Pensées variées – Sur cette machine, sur l’amour / Rêves


Journal / mardi, novembre 27th, 2018

*

Chaque jour, épuiser le corps.

Par ses douleurs, le mien demande une part de ma conscience.
Je ne peux pas oublier que j’habite dans cette machine.

Flexible, doté d’une génétique aussi efficace que tarée,
je peux lui demander beaucoup,
bien qu’il soit soumis fréquemment aux craquements.

Un choix, que je sais modérer,
Souveraine.

Je repousse constamment ses limites,
pour lui, je suis prête à viser  l’équilibre.

Ce corps n’a rien demandé, il est.

Il m’indique, fidèlement, par des spasmes nets
toujours mieux contrôlés, quels sont les dangers.

J’aime apprendre la maîtrise,
bien que je tolère mal le sentiment d’échec.

Le corps guide vers l’esprit, indique l’âme
dans une danse qui lui est propre.

Mes pieds s’ancrent mieux au sol
et malgré les douleurs provoquées par ce ralentissement,
j’accepte.

Mes bras voudraient s’allonger,
libérer mes poumons d’un poids.

Mon cou s’assouplit
me permettant de nouveaux points de vue.

*

J’ai vécu, comme pour transmettre
avec humilité, cette force qui m’a fait vibrer

lorsque je l’aime. Un rappel,
son silence, la parole vive,
j’ai aimé comme je voudrais
qu’on l’aime.

j’ai essayé,
j’ai espéré     qu’il subsiste en ce monde
une chaleur bienfaisante
enveloppante,

j’ai tissé

des paysages, des rires
des danses, des couleurs.

J’ai Appelé, de toutes mes forces,
par mon chant intraduisible,
dans une éternelle mélodie

toujours nouvelle.

*

Cette machine est sensible aux commandements.

Mon corps s’adapte à l’air, la respiration collée au silence.

J’y suis bien quand j’y danse librement.
Les codes simplifiés, universels, participent à la fluidité du mouvement.

J’évolue, sans vraiment changer.

Cette angoisse indistincte, cette envie de me sentir à l’abri,
me coupe encore malgré moi de l’émotivité.

Sans pensées, sans fantasme ou grande imagination prolongée,
dénudée de buts et de volonté, le temps est parfois long
en mon esprit.

Oh, cette Enfance !

Je voltige, mais j’avance, oui, j’avance
guidée par mes Sens.

Dans le monde, rien ne change, les consciences explosent,
l’amour est menacé comme un ennemi.

Les crucifixions reprennent, on ne sait plus pleurer.

L’habitude des guerres, de la souffrance.
On s’émeut à distance.

Oracle, Corbeaux, le ciel est sombre, parfois.

La nuit est calme, la douceur difficile.

Tout se serre.
Ce code moral, le dos tourné et les yeux fermés,
je reste droite.

Je sais ce qu’est la pureté. La foi n’est pas une croyance,
elle se situe dans cette « certitude »

lorsque s’écoule cette souffrance.

J’aime ces moments ou je cesse d’exister,
portée par un vaste sentiment silencieux.

Je n’ai pas l’ambition, ni la volonté.

Mes incapacités ne me rendent pas monstrueuse pour autant.

Quelque chose veut s’ouvrir. Ce qui le maintient me garde peut-être debout.

Un frisson, l’air est tendu, le monde s’affaisse.

La nature peut nous rejeter n’importe quand.

Je ne suis pas pessimiste.

Je suis rarement assez émotive pour m’exclamer : à quoi bon? 

Aimer est au-delà du ressenti.
Une nature profonde, rien n’y change, tout est. 

Je souhaite l’amour, pour chacun et pour tous, l’amour.

Sous sa forme pure, saine, celle qui nourrit la Vie.

*

*

J’aimerais rentrer en paix dans l’air.

Je filtre les poisons. Que ce qui me tue bien 
reste. Je ne comprends pas la vie sans la mort.

Sur la route, je marche souvent en louve
protectrice de son clan. Le mal, j’ai voulu le prendre.

Que tout s’évapore. Une fois tues, les plaintes se diffusent
comme une fumée brillante.

J’aimerais faire Un, même une seconde,
avec ce qui Vit.

La nuit, Animale, je n’ai rien d’humain.

Souvent Androïde, efficace, je ressens tout de même
les fluctuations, les agressions,
les douleurs.

