Les Faux Aimants (Réfugiée) (2010)

Génocide : back in 2004

À nos âmes, nous avons déclaré une guerre ouverte,
Perdue d’avance.
Nos corps las n’en peuvent plus de souffrir,
Impitoyable démence.

Tu te bats contre une façade vide et pourrie,
Mes forces me fuient.
Je te poursuis sans cesse, tu m’as trop fait mal,
Moi, la furie.

Je t’ai perdu, je le vois dans tes yeux morts.
Tu m’as battue, je le sens dans mon cœur déchu.

*

Viol

Il m’a charriée de ses injures,
Tel un vainqueur sur mon corps en ruines,
Je l’ai quitté, amère de mes désirs impurs,
Telle une femme forte, une fausse héroïne.

Les larmes coulées ont été ravalées,
Malgré l’ampleur de l’amour avorté violemment,
Tu m’as crié ce que je n’étais pas,
Tel un amoureux flou, un fantôme halluciné.

J’ai hurlé en chuchotant qu’à ton sarcasme
Je préfère le trépas,
Telle une brute, j’ai ignoré tout de toi
Pour mieux me protéger.

Les soupirs étalés par milliers sur tes tempes blondes,
Resteront gravés en nous, malgré ton horrible affront.

*

Lueurs mauves

Il m’a trahi de ses belles envolées,
Comment par la suite avoir confiance en mon destin?
Le parchemin de ma vie est parsemé de drames calfeutrés,
Mon silence s’est assourdi de désirs enfantins.

Il a vaincu l’amour qui brûlait au fond de mes entrailles,
J’ai eu peur de me fondre en moi tant j’ai eu mal.
Il a mangé la joie, désormais la disgrâce me tiraille,
J’ai craché ma peine à son visage : RENDS-MOI OPALE!

De ta pudeur fais de moi une femme forte, au cœur de pierre,
Pour que je me fige en statue irrésistible,
Pour que plus jamais le malheur des frissons d’hier,
Me rendent frivole et honteuse et totalement risible.

*

Mon ange mon gardien,  PARTIE 2, PRISE 1

J’ai vu dans tes yeux le dégoût que je t’inspire,
Les miens se sont embaumés de désespoir,
Ma bouche est devenue le dépotoir,
Des mots acerbes et coriaces que tu expires.

J’ai peur de ton découragement et de ta tromperie,
Pourquoi t’acharnes-tu à me dévorer les sens?
Je hurle de honte, le présent est trahison pesante,
Le passé est une menterie, un amour que tu calomnies.

*

Prélude: Fugue Mineure

Ce feu d’hier a tout avalé mes rêves, mes espoirs et mes hontes.
Mes joues ont été réchauffées, certes, mais éphémèrement.
Le vent a continué de me gifler, il me poursuit,
Dans ma ville fantôme.

Je le cherchais, lui, je cherchais son cadavre, hier.
Je ne lui voulais que du bien, pourtant.
Mais il me fallait rétablir à jamais la honte.
L’effacer de mon cœur qui ne peut se faire aimer.

J’ai trouvé son corps inerte dans la boue rouge,
Entouré d’aigles noirs.
Ses yeux bleus souriaient au ciel, pour une fois.
Ses cheveux d’enfant caressaient  mes mains froides.

Plus jamais il ne sera las.
Mort les yeux ouverts, il a regardé béat le même spectacle que moi.

Le monde s’est terni, puis a implosé de rouge, de boue rouge!
Pour la seule fois, ultime, nos souffrances se sont rejointes.
Elles ont piétiné le ciel,
Le criant de ne surtout jamais nous secourir.

Son corps est mort, puis il a caché en lui,
Mon âme mort-née.
Moi j’ai pris ses yeux, son éternité.
Je regarde la vie en bleu, il éteint le rouge des tourments.
Son éternité, je l’ai gardée, une petite
partie de moi.

*

Sang

Ma guerre à moi, c’est ton âme en sang,
Ma misère pesante c’est ton abandon ardent,
Ma solitude lassante, c’est ta bouche qui ne sourit pas,
Ma crise horrible c’est de vivre avec le tiers de toi.

Ma crainte réalisée, c’est de t’élever au rang de fantôme,
Ma hantise exaucée était de retrouver une âme monochrome,
Ma tristesse béate c’est de te vouloir en mon sein,
Ma guerre à moi, c’est de vivre dans un pays qui n’est pas tien.

*

L’Homme

Il est revenu à lui,
Il est mort dans mes bras hier.
Ses plaies et son sang ont bruni,
Le pauvre, presque digne martyre.

Sur mon cœur il s’est laissé défaillir,
Sa bouche, son visage en entier étaient morts,
L’enfant en lui, plus que jamais a dû périr,
Dans ses yeux lointains abondait l’or.

