Notes d’insomnies – L’amour de Nijinski n’est pas Folie. (sur Dostoïevski / à Diaghilev)


LaBouchePleine, Show Me Your Glittering Soul / samedi, décembre 1st, 2018

Journal de Nijinski (1953),
Vaslav Nijinski

*

Cimetières 8

*

Dans un élan, entre mes mains, le Journal de Nijinski,
m’arrêtant au hasard.

Ce qui était pris dans ma gorge est sorti
me laissant entre deux états.

Nijinski en faune vibre sur mon bras.

Il m’aide à sauter, autant dehors que dedans.

*

Ces passages sur le Prince sont touchants.

« Parce qu’il m’arrive à moi-même
d’être pris pour un idiot, et je fais semblant de l’être
parce que j’aime cette disposition d’esprit. » 

Chers Frères.

nijinski (4)

Sur l’idiotie, la folie, nervosité. 

*

Il n’est pas fou, il insiste, il est parfois malade.

La durée crée ce phénomène, l’absence prolongée de soins.
Quelque chose qui ne peut pas toujours, dans notre présente réalité,
être rattrapé.

Ces descriptions imagées de sentiments intimes,
sont difficiles à traduire par les mots.

Danseur, il sait ceci. Il évoque sa calligraphie,
comme un Enfant grandiose, sans vouloir convaincre
il semble vouloir une confirmation de ses Dons.

Sa main dessine par des lettres sa pensée,
lui offre sur la feuille des contours légers,
même sur le papier, encore là à marcher
sur ce mince fil…

Il parle des dents qu’il montre, il grogne,
si fatigué, certains rugissent sans crier,
nous le savons, Ami, nous le savons,
cette fatigue s’apaise,

une promesse intime
à tous ceux que j’ai aimés,

la nervosité indique la sensibilité
ce que j’appelle douceur existe à même ce tremblement,
dans son absence,

ses dents, il le dit
ses dents ne mordent pas…

Sa tristesse est si dense, à travers les pages
qui ne sont pas poésie, mais chorégraphie improvisée

au fil des pas, nous nous engageons sur le chemin
de l’hallucination,

quelle tristesse de ne pouvoir faire entendre
ce qui y existe en sentiments.

IMG_3185nijinski (5)

Dans une lettre à Diaghilev, les traces d’un tremblement
rappelant le traumatisme, pointu.

Il le sait, l’affirme, Diaghilev n’est pas son Empereur.

Cher Ami, je t’ai imité, même en sachant
que j’aimais un Roi, je me suis donnée
sans comprendre, confuse, pourquoi ce dévouement
ailleurs qu’en Lui, loin des bras de la Mère
que je prie, loin du silence
de celui en qui je veux mourir?

Par maladresses, malgré toute cette puissance,
il mentionne la volonté de le faire pleurer.

Quelle vaine entreprise,
que de vouloir être ainsi compris.

J’espère qu’on l’a regardé tendrement,
sans jugement, avec un amour aussi vaste
qu’il pouvait le ressentir. Même plus.

Il souffre, de cette façon qu’il faut taire,
qu’il faut envelopper.

Le génie côtoie si souvent la défaillance.

Par ma seule capacité, par élans,
c’est ce que j’ai fait toute ma vie, dans des gestes
intimes, sacrés. Les larmes sont un don,
elles libèrent lorsqu’elles sont véritables.

Je n’y existe pas, je suis alors l’amour.

Je sais qu’il a compris, je sais qu’il n’est pas fou,
je sais qu’il était malade.

*

Des mots sur sa mère et sur la Russie.

« (…) des enfants qui demandent à être aimés en même temps que bien gouvernés. »

*

Un peu de douceur
à la fenêtre, puisque le bal
n’est pas ce que j’aime voir durer.


J’aimerais être enveloppée
par une rose, toute la nuit.

*

Le spectre de la rose,
Théophile Gautier

« Soulève ta paupière close
Qu’effleure un songe virginal ;
Je suis le spectre d’une rose
Que tu portais hier au bal.
Tu me pris encore emperlée
Des pleurs d’argent de l’arrosoir,
Et parmi la fête étoilée
Tu me promenas tout le soir.
Ô toi qui de ma mort fus cause,
Sans que tu puisses le chasser
Toute la nuit mon spectre rose
A ton chevet viendra danser.
Mais ne crains rien, je ne réclame
Ni messe, ni De Profundis ;
Ce léger parfum est mon âme
Et j’arrive du paradis.
Mon destin fut digne d’envie :
Pour avoir un trépas si beau,
Plus d’un aurait donné sa vie,
Car j’ai ta gorge pour tombeau,
Et sur l’albâtre où je repose
Un poète avec un baiser
Écrivit : « Ci-gît une rose
Que tous les rois vont jalouser »

*

800px-Vaslav_Nijinsky_in_Le_spectre_de_la_rose_1911_Royal_Opera_House

 

 

Laisser un commentaire