Premières impressions – Dans les leurres de Cioran + Rêves induits


Journal, LaBouchePleine, Show Me Your Glittering Soul / jeudi, novembre 22nd, 2018

La Beauté n’est pas la beauté, ou l’inverse de la laideur.
Ni émotive, ni non-émotive. Extra-universel?

Jusqu’ici, je ne crois pas avoir pu réconcilier convenablement les mondes.

Comment traduire? Les mots s’accompagnent de préjugés.

*

Par cette habitude du Tout pour point de vue,
j’ai perdu la curiosité, la volonté des moyens.

Hors les extrêmes, suis-je au centre?

Par moments, je sens que quelque chose se produit : je vis ici-maintenant. Sans l’ancre des souvenirs, la lourdeur de la mélancolie. Sans la charge du romantisme et des attentes qu’il implique.

J’aime. Je l’aime, libre.
Comme toujours, ou plus que jamais.

L’amnésie, que j’ai souhaitée, me voulant purement détachée,
me libère d’une volonté alourdissant le présent.

Lorsque je constate des instants vides, marqués par l’absence de substance, de profondeur, j’ai tendance à me retirer en mes propres espaces.

Dans le silence, je fais face.

Je sais tout ce que je ne goûte pas, d’ici.

*

*

Lorsque l’Oeil se ferme, l’absence.

Je reste là, ouverte et parfois endormie
au centre de mes terres. Petite fille, je parcoure des ruisseaux
imaginaires

je reste sous cet arbre aux fruits changeants
sans quête, je ne sais rien
le Souvenir, peut-être bien
tout au fond     quelqu’un d’autre a existé

dans l’instant   mon corps serre
je m’habitue à respirer sans air, sans savoir
je ne sais rien

je sais l’amour
mais ça ne suffit pas

pour interagir, les codes
les programmes bruyants m’empêchent de dormir
tous les mondes se dérangent

j’existe dans l’instant

je passe, étrangère
l’émotion-offrande     en paix dans mon ventre
quelque chose est né

j’aimerais voir vivre
on force mes paupières
à se coller

je l’aime libre
mon regard, bienfaisant
une promesse d’Enfant à son oreille
je te veux du bien, mon Ange

je reste là, ouverte
j’aime    sans savoir bien le dire
ou le démontrer

j’aime

j’aimerais voir
vivre.

*

Impossible :
la vie et la mort distinguées.

Inspiration et expiration
forment ensemble la respiration.

Je ne m’extirperai d’aucun mouvement.
Le silence est vaste, comme mon étreinte.

L’existence enveloppe plus qu’une vie et plus qu’une mort.

La finalité est l’illusion créée par l’incapacité à schématiser l’infini.

La liberté, entre les polarités.
Je danse, sur ces rythmes confirmant le Regard.

Tout est écho.

*

*

Le tragique, hors l’émotif.
Je le ressens, sans mouvement.

*

Une sensibilité rappelant les élans contradictoires d’Ionesco.

Touchant désespoir, la beauté du silence qui se trouve juste derrière.

J’y souris.

*

*

Cette nuit, un groupe de savants
tentaient d’extirper de mes Mémoires le fil conducteur.

Je ne dirai rien. Ils me font comprendre
qu’ils ne me tueront pas. J’attendrai.

Dans une fosse, des animaux trop bien nourris m’ignorent.

Je m’assois au centre d’une lumière jaune, forte.

De là, des images me sont diffusées : l’enfant dans ses terres blondes,
souriant. Au-dessus de lui, le ciel se fend.

Il regarde vers les nuages, ce qui provoque en moi
l’horreur. Les mains tendues, dans le silence de mes contours,
l’impuissance. Je ne dirai rien. 

Sur lui, des décharges infinies le colorent de Souvenirs.

Je sens dans mon ventre ce qui a été tu. Silence.

Ça se déchire, une masse informe s’écoule sur le sol,
un gaz doré se répand.

Je dis : la formule se situe au centre de la base
de la pyramide. 

On me répond : Nous ne connaissons pas les carrés. 

Alors, il faudra un cône de puissance.

Des êtres ailés se sont alors manifestés, tout autour de moi,
mes mains calmes formant une sphère violette
je les dirige au sein d’une grande Lumière.

Leurs mouvements légers créent le cône
qu’ils activent par cette singulière chorégraphie.

Deux fillettes s’approchent,
l’une blonde à la peau claire presque argentée,
des grains de beauté distinctifs sur son cou et sa joue,

l’autre porte deux longues tresses,
complètement silencieuse, un éclat de rire semble toujours
la traverser. Un contraste étonnant avec les lèvres bien serrées.

Je les reconnais. Je touche les boucles de la plus jeune,
dans un élan d’amour pur. Dans ses grands yeux
s’inscrivent tant de nos Données.

Elle touche en retour ma main, je la sens,
elle me dit que les humains auront bientôt pardonné. 

*

*

La semaine dernière.

Dans la nuit tropicale, calme, je traverse un paysage familier, rapidement.

J’ai le corps d’un félin collé à l’air bleu.

J’aspire, jusqu’à ce que je sois transportée sur le trottoir.

Soulagée, je saute dans un bus, retrouvant le berger-gargouille au volant. Une fois assise au fond, je respire calmement.

Mon frère, ils l’ont emmené… J’appelle par mon ventre.
Entre. 

Je saute directement dans la cave, après avoir dit au revoir au chauffeur.
Les hommes sont là, deux frères sur le lit, des inconnus autour.

Ils ne m’informent pas des ordres reçus.
J’en suis reconnaissante, puisque je connais leur violence.

Douce, je ne l’aime pas lorsqu’elle est inutile.
Je fais confiance à leur jugement, à leur silence.

Je sais maintenant ce que j’ai échoué.

Huit enfants dans ton ventre.

Il en restera trois. L’un deux sans nombril, à cause du poison.
Le premier qui naîtra. 

*

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