Espoir Apocalyptique (2013)

Exil

J’ai sous les pieds
Les corps calcinés de mes frères.
Dans le désert des peurs humaines fébriles,
Ils gisent par millions
Dans leurs tombes invisibles
Qu’ont creusées mains blanchies par la Bible
Et mémoires trucidées au fer rouge
Et cœur tatoué aux promesses papales!

Comme eux, je suis de la race de feu, mais porteuse
De milliers d’ombres :
Je porte en mon sein la douleur de centaines de morts
Et l’odeur putréfiée de la trahison ancestrale.
On m’a volée droit au cœur tout ce qu’il
Me restait de mon Histoire d’exilée.

Je suis seule dans cet abime qui se dessine
Sous ma marche lourde et mes orteils épuisés.
Se collent à moi forêts et ruisseaux immémoriaux;
Et s’empilent rêves béatifiés à l’eau bénite.

La route est longue dans ce pays de doutes colonisés
Et le fardeau m’éclabousse toujours plus,
Je suis tachée du sang de mon peuple sans drapeau
Son souvenir incendié me coule sur le dos,

Puisque je porte dans un cœur surpeuplé
Les cendres d’une quête meurtrie et à jamais enfouie
De milliards de nations oubliées.

*

Aurore en ruines

La nuit a avalé d’une lampée le désespoir.
Sur la colline décharnée des lendemains illusoires,
Je plante jardins et forêts au parfum d’éternité,
Où nous agglutinerons rêves célestes et joies d’immensité.

Il est jaune et mauve, l’incertain horizon.
Sur son ventre gonflé et sur sa magnifique toison,
Je dessine paix transcendantale
et calque l’amour transcontinental.

Il se noie dans le ciel gris,
Les ruines se forment, crachats de nuit,
J’y construis deux sculptures géantes,
Voilà, nous y sommes, toi et moi, image tremblante.

Je nous ai faits d’aurore et de pluie,
De perles de soleil et de larmes de nuit.
Nous avançons sur les plaines effacées,
Nous, vivants, le monde est à nos pieds.

*

Entrailles étoilées

La nuit gronde dans mes murailles,
Je frissonne et m’effondre entre mes propres murs.
Je suis seule, chancelant entre langueur et désespoir,
Puisque de mes mots ardents, pas même
Les braises t’atteignent!
Tu ne sais fondre, mais te solidifie à chaque seconde.

Le ciel noir sera donc mon armure :
Elle abritera un incalculable nombre de mes mystères.
Je suis faite d’étoiles et de feu,
Intouchable, intangible, millénaire!

 

Comme tu es loin ce soir,
À des milliards de galaxies…
Pourtant, la froideur de tes yeux
Me glacent les sens
Et le verglas de tes mots
Fracassent mon crâne.

Et je me consolerai d’imaginer ta chaleur
contre ma poitrine trépidante,
Tentant d’oublier les larmes des cieux
Ainsi que ma peur d’être moi.

*


Posthume odyssée

Tes pas me suivent, ombres imaginaires,
Vers la fosse commune de nos maux.
Ils guident la chute inespérée, de l’armure
Qui te colle aux os.

Ton cœur s’enfuit, il s’esquive d’amour ou
De peur de ne savoir que détester,
Alors que tes pieds dansent sur une valse inconnue
et te guident vers ma tombe anonyme,
Où poussent lierres de larmes incongrues
Et lichen aux douleurs pointues.

Puisque de tes yeux ne s’engagent sur tes joues
Que des larmes brutes, je te dis : vas et vis,
Fais de ta vie jardin posthume!

Mais tu ne souris qu’à mon cadavre,
Et ta gorge, elle, recrache les bouffées noires d’amour
Qui s’extirpent de mes lèvres froides et tremblantes.

Voilà que le temps s’acharne sur ma carcasse
Et lui rappelle droit dans la mire
Que plus jamais tu ne souffriras de ma pesanteur
Que tu portais, grandiose, sur ton désespoir.

*

Fugue mineure

Je les vois se dessiner à ma fenêtre,
Ces rêves aux douceurs boréales,
Ils sont inatteignables de cet asile doré
Et les poursuivre m’est plus qu’exigeant.

