Sur le théâtre de Tchekhov / Sur l’émotivité / Sur la Quête


Journal, LaBouchePleine, Show Me Your Glittering Soul / mercredi, novembre 7th, 2018

Oh, émotivités québécoises

tout en humour.

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J’ai admiré dans son théâtre la capacité de Tchekhov de mettre en action les observations. Cette façon de donner à chacun une voix, une densité qui lui est propre.

Dans ses personnages, un accès au réel.
Même dans le tragique, dans le tourment ou son absence,
dans ce qu’il dénote comme excitabilité, quelque chose se dégage.

Cette variété, le déploiement.

L’âme. D’abord individuelle, puis collective,
lorsque les personnages se croisent. Au-dessus d’eux,
quelque chose de global, qui m’a fait dire : j’aime ce peuple. 

Il a tenté quelque chose de grand. Hors le monstrueux,
dans le banal ou dans cette façon dont certains personnages
démontrent l’absurde, il a transmis une parcelle de l’humanité.

Un concentré pur, une médecine douce, mais efficace.

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Cet amour fort pour l’Adolescent, cette marque en moi.

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Ah! Voilà. Hors le monstre, les accusations et les justifications.

Dans cette belle édition de la pièce, la version initiale.

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Dans la poésie, les dédoublements, les multiplications de l’Être passent généralement
par un canal personnel. On y entre, de l’intérieur. Par le soi, celui de l’auteur ou le nôtre.

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Par ma poésie, l’exutoire à ce que je n’incarne pas, ni de l’intérieur ni de l’extérieur, mais qui pousse bel et bien, quelque part.

Ce que j’ai appelé laideur, qui avait pris forme par le masochisme et le romantisme punitif, dans un espace X, à l’adolescence. Plus tard, c’est à l’émotivité que j’ai voulu faire une place, ce programme parmi d’autres, que j’ai parfois du mal à cerner.

Ici, par l’écriture, vivante, hors les tabous et les absences.

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J’y crois, à la poésie non-émotive.

Elle sera.

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Je prends part à très peu d’émotions. Plus souvent, je les ai observées, comme des étrangères qui n’étaient pas toujours invitées.

La vie, dehors, demande une certaine combattivité. Un élan que je n’ai pas souvent dans la matière.

De nature rêveuse, j’aime marcher à mon propre rythme, sur des musiques qui ne sont pas miennes.

Les émotions sont souvent une entrave à ce contact, lorsqu’elles se dispersent.

*

Je sais qu’il existe une souffrance juste, grâce à tout ce que j’ai expérimenté dans cette intimité. Des années de dévouement patient, au service d’une ampleur indéfinissable, d’une profondeur infinie.

J’ai aimé tout ce qui a permis ce contact. L’intimité fortifiée, par ces étincelles. Une flamme, à l’abri dans ma force.

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Monsieur Tchekhov, dans une lettre à A. S. Souvorine, sur son Ivanov :

« Le présent est toujours pire que le passé. Pourquoi ? Parce que l’excitabilité russe a une caractéristique spécifique : elle est vite remplacée par la lassitude. »

« Le changement qui s’est produit en lui le blesse dans son honnêteté. Il cherche des raisons à l’extérieur et n’en trouve pas ; il commence à chercher à l’intérieur de lui-même et ne trouve qu’un vague sentiment de faute. C’est un sentiment russe. »

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Je retournerai les voir, ces Amoureux. Il reste donc Platonov puis Astrov.
La Mouette, ensuite, pour finir.

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En cette Quête, les détachements nécessaires.
Un exemple.

Loin des situations, en moi d’abord complètement seule
(le plus que ma conscience le permet),

j’ai plongé en Lui, dans ces reflets sur mes parois.

Une intelligence qui, d’abord, m’apparaît étrangère.
J’en reconnais pourtant l’odeur. L’odeur sans aucun camouflage.

J’ai sauté, chaque fois qu’il m’a été permis de le faire.

Ces paysages défilent à des rythmes variés, m’amenant parfois juste au bord de l’émotion, et juste comme il faut au craquement.

Le banal. Ce qui existe ici-maintenant. Je le ressens.

C’est cette justesse qui me transforme.

Non pas l’amour, mais son mouvement dans l’instant.

Même lorsque je ne ressens pas,
mon coeur est tendre, même sous la tension.

J’ai appris.

*

Il m’est resté sur les lèvres, cette question à la réponse inespérée : il existe..?

Quelques fois, la honte m’a saisie.
Adolescente, j’avais cette obsession de mes imperfections.

Son Regard oui, même le sien, m’était insupportable en ces crises.

C’est ce qui m’a permis de plonger en moi, seule, par la chute.

Une fois, je me suis fracassée.

J’ai ramassé chaque part, je les ai rassemblées.

Comme lorsque, enfant, j’écoutais ce silence bleu et argent, en faisant des casse-tête.

*

J’ai cessé d’espérer les jamais
par crainte des toujours.

Ce romantisme me retenait dans la mélancolie,
dans l’excès qui nuit.

La honte de mes fautes m’a menée à la coupure. Plus jamais.

Une marque de respect.

*

J’ai appris à m’aimer avec ce vide, avec ces larmes et ces rires.
Je n’ai pas honte d’avoir été, puisque j’ai essayé.

J’ai dit oui au danger.

*

 

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