Correspondance entre A. de Musset et G. Sand – Tentatives d’amour pur


Foi en l'Esprit, Show Me Your Glittering Soul / lundi, janvier 8th, 2018

Comme je t’ai dit, un jour : tu existes. Tu existes. Tu existes.

*

« Songe à ton avenir, qui peut écraser tant d’orgueils ridicules et faire oublier tant de
gloires présentes. Songe à mon amitié qui est une chose éternelle et sainte désormais et qui te suivra jusqu’à la mort. Tu aimes la vie et tu as bien raison.

Dans mes jours d’angoisse et d’injustice, j’étais jalouse de tous les biens que tu pouvais et que tu devais me préférer. Aujourd’hui je t’aime sans fièvre et sans désespoir.

Je voudrais te mettre sur le trône du monde et t’inviter à venir quelquefois fumer et philosopher dans ma cellule.

Te voir arriver à l’éclat que doit avoir ta destinée et te voler au monde de temps en temps pour te donner les joies du coeur, c’est ce que j’ambitionne et c’est ce que j’espère. »

– G. Sand

*

« Ce n’est donc pas un rêve, mon frère chéri.

Cette amitié qui survit à l’amour, dont le monde se moque tant, dont je me suis tant moqué moi- même, cette amitié-là existe.

C’est donc vrai, tu me le dis et je le crois, je le sens, tu m’aimes. Que se passe-t-il en moi, mon amie? Je vois la main de la providence comme je vois le soleil.

Maintenant c’est fini pour toujours, j’ai renoncé, non pas à mes amis, mais à la vie que j’ai menée avec eux.  Cela m’est impossible de recommencer, j’en suis  sûr; que je me sais bon gré d’avoir essayé !

Sois fière, mon grand et brave George, tu as fait un homme d’un enfant. Sois heureuse, sois aimée, sois bénie, repose-toi, pardonne-moi !

(…)

Ces trois lettres que j’ai reçues, est-ce le dernier serrement de main de la
maîtresse qui me quitte, ou le premier de l’ami qui me reste? Mais néglige-moi, oublie-moi, qu’importe ?

Ne t’ai-je pas tenue ? oui, je t’ai tenue et embrassée de ces bras que voilà. Sais-tu pourquoi je n’aime que toi ? Sais-tu pourquoi quand je vais dans le monde à présent, je regarde de travers comme un cheval ombrageux?

(…)

Mais tu es aussi sincère que tu es noble et orgueilleuse.

Voilà pourquoi je crois en toi et je te défendrai contre le monde entier
jusqu’à ce que je crève.

Maintenant qui voudra peut me tromper, me maltraiter et me déchirer, je puis souffrir, je sais que tu existes. « 

– A. de Musset

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