Le monde s’arrête de tourner,
Freiné par les passions étouffées de milliards d’âmes.
Dehors, le noir étouffe, et la nuit achève sa course.

Le froid gèle les cœurs apeurés de toujours décevoir,
Terrorisés, dehors, par ces esprits sains :
le soleil tarde à les réchauffer.

La ville n’est jamais éteinte,
Et il me faut marcher sans cesse.
Courir, presque, dans cette aurore,
Triste et sans destinée.

Il faudra m’arrêter, mais où?
Il me faut marcher jusqu’à ce que les pieds endoloris
Se couvrent de cicatrices pestiférées,
Il me faut courir, jusqu’à ce que le sang de mes veines
Oublie les papillons dans l’estomac et la joie
D’une main réchauffant la solitude
ou d’un sourire cajolant l’enfant blessé.

Il faut quitter la ville comme l’a jadis fait la raison,
Et il ne me faut surtout pas pleurer! Le vent s’en moquera et
la pluie s’en prendra à mes convictions!
Courir, toujours courir afin de retrouver au loin
Des fresques d’amour et des mots d’espoir.

Le soleil tarde à se lever sur le désastre métropolitain
et il ne reste rien d’amour dans les rues montréalaises,
puisque tout s’est métamorphosé en solitudes décuplées.

C’est pourquoi sans regret,
J’ai brandi la torche de blâme
et les flammes embrasent désormais la ville grise.
Elle s’embrase et mes joues sont maintenant réchauffées.
C’est ainsi que je regarde, béate, brûler mon passé.

*

Au jour le jour

Le soleil court pour rattraper le temps,
Qui fuit et qui tue.
Je fais de même sur les pas de l’amour,
Qui m’a jadis désertée et anéantie.

La lune, elle, pleure l’aube échouée trop tôt,
Et le mauve des cieux.
Elle est triste comme tes mots de cendres,
Qui tombent épars sur un destin qui n’est pas tien.

J’essaie de panser tes mots     qui sortent
Au compte-gouttes,
Comme du vent glacial de ta bouche meurtrie.

Tout en toi sonne comme le jour qui se meurt :
peur, inconnu et suspicion.
Et comme les saisons qui se heurtent à nos jours,
Ta vie résonne vide, sur tes parois dociles.
Tu es né fœtus et sans colonne,
et pourtant si fort.

Tu vibres de pleurs enfouis sous les ruines de l’âge,
J’essaie de les capturer et d’en faire du cristal.
Je suis alchimiste de chimères,
Je ferai de toi or et diamants impérissables.

Petit faucon, comme le jour il me faut t’apprivoiser,
Cher oiseau-homme effarouché!
Je te protégerai d’une douce couverture de voie lactée,
Pour que tu ne meures plus jamais sous des mots coupants.

Le ciel rond avalera nos pleurs d’enfance,
Il en fera pluie tropicale et flocons arctiques!
Je serai un amas de vérité immense,
Que tu pourras cueillir aux confins de la nuit,
Et te rassurer. Puisque je t’aime comme jamais je n’aimerai la vie.

Et c’est pourquoi je suis loup hurlant,
Je veux que tu m’aimes!
Et j’espère que le monde décousu comme mes mots,
Fera en sorte que tes pleurs se transforment en rivières
et abreuveront toutes les sécheresses.

Je voudrais que ton cœur trouve refuge,
Dans la forêt qui chante notre agonie
mutuelle, heureusement, puisque je souhaite mourir dans tes bras.
Je ne laisserai pas le monde se couvrir de nos pleurs mornes!
Puisque nous trouveront asile dans notre néant intemporel.

Même si à force de crier de ne pas t’en faire
J’ai du sang plein la gorge,
À mort les injures grises puisque
aux confins de tes trésors cachés
je vois la vie en rouge!

*

Étoile solaire

Mon ciel gris est surpeuplé de mots clichés,
Où tu trônes en roi pleurant,
Toi, géant et microscopique à la fois.
Je vois ton soleil briller de mille larmes dorées,
Qui me tuent à petit feu, tout s’enflamme un peu plus.

