Pensées variées (6)


Journal, LaBouchePleine, Show Me Your Glittering Soul / dimanche, février 18th, 2018

Quand la lune est nouvelle…

*

Ces rêves, très proches des hallucinations,
pas tout à fait somnambule,
le rêve qui continue dans la réalité.

Mes rêves sont cauchemars
depuis maintenant plusieurs années
comme le traumatisme des naissances

les cauchemars, une marque
de la Séparation, des dissociations
un Bien-Être total, Incomplet.

Dans les moments d’accalmie
je les oublie. Dans la conscience et l’Amour
ils viennent et se guérissent,

pour pouvoir bien vivre ce processus
j’ai besoin de sécurité.

Les images lucides, transposées,
de cette nuit étaient horribles
mais si claires, que j’ai pu les regarder
sans d’abord paniquer.

Puis, toujours plus consciente
de mon environnement, du contraste
rêve-réalité,

j’ai crié, une fois : Non! 
J’ai entendu : attends, attends,

plusieurs mains sur mes épaules
pour me rappeler que tout est Illusion
attends, attends, tu vas finir par comprendre. 

De mon plancher, près de ce garde-robe,
(qui heureusement, donne sur une fenêtre)
sortait un homme visiblement mort
très, très costaud

une sorte de stéréotype de la Créature
de type Frankenstein. Deux plaques rouges
ensanglantées, sur son front
plutôt que des clous.

Surchauffé? Ses tempes
il crie, impuissant…

Insoutenable, l’envie de tendre la main
pour ne plus voir cette souffrance,
vieux réflexe de protection.

Non! …attends, attends… 

Plus je comprenais que c’était un rêve
plus la forme se dissipait

(réussi, le choc a été évité, assez facilement)

et malgré le sourire qui s’est dessiné sur mes lèvres
la peur commençait à faire cet effet,
prendre trop de place en moi,

j’ai dit, fermement, à nouveau:
Non! 

J’ai choisi, dignement, non. 

Enfin, réveillée
une partie de mon angoisse
était accouchée.

*

Dompter.

Ça me fait réfléchir.

*

Cette façon que j’ai de dire non 
pour moi-même. Aucune volonté
de soumettre l’autre.

Simplement, une limite fermement exprimée
généralement dans un calme déconcertant.

L’autorité de mon regard, mais surtout sa compassion,
sont difficiles à supporter.

Ceux qui m’aiment verront tout ceci.

Le choix. Ce regard.

Les autres… j’ai très peu de contact avec les autres.

*

La nature de mes fuites,
comme un cheval.

Partir sans regarder derrière
m’éjecter de la peur un moment

et dormir, un peu, à l’ombre
sans abri, puisque la mort
ne me concerne pas.

Indomptable, oui,
puisque j’ai connu les dangers.

Monture au corps puissant
au coeur sensible, je sais me sauver

je ne donne jamais tout
je ne permets pas qu’on me tue

je pars, je me détache, bien avant
cachée sous un arbre
sans abri, puisque la mort
n’existe pas.

*

Hier, j’ai eu ce réflexe de contraction
dans le métro, en revenant.

J’ai, encore, choisi d’affronter
mon arrogance qui n’est pas dirigée
mais qui effraie, oui, souvent
ceux qui veulent me regarder.

Il y avait ce grand homme
très baraqué, exactement du type
qui ne m’intéresse pas.

Une coupe pseudo-punk clichée
d’autres attributs de peu d’intérêt
du cuir, du noir, etc.

J’ai soupiré, comme si je savais
ce qu’il allait m’indiquer. J’y pense et je ris
c’est absurde.

Je ris, jusqu’à ce que je pense correctement
à cette capacité que j’ai de sentir,

je ris, jusqu’à ce que je comprenne
comme tout, hier, donnait raison à mon angoisse
ressentie dès le réveil.

Tout était épuisant.

L’homme, devant moi,
apparu juste après que j’aie accepté
de me détendre, quelques secondes,
sans essayer de me rassurer
mais seulement de me ramener
à ce sourire constant
que je suis confortable d’arborer,

l’homme cliché, devant moi
sur son dos, une écriture marquée
Fuck off ! 

Passant près de lui, je l’ai regardé
me déresponsabilisant de sa réaction

j’ai pu voir cette attitude
ce jeu de la séduction animale
un gros homme qui n’a peur de rien.