Il a survécu à son propre trépas,
Dans mon sourire triste se devinait l’agonie,
J’ai soufflé la nuit pour que renaissent ses pas,
Maintenant je l’aime plus que jamais : il vit.

*

Aigle à deux têtes

Sur le fond de ton âme,
Triomphe en rouge mon drapeau bleu,
Sur toi je deviens autre. Heureux :
L’es-tu de me guider vers tes cieux?

De ton volumineux sommet,
Je te dédie par milliers mes pauvres vers,
Comment t’expliquer l’essence de ces sonnets,
Excepté que par te montrer que même l’hiver

Aride, sec et ennuyeux comme le paradis,
Ne saurait me refroidir de toi,
Il ne ferait que me glacer de joie,
Nous sommes indissociables, au fond, sans souci…

     De ta montagne, je vois mon hiver,

     Je suis ici chez moi.

*

Étoile solaire

Dans mon ciel gris, que des mots clichés.
Tu y pleures, grand et fort, mais petit,
Le soleil brille de mille feux ensorcelés,
Tu me tues, tu le brûles, il s’enflamme plus, d’ici :

Je vois que tu ne m’aimes pas,
Tu éteins les étoiles de mes yeux apeurés,
Je ne sais pas ou te rencontrer, ton ciel n’est plus à moi,
J’ai peur de ne plus te retrouver.

Ton soleil brille dans mes pores,
Toi, toi… tu es morne et éteint, tu m’as légué ta lumière,
Je la garde dans mes sourires morts,
Je te les cache, tu me hais, je dépéris, mon cœur de pierre;

Se meurt de ta hantise, mon cœur, mon cœur…
Tu ne brilles plus dans ton propre ciel mauve,
Je brille à ta place, je t’attends, j’ai peur,
Qu’à jamais tu rendes ton cœur chauve.

*

Tentatives

Je brille comme une orange au soleil,
Pourrissante, mais belle, belle.
Mes mots sont salis de ta bave dorée,
Tu ne veux plus rien dire,
Tu sais, mes phrases deviennent des crises,
D’épilepsie.
Je pourris, mais je brille dans des cieux de miel,
Je suis sucrée,
Mais ta langue ne goûte que la pourriture,
Tu ne veux pas de moi,
Regarde ma chaleur n’est plus transparente!
Tu es mon ombre cousue à mon âme,
Tu es moi, dans le soleil…
Mes mots ne veulent plus dire que des je t’aime,
Prédigérés, pourris par la pourriture de mon cœur,
Les je t’aime ne sont plus que des plats refroidis,
Que tu ne veux plus.
Tu es las de moi, je t’aime, je t’aime…

*

A mort

Je tue mes silences, je les brise :
Petit homme, tu les gobes, tu les avales,
Je ne rouspète pas à tes prises,
Je suis molle sous ton poids, sous ton val,

Tu es la montagne de mes désirs,
Des centaines de toi sont doublés en moi,
Je te vois dans mon ciel gris qui se déchire,
La pluie calme tes brûlures, tu es étroit :

Serré entre ma peau et mon sang,
Tu es un mélange de douleur et d’amour,
Collé en moi, reste, reste. Mes sens,
Se déchainent dans mes pores, tour à tour,

Reste, reste… J’ai tué qui j’étais,
J’accoure te rejoindre chez moi dans ma tourmente,
Ou je t’ai dessiné en roi perse,
Pour que plus jamais  tu ne me mentes…

À mort ma monarchie, je me vide à toi,
À mort la dictature de tes bras qui me tiennent,
À mort ma vie sans toi, je renoue avec mon émoi :
À mort la vie qui m’a soulée, ma vie et mon âme lui reviennent.

*

Beauté déserte…

Adieu,
Je te quitte et te laisse dans des pleurs imaginaires,
Mes larmes sont figées, du plâtre sur mes joues pâles.
Je te dis adieu, sans un sourire,
Adieu parce que tout cela est inutile,
Que je sais que nous avons quelque chose à vivre,
Côte à côte, dans un silence que nous créons,

Adieu à ce nous,
Qui jamais ne grandira,
Par ma faute, je t’ai tué en moi,
J’ai avorté ton projet de me briser,
Je l’ai fait moi-même :
Ne vois-tu pas le sang qui coule sur tes doigts?
Comme une vierge, je me suis donnée à toi,
Dans tes draps blancs et légers,
Je suis morte par ma faute dans tes pas,
Feutrés autour de moi,
Ma prison, ma muraille,
Ils s’effacent… ils s’effacent…

Et je suis seule dans le monde d’illusions
que nous avons voulu créer.

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