De tes baisers sabotés,
Tu éteins les étoiles de mes yeux apeurés.
Je voudrais tant que tu serres contre ton âme
Nos deux solitudes réunies,
Puisque j’ai si peur de ne plus te retrouver,
Entre ma douleur et ma sincérité.

Ton soleil brille dans mes pores,
Toi, tu es morne et éteint,
Et tu m’as légué ta lumière centenaire,
Je la garde dans mes sourires morts, rarissimes.

*

Marina, le ciel brûle!

Sont tombés du ciel des gouttes noires,
Nos crânes chauves ont essuyé les brûlures.
Je regardais en l’air et mes larmes ont séchées.
Je ne pleure plus, maintenant,
De mes yeux calcinés.

Je vois le soleil s’éteindre et couler :
De longues ficelles de lave brillent dans le regard mort de l’humanité.
Nous regardons tous en haut, le ciel ouvert,
Crachant, indifférent, sur tous nos maux
Emportant les cadavres de nos frères.

De la fente dorée,
Tombent des larmes incalculables,
De tous les morts des cieux, enfermés dans leur émoi.
Je vois ton âme molle, parmi elles,
Et heureusement, dans ta folie incendiaire, tu souris!

Tu souris à mon cadavre terrestre,
Qui se meut ici, sous les poignards apocalyptiques,
À qui la vie est futile sans tes yeux,
Les miens ont brûlé face à l’éclipse fatale.

Cher bel amour, vois-tu les gouttes noires qui transcendent mes pores?
Et les flammes indélébiles  sur mon âme immobile?

Le ciel brûle et nous sommes figés,
Dans le non-temps indestructible
des morts aux peurs bleues calcinées.

Je n’ai plus peur maintenant, tout est rouge et noir.

*

Étoile bipolaire

 Tu brilles en mon âme de ta voix illuminée,
Puisque ton corps est carrousel enflammé,
Il fait les cent pas dans mon sanctuaire,
Mon seul point repère, mon étoile polaire.

Tu t’agites de mots silencieusement calculés,
Je t’aperçois dans le noir de mon inconscience innée,
Tu t’envoles et te colle à mes batailles incendiaires,
Mon seul point de repère, toi, étoile polaire.

Tes yeux sont les miens, nous enlaçons les mêmes images,
Nous sommes embués d’amour sauvage,
Et dans la nuit fracassante de ma vie endolorie, même,
Je la repère et la suis, notre étoile polaire.

*

Mon fleuve

Mon fleuve t’est doux,
Coulant sur ton corps-furie,
Sur ta vie, ton espoir et ta mort,
Je les réchauffe et les protège
de mes torrents, de mes torts.

Mon fleuve en ton antre, toujours roucoule
puisqu’il s’alimente à ta source tiède,
à même tes solitudes et tes foules.

Tu ondules de ton corps,
Mon fleuve t’est chancelant comme ta souche,
Confrontés, notre épopée doucement se corse,
lorsque nos deux passions, soudain, se touchent.

J’aimerais voguer sur ton torse,
Et nager amoureusement dans nos rives fleuries,
Laisse-moi te protéger de mes déroutes,
Je te laisserai divaguer sur mes doutes aveuglés
par l’eau qui noie sur son passage, remords et regrets agonisants.

*

Vie et mort

Mes mots las ne veulent rien dire,
Poète de l’absurde, poète de la sombre banalité,
Personne n’est là pour cueillir,
Mes paroles folles, d’enfant sauvage.
Leur saveur s’est dissipée sans parvenir
À gagner cette course contre la vie,
Pour retrouver bonheur qui jamais ne chavire.

Mon amour aussi, il a pris sa valse-envolée,
Vers des cieux trop hauts, trop loin
pour mes pauvres mots même hurlés.
Il m’a laissée vide de fantômes et souvenirs,
Dans le grenier de ma mémoire, là où ils se sont entassés.

