandé
de me donner le surplus de ses fardeaux.

Je sais que par sa gorge peut se transporter la lumière
et je sais tout ce que j’ai brûlé pour elle
avec la force tranquille des Miens,

par ma force guerrière,
pacifique mais trop souvent effrayante

je pourrais mourir sous son regard
suis-je Fautive, ma Reine, suis-je fautive
de tout ce qui prend naissance
en mes racines lorsque s’activent ces Forces?

elle aurait pu mourir pour avoir bu
dans cette Coupe

la Mère donne naissance au plus beau des Métissages

par mon coeur aimant
je souhaiterais lui offrir le repos

ailleurs qu’en mes Royaumes
en reconstruction

quelque part dans le Jardin
que j’ai cultivé pour son Fils et les miens.

Quand mon coeur se contracte,
à même le point de rupture

quand ma respiration devient le Voeu

je plonge.

Ma Flamme, mes Soeurs, mes Frères
les Univers par le Néant de mon Roi,

toutes celles que je suis
en Moi,

rien n’est à retrouver.

 

Laisser un commentaire