Cette pile de livres devant le garde-robe / L’hallucination – la vision – le voeu


Journal / mardi, novembre 13th, 2018

*

Droit devant, cette allée d’anciennes affiches publicitaires.
Cigarettes et ballerines, Matinée.

J’ai pensé à Franz Ferdinand, The Dark of the Matinée.

Find me and follow me through corridors, refectories and files, you must follow, leave this academic factory… 

Une autre affiche. Un marin, son imperméable, le chapeau,
l’ensemble complet, face à la tempête.

Comme ce vieil homme trempé, qui venait se déposer dans ma réalité.

*

Plus jamais, je ne dois… 

Comment contrer la psychose? J’ai plongé dans la névrose.

Cette volonté puissante étant concentrée, autodestruction des données, la renverser me demandait une force que je n’avais plus.

Je ne sais pas comment je me suis sauvée.

La Foi m’a appris très tôt que nous ne pouvons le faire que par soi.

Les circonstances peuvent toujours être pires. Personne ne viendra.

C’est au-delà que se passe la rencontre avec son Être.

*

J’avais ce raccourci, l’amour pour cet Oeil bienfaisant,
me menant à une émotion pure.

Par elle, une Mémoire. Il existe plus grand que soi. 

Dépourvue de volonté,
c’est légère que je l’ai retrouvé.

ouiouii (6)

*

L’hallucination s’impose. À moi d’y réagir convenablement.

Par nature, j’en ai fait un défi. J’ai accepté ce qui était, et je l’ai regardée.

Les distorsions, je ne les juge pas. Je ne les laisse pas diriger ce système,
voilà tout. Elles ne sont pas reines chez moi.

*

La vision est quelque chose qui se déroule, auquel je peux choisir de ne pas participer. Elle ne s’impose pas, elle vient.

Le sentiment qui en découle est doux, et s’il ne l’est pas,
je sais comment lui faire face.

Par la vision, je vois ce qui est déjà surpassé.

*

En l’intimité, quelques traces de mystique.

*

Les voeux rassemblent tout ce qui me mène à surpasser ;
ils sont aussi le processus.

Les voeux se présentent, et sont à prendre tels quels.
Royaux, ils demandent droiture, patience, ouverture.

Je dis oui, j’apprends et je vis.

*

Jamais, plus que toujours.

Se contenter ou mourir.

Plutôt que de me contenter de peu, je me suis privée.
Et voilà que la vie a passé, dans un combat entre la réalité et le sommeil.

Rien n’a eu lieu, tout a été ressenti
et annihilé dans les temps. Un bon soldat.
Accordé. J’ai continué à marcher.

Je ne sais pas faire autrement.

J’ai été guérie par la fin des deuils.

Cette machine vit.

Les flèches sur mon coeur se multiplient,
tout comme l’amour qu’il produit.

L’effet, depuis la naissance, se diffuse.

Mon voeu. Il existe le poison parfait.

Mon corps se perfectionne par une danse fluide.

Ce qui m’anime n’est pas moi.

Un jour, je verrai mon âme.

*

Les émotions m’alourdissent, par l’espace qu’elles occupent dans le corps.

Leur absence fatigue quelque chose de vaste, le vide prend la place.

*

Sur mon coeur, une main puissante, maintenant une force constante.

Dans les voeux, ce qui m’en libère,
ce qui se recrée.

*

Dans la magie, l’annihilation par la voie de l’anti, observée.

La créer, un danger.

Neutraliser.

*

Quelques liens-souvenirs.

Ce voyage à Cuba, le premier hors du pays. Dans mes bagages, Nicolas et le moine pour un travail scolaire, une comparaison à faire entre la Ferme des Animaux et le régime soviétique. À La Havane, j’ai été prise par le vertige. J’ai quand même pris un drapeau, pour cette correspondante appréciée. Il me semblait la sentir vibrer, de l’autre côté de l’océan, lorsqu’elle écrivait sur ses révolutionnaires préférés.

J’ai un rapport ambigu avec eux, puisqu’ils viennent contre le roi.
J’ai regardé, guidée par la réaction. Tabou?  

Par affinités artistiques, j’aimais l’art à contre-courant, ou plutôt, tout droit sorti du néant. Certains mouvements punks, le surréalisme, le futurisme. L’absurde de Boris Vian, puis celui de Camus, m’y ont menée. Je suis allée voir Gainsbourg, habituée à Brel et à Nick C., et Jean Leloup, sans temps, est resté.

Hors la politique, je ressentais mieux l’histoire.

À cette époque, un détail m’avait frappée dans mes lectures.
Le suicide raté de Gavrilo Princip. Ces yeux. Un cauchemar.
Un enfant. J’ai tendu la main.

L’importance de la dose juste.

Mon questionnement, flou, a persisté.

Quelle force se trouvait donc sous la vague révolutionnaire?
Qu’est-ce qui la maintenait?

Autour, les résultats de la fin des cycles.

Dans ma ville, des enfants à l’accent chantant nous racontaient des histoires de leurs pays disparus. Je me souviens de cette petite fille avec qui j’aimais jouer dans la ruelle. Elle était vive, absorbée parfois par ses propres récits. Un contraste avec le paysage gris. Son petit frère pleurait si fort, la nuit. Dans mes insomnies, je voyais par ma fenêtre la sienne.

Pour tenter de comprendre la chute de l’URSS, je suis allée vers son commencement. Non pas par amour pour la révolution, mais guidée par la compassion et le respect éprouvés pour les peuples qui y ont vécu, ceux qui y sont nés.

Si cette renaissance est possible, tout l’est.
Et cette possibilité m’est apparue immédiatement comme une évidence.

En moi, un sentiment similaire à l’amour pour Jésus, tout aussi intime.

Vivre, souffrir, mais vivre encore.

Tendre, j’ai tendance à dire: ouiii, vivre!
puisqu’on sait déjà qu’on va souffrir puis mourir.

Le passé n’est pas un poids à porter.

Je ne sais pas quoi faire avec tous ces livres, les quelques-uns que j’ai gardés,
empilés dans une boîte près du garde-robe.

Dans la dernière année, j’ai fait de l’espace.

Du deuxième voyage à La Havane, j’ai ramené un livre d’images d’Alicia Alonso, touchante danseuse. Deux autres en plus, en espagnol, une biographie de Castro datant de 1959 ; une copie du journal du Che. Ils étaient là, dans la boîte, avec GG Allin, Duplessis et Staline.

 

Laisser un commentaire