Alors ce sont de tristes mots que je m’acharne
à dessiner, dans le ciel de la ville mort-vivante,
Espérant que des bribes de mes nuits
Soient confiées à mon amour intangible,
mort au creux de mes mots,
puisque jamais, je ne saurai être poète grandiose.

 * 

Testament

Je voudrais que mes cendres soient crachées au vent,
Éternelle nomade, je parcourrais de mon âme calcinée
Le monde et ses entrailles, ou bien son fantôme agonisant;
Puisque l’Homme ne sait aimer que ce qu’il comprend.

Je voudrais que l’on retienne de ma vie
Bribes de sourires, même s’ils se font rares,
Que vous pourriez coller à votre misère lancinante,
Puisqu’un jour, vous n’aurez dans les mains que des papiers vides
Alors! Souvenirs de sourires vous seront précieux.

Je voudrais que mes amants perdus sous les avalanches de ma haine
Voguent avec moi sur l’haleine chaude de la Mort,
Qu’ils me retiennent par la main, quand je chavirerai d’amertume,
Puisque je verrai vos âmes seules sombrer dans la déroute,
Le ventre plein de remords.

Homme de fer

Cher amour,
Je te voudrais bouclier à mes mots de fer
Samouraï des temps modernes, guerrier invincible de l’amour,
Chevauchant femmes-enfants et avortons de ce monde.
Tu seras magnifique,
Risquant de tes mouvements de brute
De détruire l’ordre délicat, qui règne entre
Tes yeux de feu et ta langue de glace.

Cher amour,
Je ne puis te détruire
Du désespoir de la mort qui gronde dans mon ventre,
Malgré son imminence flagrante et insupportable
je te veux à mes côtés quand le mal-exorciste
Me fera démon lucide et apeuré.

Tiens ma main, et réchauffe-la, je te prie,
Je n’en peux plus de trainer dans mon ombre
Les morts décuplées des fardeaux que je porte.

 * 

L’homme est mortel

Tu aimes de la vie que sur son dos elle te porte.
Dors sur ta naïveté et célèbre la (tu vois, je t’envie),
Puisque l’Homme lucide est malheur.
Une main froide sur son épaule, il n’est jamais seul :
Il traîne le souvenir mélancolique de la naissance
Et l’empreinte légère de la Mort (nue, sans allégorie).
L’Homme lucide nait pour mourir,
Trop petit pour subir en souriant
Il accepte, tout, une poignée de vie dans la gorge, il accepte.

Mais voilà, que sans cheval noir,
Sans faux ni cape,
Je la sens, la Mort, me prendre par la taille,
Tout comme toi tu la verras un jour!
Et j’entends une voix, l’écho de ma raison naïve :
«Viens et n’aies pas peur».

Puis j’ai chaud, entre ses bras de mère-porteuse
Elle me trainera jusqu’à ce que le souffle court,
Je me rendrai, comme tu te rendras un jour!
Je ne souffre plus, je sais maintenant
Que je suis en sécurité, sous l’abdomen gonflée de
L’Araignée aux poils doux, pleine d’œufs avortés.

Et me voilà enrobée des vapeurs mauves des dieux
Je ne peux qu’en rire maintenant,
Comme toi, tu souris à la vie qui t’habite et que je ne connais pas.

Sitting Bull

C’est l’ivresse dans la tête et le cœur collé à l’estomac
Que le spectre amérindien colle à ma chevelure de cendre et de sauge.
Comme je les maudis, ces peaux imprégnées de leur propre sang
De m’avoir fait naître décalée de la fleur d’érable,
Comme je me déteste, ce soir, d’avoir en moi l’esprit de ces Hommes
Qui saisissaient trop bien l’ampleur du drame à venir!

Je hais la peur qui me ronge, de voir la Terre se départir  d’elle-même,
Je hais les lueurs d’apocalypses aux odeurs de pétrole,
Je hais l’amour que je porte à ce que d’autres piétinent –
De leurs mémoires vides!
Puisque plus rien à faire, l’erreur est humaine m’a-t-on dit,
Tout comme l’égocentrisme primaire me dis-je,
Avec à la gorge le goût brulé des remords d’être née trop tard.