Cliché, grossier, habituel.
Trop bien placé, répété, sans surprises.

Le théâtre de la vie
le regarder.

J’ai ri, ça a fonctionné.

Ha-haaaa! Tadam…

*

 

Je pense souvent à cette forêt dense
derrière la maison de mes grands-parents.

Cet oncle décédé, lui aussi,
il a vu sa façon de briller.

*

Les rêves du Cortège, l’oncle, souriant,
me montrant l’étendue du paysage
les arbres compactés
créaient une infinité de possibilités
tant à explorer

en un seul regard, le moindre mouvement,

à nouveau, j’ai été conviée…

J’ai encore les pieds
entre le rêve et la réalité.

*

Ici, les notions temporelles
me semblent étrangères.

Rapide, lent, flou, précis, etc.

J’oublie, mais mon coeur continue de se serrer
puisque rien et tout cohabitent sans arrêt…

l’Illusion en tant que permanence ?

c’est de cette façon que j’ai souvent choisi
de regarder et d’habiter la vie…

la permanence, pourtant, simplement
une autre illusion.

*

Le rien plutôt que le tout, le détachement – l’attachement
Un, Deux, puis synchronisés, imbriqués…

ces murs que je construis
symboles d’horreur accomplis
que mon esprit a choisi d’oublier
pour survivre.

*

Toujours, l’habitude d’aller m’asseoir aux pieds de Tchekhov, comme une évidence. C’est tout à fait sécuritaire. Il m’a appris à modérer mes passions. Impossible de lui vouer le moindre culte. Mon âme ne connaît pas les emportements durables. Je vis hors du temps. Avec lui, ce temps est allégé. Malgré les drames, les deuils qui durent, il y a toujours, quelque part, une forêt, un horizon, un espoir… un murmure, quelque chose tout au fond, qui emplit, ici-maintenant, la pièce d’une belle chaleur. Il donne une couleur particulière à la terre, la rend attachante. Un exploit… C’est cet amour, qui émane, toujours quelque part, cette douceur qui ressort. Le gris qui n’est pas fantomatique, mais une teinte qui permet de mieux le regarder. Avec lui, nul besoin de connaître les moines. Aucun de ceux que l’on m’a présentés n’aurait pu me faire rire en de telles circonstances. Le visiter, c’est regarder une part du Monde rarement explorée. Il faut une telle conscience, une sensibilité, une rigueur, l’humilité, rares sont les âmes qui peuvent incarner dans un corps humain tant de potentiel… Son existence est un immense soulagement.

*

Les besoins comme les attentes,
c’est flou, comme le bien et le mal
la mort et la vie. Une contradiction
qui me pousse parfois
au détachement extrême
le rien, le néant,
l’habitude de les préférer aux trous noirs
au coeur des choses

le rien, le néant
rendent les sauts inutiles, impensables.

*

Le strict code moral.
Respecter les règles, sans étouffer.

*

L’impossible déception, puisque tout existe,
tant le réel que l’illusion.

Toujours, jamais
les croyances n’existent pas
le réel, tout et rien.

*

J’ai développé l’habitude de sourire, le matin
il le faut, avec ce corps qui se souvient trop

prendre le temps de remarquer
une trace de lumière, la contempler.

Aujourd’hui, très tôt, les lampadaires…
cette lumière autour fabriquait des formes
nombreuses, variées. L’émanation, orange,
presque foncée. La clarté dans cette nuance.

L’arbre devant la fenêtre paraissait très sombre
comme en pleine nuit, enveloppé d’un ciel pur,
qui allait naître bien bleu, pâle,
son paysage équilibré par la présence
de nuages longs, épais,

les reliefs, des veines…
l’entremêlement.

Cette beauté qui fait pleurer
à nouveau, la mort qui ne vient pas
les larmes qui tombent sans grande souffrance
l’émotion passe, la marque n’est pas torture.

C’est important de me retirer d’une émotion
avant qu’elle ne me torture.

Jusqu’à ce que ce soit le moment de mourir.
Tout relâcher, à temps, ne pas refouler.

Dans le ciel, quelques minutes plus tard,
le Corbeau a crié, et s’est envolé vers l’horizon.

(1196)

*

Au-delà de tous les royaumes
après tous les rois, existe Lui
qui les sera tous. Le Roi, celui auquel mon corps
s’est depuis toujours préparé.

 

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