Pensées variées (8)


Journal, LaBouchePleine, Show Me Your Glittering Soul / lundi, avril 2nd, 2018

 

S’il faut tuer, il faut bien choisir. Tuer seulement ce qui est nécessaire de tuer. Ne pas massacrer. Ne pas torturer. La danse fragile avec le sadisme, le masochisme. Être soi, c’est être le monde ; être le monde, c’est être l’autre. Comment, ainsi, choisir pour soi sans choisir pour l’autre?

J’ai choisi de ne pas choisir, ni la mort ni la vie, puisque je ne sais les distinguer durablement.

Peut-être que cette ombre imprégnée dans chacun des pores du Rocher que je suis finira par se dissoudre. Y survivrai-je, à cette transformation? Aurais-je enfin un Visage?

Dans cette ombre, ce nuage piquant, j’ai tout tué. L’existence se poursuit, la vie ou la mort ne sont que des lois. L’Ordre, au-delà.

L’Existence.

Le meurtre s’est poursuivi.

L’acharnement sur son propre cadavre.
Si je me piétine, je piétine le monde.

La punition pour solution, à travers le temps. Les coups tournés contre soi, le cœur écrasé par un mur froid, la création de mouvements, des vagues qui se cogneront inévitablement contre les parois. Le corps craque, la vague s’écoule et fabrique des étendues. Un réseau de branches ou se propagent les meurtres.

L’Existence se poursuit. La vie porte la mort sur sa peau, les yeux fabriquent des larmes.

Peut-être que ce poison finira par sortir.

Les arbres qui naîtront sur le bord des flots porteront peut-être l’éclat du diamant, l’œil caché sous les parois rocheuses.

La vie ou la mort Créent. Ensemble, ils sont Tout. Pourquoi choisir? Si Dieu aime ces jeux, je lui offre le choix de l’arme, et m’assois à ses pieds, sans espoir ou envies.

Puisque rien n’existe et que tout en naît. L’absence fabrique des motifs qui prendront peut-être un jour forme, des couleurs uniques, un assemblage et des codages.

Un Enfant de confusion, de douleur ou de tristesse, un autre de joie, et un de courage.

Je laisse à Dieu le choix.

*

Cette description intelligente de Tchekhov, par N. Dubourvieux: « cru et pudique à la fois. »

*

Dans le mot, le malentendu. Dans le malentendu, la nausée.

*

Je ne sais pas s’il faut que mes fragments s’assemblent. Ailleurs, peut-être, hors moi. Dans ces trous noirs Créés.

La mémoire est souvent un pire poids.

Laisser aller, tout laisser aller, toujours tout laisser aller. Non seulement parce qu’il le faut, mais parce que le corps ne donne pas d’autres choix.

Retenir, refouler, la mort est ainsi née. Le temps crée les polarités. L’espace les amplifie. Des paysages infinis, tout peut s’y mouler.

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Le coucher de soleil, tout au fond, sur le rocher doré des éclats orange. La chaleur, les mouvements, une caresse pour berceuse, le passage du temps sur les parois.

Le désert prend-il ainsi vie?

*

Des mots de retour en mon esprit. En équipe, ils forment de vastes réalités.

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Je vois, au loin, Félix Leclerc, Anne Hébert. Puis, ou en même temps, Dostoïevski, Tolstoï. Tous rencontrés à l’aube de la Découverte. La Nuit des temps, Kateri Tekakwitha. Kafka, Sabato et Camus. Nick C. Tout cet espace que j’ai dû libérer.

*

Les souvenirs s’accélèrent. Un jour, ils auront un Seul Visage.

Ce jour-là, tout sera tué. Peut-être que j’en Renaîtrai.

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J’ai aimé rencontrer Olga.

Depuis longtemps, quelque part en mon esprit, l’impression laissée par les lettres amoureuses de Tchekhov. Cette douceur, la simplicité, la sincérité. Cette tendresse…

C’est soulageant de comprendre que ça a existé. Deux êtres réels. Le tragique sourit toujours, avec lui. Cette beauté est si rare.

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Le combat, même lui est doux, avec Tchekhov. Un vrai maître. Son tragique fait grandir l’Âme par la souffrance, mais une qui n’offre ni confusions massives ni brouillards prolongés. Toujours, très présent, le sens de l’humour. Rire à un moment très déplacé. L’absurde de la situation permet de voir le drame d’un nouvel œil.

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J’ai toujours été étonnée de la réaction du public de ma ville aux pièces de Tchekhov. À chaque fois, cet air solennel, sérieux. Je ne pouvais pas m’empêcher de l’imaginer, quelque part dans un coin, la main appuyée sur son visage, ses yeux de médecin qui observent, ses lèvres souriant le plus souvent du temps. Calme, même dans l’émotivité. Et ce public très droit et crispé, qui ne sait pas tout à fait qu’il a le droit de rire, de pleurer.

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C’est par lui que j’ai quitté Tolstoï, puis rencontré Gorki.

Par Gorki, l’intérêt politique.

Babel, Maïakovski.
Marina, Pasternak.

Par les Russes, plus faciles à Rencontrer par la suite,
les Patriotes de mon pays, les échecs du Québec,

ailleurs, le mouvement Métis, les peuples exterminés.

Par la politique, l’abstraction.

Claude Gauvreau, Borduas.

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J’aime mon sommeil quand il est imprégné de lui. Des rêves doux, les teintes de l’Enfance. Des fins de cauchemars, les déserts. Sa main derrière un nuage, sa présence entre l’air et l’air, son œil à l’intérieur de l’horizon, son cœur dans un buisson.

Sa force qui prend forme dans mon corps lorsque se calme l’angoisse sans forme. Si j’accepte de le regarder, sans la honte d’être un humain, incarné, tout se calme, tout prend fin.

 

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