* 

À l’enfant que je porterai

La nuit ne sera jamais froide sur tes joues,
Le vent ne fera jamais s’envoler tes rires
Puisque je puiserai au fond de mes réjouissances
Toutes formes de chaleurs (inventées ou immaculées).

Viens me voir, ne soit pas effrayé par mes déboires angoissés
Je te promets qu’ils ne te veulent pas de mal.
Je suis étrange, je le sais,
Mais je t’aime plus que tout.

Les jours ne seront jamais dépourvus d’humanité
Le soleil ne chassera pas de ton regard les plus beaux paysages
Puisque je te protégerai d’être né
Sous le sceau de la folle hérédité.
Tu verras, toi aussi tu sentiras dans ton ventre
Les méandres de la solitude la plus inhumaine.
Tu verras, toi aussi tu pleureras de ne savoir aimer
Les plaisirs simples et la course effrénée au bonheur.

Mais je t’aime plus que tout.
Nous sommes tous étranges, tu verras,
Et le temps n’arrangera pas toujours les choses :
Toutefois, entre mes bras, il se figera et s’allègera.

 * 

Mégalomanies

Je sais qu’un jour,
Seront tracés sur mon front
(Comme un blâme qui revêt ses gants blancs)
Les vies auxquelles j’aurai rêvé
Sans pour autant agir.
Mais les rêves me sont si doux
Lorsque le quotidien me serre à la gorge
Et que je vois défiler devant moi
Toutes ces années
Qui ne reviendront pas
(malgré qu’on dise qu’il faut laisser partir ceux qu’on aime
Et qu’ils nous reviendront.

Mais je ne crois pas
Qu’on ne puisse jamais posséder le temps)
L’Homme se croit puissant
Mais il ne sait effacer la peur de vivre
Que traînent la majorité d’entre nous
Et il ne peut surtout pas les rassurer
De tout le mal que l’on s’impose…

Et moi, je suis mégalomane!
À ma fenêtre morne se dressent tous les portraits divins
D’une existence dont on pourrait saisir l’essence
Comme pour ne pas s’avouer
Que prier pourrait être une perte de temps.

*

Mégalomanies II

J’ai tiré tout l’hiver, un traîneau de remords
De ne pas connaître la normalité.
Je sens le poids de ma vie me pousser vers le trépas
Vers les gorges rouges d’un enfer imaginé.
Et  mon visage éhonté (trace de l’Éden perdu)
Ne sait plus où cacher la rage que j’éprouve
De ne pas connaître la normalité.

La plante de mes pieds est bleuie par la marche
Sous la neige éphémère
Témoin silencieux de mon passage sur cette Terre
Je suis toute aussi éphémère qu’eux
Bien que je porte plus que le poids du monde
En souvenirs…

J’irai là où le vent me sera clément
Et me réfugierai entre ses chants plaintifs.
Sa voix mélancolique me rappellera
Celle de maman, qui attend quelque part
Que la vie la dirige vers son destin.

J’aimerais tant entendre une voix aimante
(Celle de la Folie, peut-être)
Qui me susurrera que la vie n’est pas vaine
Sous le poids de cette neige
Et je prie pour y croire.
Mais la Mort s’agite et je n’entends plus rien,
Mis à part le son austère du temps qui passe
Et qui ne revient jamais,
Comme un voleur, comme un salaud.

J’aimerais m’arrêter et respirer,
Mais à quoi bon, puisque la vie défile sous mes pas
Et de toute façon, je n’y ai jamais cru à cette vie
Que je m’impose, prisonnière docile de mes doutes.

*

Papillons

Je pars à la recherche de la vie,
Parce que mon appartement en est vide :
Je suis seule entre mes joints et mes aspirations
Entre mes douleurs et ma paresse,
Couchée sous mes obsessions et ma retenue.

J’aimerais moi aussi, sourire au soleil levant,
Parce que nous, vivants, sous-estimons la vie :
Nous sommes assis dessus, pris au piège par l’aboutissement,
Nous sommes vides de sens, puisque nous ne voulons pas vivre
Que pour nous, puisque penser individuellement est si douloureux
Pour la masse.