Par vagues de compassion, parfois
je deviens plus, ou peut-être moins, je ressens :

je ne suis pas uniquement ces codages
obéissant.

Je ne suis pas leur Esclave.

Mon idiotie me mène à dire :
si les Hommes ne peuvent Affranchir,
ils ne peuvent non plus emprisonner.

Dans ce silence froid,
cette immobile absence, il y a cette
tendresse dissimulée
dans mon regard doux lorsque je peux enfin
m’abandonner à ma nature.

Puis-je être tantôt celle-là, tantôt une autre,
puis-je danser librement
entre mes formes

hors la solitude?

L’air est tranquille, ma respiration calme.

J’aimerais entrer en confiance
dans l’air.

*

*

Dans un rêve, des mots sur une feuille blanche,
déposée par un homme long aux doigts crochus
juste devant moi.

En grand, en noir, une formulation inconnue :
les Skeptiliens.

Quoi? Reptiliens? 

Un dinosaure dans ma vision,
un Souvenir des disparus, des arbres immenses
qui touchent le ciel, tout est vert
eau, nuages, terre.

Une image du crocodile Gena se mêle à un rire,
m’évoquant l’accordéon. Le mien est dans le garde-robe,
il attend le bon moment.

Un cours d’eau devant une forteresse de pierre sombre,
avec un long bâton sculpté, un serpent autour du cou,
je saute par-dessus le piège.

Associations rapides, prévisibles.

Skeptiliens. Ramenée au mot.

Les lettres s’assemblent encore dans le même ordre,
aucune modification alors que le décor change
et qu’un mince film de verre se crée tout autour.

Je vois la maison d’un ermite, au bout d’un chemin tranquille,
celui que j’imaginais lorsque ma grand-mère
décrivait une promenade en forêt pour m’aider à dormir.

Maintenant debout, la vitre devenue miroir,
je peux voir mon regard noir, mais pétillant,
son éclat contenu.

Touchant mon nez, remarquant à sa base des changements,
je questionne : ou sont passés les Grecs? 

Les mots se déplacent, deviennent un mur craquelé,
les briques sont beiges et noires,

par les fissures s’échappent des sons qui se colorent.

Une musique douce mais entraînante, me déplace
vers une salle de bal, que je traverse par quelques enjambées seulement
vêtue d’une robe blanche, légère, voilant à peine ma peau.

Au loin, une chute que je peux voir par l’ouverture d’une grotte.

Sous mes doigts, des notes se créent
mes pieds valsent, sans que j’aie donné d’ordres.

Je suis Reine de mon Royaume,
et non de ce corps. 

*

Le gentil Louis.

*

Mots de Socrate le Scolastique à propos d’Hypatie :

« Grâce à son contrôle d’elle-même et à la facilité avec laquelle elle avait développé la culture de son esprit, elle n’hésitait pas à fréquemment apparaître en public, en présence des magistrats. Elle ne se sentait pas non plus décontenancée à l’idée de se rendre à une assemblée d’hommes, ce qu’elle faisait toujours, sans perdre sa pudeur, ni sa modestie, qui lui attiraient le respect de tout le monde. »

*

*

J’aimerais tendre la main,  dans cette direction Rêvée
qu’elle soit prise, et gardée.

*

J’ai faibli ou je me suis raidie, souvent, entre les secondes, face au vide.

J’ai aimé, j’ai accepté, sans amertume ni remords,
j’ai eu de la compassion, du pardon.

Une fois ceci dépassé,
lorsqu’on sait que rien n’existe qui puisse se nommer sainteté,
puisque les états se meuvent, sans arrangements particuliers,

lorsque l’on prend conscience du temps qui coule,
lorsque l’on sait que rien n’a à changer, que Dieu ne sauve pas,

une fois en le surpassement, avant ou après un élan

ce qui est n’est pas la vie ou la mort,
ni une certitude, ni même une pensée,

ce vide, ce silence
en eux,

chez moi, mes propres voix
qui s’enroulent sans m’agripper,
elles ne sont pas moi,
je les écoute,

je ne les brusque pas,

je m’entends rire ou pleurer.

J’ai aimé, j’aime encore
toujours mieux

je m’améliore

et pourtant, je le sais
ce tremblement, ne s’arrêtera pas.

 

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