Mário de Sá-Carneiro : La chute (1913)


Foi en l'Esprit, Show Me Your Glittering Soul / jeudi, septembre 21st, 2017

« Je suis ni moi ni l’autre,
Je suis quelque chose d’intermédiaire :
Pilier du pont d’ennui
Qui va de moi jusqu’à l’Autre. »

(Lisbonne, février 1914)

*

« Et moi qui suis le roi de toute cette incohérence
Que j’aspire à fixer, moi-même tourbillon,
Je tournoie pour m’en aller… Mais tout me pousse
En brume et somnolence.

Si par hasard en mes mains se trouve un peu d’or,
Le voici aussitôt altéré… et je le jette au loin…
Je meurs de dédain auprès d’un trésor,
Je meurs d’excès dans le besoin.

Par découragement, je me hisse au sein de la couleur,
J’étends les bras de l’âme – et, vulnérable au moindre spasme,
Je me passe au crible de l’ombre – en néant je me condense…
Je vibre encore cependant des agonies de lumière.

Je n’ai pas pu me vaincre, mais je peux encore m’anéantir,
– Vaincre  parfois équivaut à une chute –
Et comme je suis encore lumière, dans un grand reflux,
En mes rages idéales jusqu’à la fin je m’élève :
Je regarde de là-haut la glace, à la glace je me jette…

…………………………………………………………………………………….

J’ai chuté…

Et je me suis seulement écrasé sur moi-même!… »

(Paris, le 8 mai 1913)

*

Traduction de Dominique Touati.

 

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