J’aimerais moi aussi,  dormir béate sous les étoiles invisibles,
Parce que toi, Homme de mes jours, le mérites amplement :
Tu ne saisis pas ma soif de vivre pleine de culpabilité
Tu ne fais que la porter, sur tes épaules déjà trop alourdies
Par tous les mots pris dans ta gorge d’enfant oublié.

Pars avec moi, là où dansent les aurores dans les nuits infinies
Et là-bas où pleurent des volcans noirs et crient des ciels plats
Et ailleurs encore où les glaciers ne sont pas contes à moitié éteints
Pour que nos yeux s’emplissent de douce lucidité
Pour que nos âmes s’agenouillent face à l’Infini.

*

 Soir de fête

Je voudrais peindre un monde
De fêtes rose et mauve, le ventre plein de confettis,
Mais je n’ai que dans les yeux
Toute la grisaille de l’univers, puisque mes pôles sont opposées
Puisque ma solitude est contagieuse.
Me voilà enfermée sous des souvenirs de jours colorés
Avec toi à mes côtés, te réveillant et ne voulant que ma peau
T’endormant et ne voulant que mon souffle contre le tien,
Mais me voilà seule, enfermée sous des millénaires de jours meilleurs
Et chez moi, règne la mélancolie de sourires esquivés
Plutôt que de larmes tatouées sur les joues
Et de maux de tête d’avoir trop pleuré.
Je ne sais même plus décorer mes mots
Ils sont lents et enlisés dans des sables mouvants,
Je suis leur ombre.
Je voudrais que mon salon prenne des allures de Renaissance
Et que les disputes d’hier soient effacées d’une lampée de rouge,
Mais me voilà plutôt seule, face à mes mirages dépressifs,
Avec entre les doigts des incendies,
Qui me permettent d’esquiver un moment
Ce monde où je tente de faire ma place
Sous des tonnes d’années de dépression et de rêves sans fin.

Colocation

Je vis sous le même toit
Qu’une Folle et que deux ou trois de ses amis,
Ils sont tous très laids,
Parfois myopes et égocentriques,
D’autres fois carrément aveugles et colériques.
J’essaie de me faire toute petite,
Mais je suis rapidement happée par leur hâte
De vouloir tout contrôler
(tant mes passions que mes doutes).
Ils m’horrifient, moi si petite et insignifiante,
Grain de rien dans un univers incompréhensiblement large,
Je cherche abri
Dans les bras de la Folle, qui me réconforte un temps
De sa voix si douce qui m’apaise quelques secondes
Avant que les autres ne se remettent à parler
Et me bloquent les sens, moi si apeurée la nuit venue
De rêver encore aux monstres cachés sous mes cheveux!
Les revoilà tous, blottis contre mon cerveau,
Ils me font mal et me terrorisent, mais que faire?
Je suis trop douce et les laisse pénétrer jusqu’à mon essence
Toujours plus désorientée et sans repos.
J’appelle le Réconfort,
Puisque je ne suis qu’une enfant et j’ai besoin de ma maman,
Mais elle s’est égarée quelque part dans le temps
Et elle ne reviendra peut-être jamais,
Il ne me reste plus que mes horribles comparses,
Afin de bloquer les trous dans ma peau
Causés par l’abus d’ennui et les nuits sans soleil.
Voilà qu’ils s’émoustillent tous en chœur
Et m’appellent de leurs obsessions qu’ils me tatouent dans la poitrine
Moi qui suis si fatiguée,
Je m’assoupis et ils chantent à tue-tête,
Je les entends à quelque part dans mon estomac minuscule.
Qu’ils gueulent, bande de pervers,
Moi je dors, écrasée par le poids de mes multiples angoisses,
Et je rêve d’un intérieur neuf,
Que je reconstruirais à coups de poing.

*

Qu’on me fasse asile

Juste une dernière bouffée,
Avant qu’on m’y amène
Dans ce paradis vain, les paupières enflammées
Par les lueurs des lampes mauves,
Là où le sommeil n’existe pas
Là où mes joues seront sous sédatif,
Afin de ne rien ressentir, ne plus jamais rien ressentir.

