Mário de Sá-Carneiro : Dispersion


Foi en l'Esprit, Non classé, Show Me Your Glittering Soul / samedi, septembre 23rd, 2017

 » Vers le triomphe majeur, en avant toutes !
Mon destin est autre – il est haut et rare.
Il coûte seulement très cher :
La tristesse de ne jamai être deux… »

*

« Je me suis perdu en moi
Parce que j’étais labyrinthe,
Et aujourd’hui, de moi,
Je ne sens plus que les nostalgies.

J’ai traversé ma vie,
Astre fou qui rêvait.
Dans la fièvre du dépassement,
Je n’ai pris garde à ma vie…

C’est toujours hier pour moi,
Je suis sans aujourd’hui ni lendemain:
Le temps qui déserte les autres,
Devenant hier, s’abat sur mo.

(Le Dimanche de Paris
Me rappelle le disparu
Qui ressentait, bouleversé,
Les Dimanches de Paris:

Car un dimanche en famille,
Bien-être, simplicité,
Et ceux qui côtoient la beauté
Ne connaissent ni bien-être ni famille).

Pauvre garçon plein de désirs…
Toi, tu étais quelqu’un !
C’est bien pourquoi
Tu as sombré en tes désirs…

Le grand oiseau doré
Déploya ses ailes vers les cieux,
Puis les replia, satisfait
De se voir gagner les cieux.

Comme on pleure un amant,
je me pleure moi-même :
J’ai été l’amant inconstant
Qui s’est trahi lui-même.

Je ne sens pas l’espace que j’enserre
Ni les traits que je projette :
Si je me vois dans un miroir, j’erre –
Et ne me retrouve pas dans ce que je projette.

Je reviens en moi-même,
Mais, rien ne me parle, rien !
J’ai l’âme ensevelie,
Racornie en moi-même.

Je n’ai pas perdu mon âme,
Perdue, je l’ai gardée,
Ainsi, de la vie, je pleure
La mort de mon âme.

(…)  »

*

Traduction de Dominique Touati.

 

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