Promenades et veilles : Sur la figure Maternelle – À l’épicerie


Journal / mercredi, décembre 5th, 2018
oy (11)
Grishkou-gogo.

*

Dans un élan, j’ai pris les mains de cette femme, en larmes, qui m’avait demandé d’utiliser mon téléphone. Elles étaient si rugueuses, toutes petites, délicates. Je lui ai donné des gants, en pensant que le vent et le froid les abimerait encore plus.

Elles étaient belles.

*

oy (4)

*

La Mère et la Femme se rencontreront.

J’assisterai à la naissance de ma Reine.

*

Il faudra un jour y sauter, dans l’amour.

Dans celui qui est là, et qui s’est présenté comme tel, sans détour ni mensonge.

*

Pour aller à cet endroit, il faut passer par des lieux que je m’étais interdits. Dans ma propre ville, ce réflexe. Sensible à la pression, je recule d’un seul pas, mais fermement.

On peut toujours me rejoindre.

À l’épicerie, comme à mon habitude, j’ai marché sans faire de bruit, doucement.

Si on m’aperçoit, j’existe.

Avec ces femmes, dans ces danses, j’ose un pas,
souvent je me retourne poliment en regardant vers le sol.

Une révérence discrète, contenue.

Voilà plus de dix ans que chaque jour je me dévoue, sans but ni lois, plongée à la fois dans le monde et l’intimité si je m’abandonne, confiante, en le Voeu.

Il y  vit tout mon Intraduisible. Enfant, je questionne peu.

Réellement timide, je fige facilement.
Là, il fallait surpasser le malaise.

La première femme que j’ai croisée m’a regardée furtivement droit dans les yeux. Elle a tout de suite baissé la tête, avant de disparaître dans la direction opposée, en parlant à nouveau très fort à ces deux dames devant, répétant la même boucle d’information, lentement.

Statut d’étrangère confirmé.

Mal à l’aise de comprendre ce qui se dit.

Comme dans un rêve.

La deuxième s’est adressée à moi, avec une intonation et une voix douces à mon oreille. J’étais de dos, et elle aussi. Pour se répondre, il a fallu se retourner. Elle m’a demandé si j’avais besoin d’aide, alors que je déchiffrais les étiquettes des pots de miel. Non, non, merci.

Ce même mot, en mon esprit, je le prononce plus souvent dans sa langue que dans la mienne.

Un homme est entré, me libérant de cette proximité soudaine. La tête dans les chocolats, j’essayais de ne pas entendre ce qu’il racontait sur la santé de sa mère.

Si le monde voyait ces sourires, cette sensibilité, les préjugés se dissolveraient d’eux-mêmes.

Les temps changent. Nos continents sont maintenant liés, hors la politique. Je sais que mes intuitions étaient justes. J’aime les rencontres.

Dehors, les dames faisaient encore une boucle. Plus je m’avançais, plus les éclats de leur voix se transformaient en murmures.

L’une d’elle me dévisageait, regard provoquant moi l’envie de me cacher sous l’avant-bras Royal.

La méfiance. Elle m’a tenue loin du monde trop longtemps.
Je continue mon chemin.

Je sais qu’un jour j’y rencontrerai des amis.

La puissance de l’effet, même en ces contextes, c’est fortifiant.

La Mère… Je n’ose même pas penser à la Sienne.

Je ne crois pas que ces larmes dans mes yeux soient folles.
Inexplicables par la raison, certes, mais logiques pour mon coeur.

Avec les hommes, c’est d’abord un mélange de calme et de puissance qui émane. Amoureuse de l’un d’eux, je ne l’ai été qu’une fois. Même loin de lui, par la distance et sa volonté, ceci est vite devenu une danse tantôt légère et sautillante, ou bien ancrée au sol.

Dehors, les pranksters s’approchent de plus en plus.

Je les reconnais en moins d’une seconde. Au métro, ces pendentifs en forme d’armes, pistolets et poings américains. Nope.

Aucun doute sur qui
ils ne sont pas.

Dans mes oreilles, à nouveau de la musique.

Une voix affirmant que les putes sont des menteuses, donnant ainsi raison à sa maman. 

Tut-tut-tut. Ah bon ? 

Je sais ce que je ne suis pas.

Rien à prouver, même dans le déchirement
je ne bouge pas. Droite, un jour, je mourrai.

Guerrière et pacifique, j’avance.

Et je pense : il en existe des Reines, petits. 

*

 

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