S’il te plaît, laisse-moi en prendre une dernière,
Avant que les gardiens illuminés
Me prenne ma lucidité,
À coups de : « Tout ira bien, tu verras »,
Je veux qu’ils se taisent, je veux que tout se taise.

Emmène-moi loin d’ici,
Là où je n’aurai plus à supporter
Les regards éteints de ceux qui me disent que
« Tu ne vas pas bien, tu sais »,
Alors que leur ressembler me serait torture,
Mais alors pourquoi me condamner, pourquoi me condamnent-ils?

Je veux une dernière lueur de vie,
Avant qu’on m’emmène dans cette ville blanche
Où règnent les cris des incompris
Nous qui avons si peur de la nuit, j’ai tellement peur de la nuit!

*

C’est avec passion que je vous dis :

À vous qui avez fait de mon corps
Cimetière farci de tant de rêves,
Qui avez transformé mes yeux en paysages mornes
Et changé ma bouche en dépotoir inodore,
À vous qui m’avez chargée du poids du Monde
Qui se meurt sous mes doigts morts :
Moi, esclave affranchie, je rêve d’une terre sans prix
Puisque argent m’est valeur inconnue,
Je repeindrai ma peau de rouge.

J’aimerais survoler ce monde que vous avez fait mien
Mais mes plumes sont mortes dans l’œuf,
Je me sens nue sans ma couronne de feu
Moi, étoile mortelle, entre ces morts-vivants,
Puisque ce monde n’est pas le mien,
Je reprendrai ce qui m’a été volé.

Je ne suis pas de ceux qui oublient,
Puisque 13 778 000 de voix crient entre mes tempes
Assoiffées de la plus douce des vengeances.
À vous qui m’avez voulu gentiment dans les rangs
Là où compassion n’est qu’un terme entre raison et pression,
Je ne vous le crierai jamais assez fort : votre monde n’est pas le mien.

*

 Saint-Jean de Compostelle

Si le chemin se fait trop long,
Portes-moi sur ton dos,
Toi qui es tortue aux mille carapaces,
Fais de moi une de tes nombreuses écailles
Une cicatrice parmi d’autres,
Moi qui suis coquerelle sans charme
Je sais toutefois me faire très légère
Comme le vent qui te caressera les pieds,
Je sais me faire des plus douces
Comme le chuchotement venu des cieux
Des astres qui s’alignent pour toi.

Si la peur me secoue les tripes
Et m’entortille les veines,
Serre-moi contre ton ventre chaud,
Là où le rêve est possible
Toi qui respire et qui vit
Alors que je ne fais qu’épier l’existence,
Derrière mes paupières closes
Où se défont tous les espoirs,
Moi qui suis morte-née
Je me meure de froid sur cette Terre qui ne m’appartient pas,
Dans cet univers qui n’est que décoration
À mes tristes fabulations.

* 

Each star

Ma vie est vide,
Comme le ciel de la ville, dénudé d’étoiles.
Je suis une coquille marchante et parlante
Qui se meut parmi une foule sans verve.
Je suis seule,
Comme les mots de ces marcheurs errants,
Qui s’écrasent contre les murs froids
De l’indifférence des mortels.

Tu me dis que je dois être heureuse,
Que la vie est plus qu’une suite de jours
Qui se ressemblent et qui finissent par s’achever
Et ne plus exister.
Tu me dis que je devrais sourire,
Que tout ira bien, mais qu’en sais-tu, dis-moi qu’en sais-tu?

Que sais-tu de cette tempête dans mon ventre,
De tous les bateaux qui se sont écrasés dans mon estomac,
Avec leurs marins ayant perdu leurs boussoles par-dessus bord
Morts dans ma nausée et ma soif de vivre
L’inexplicable.

Heureusement tu n’en sais rien,  je l’espère.
Je voudrais simplement que tu m’attèles à toi,
Toi, qui ne semble douter du chemin des étoiles
Et de notre route toute tracée vers les tombes grises,
Toi qui ne sais aimer que la joie dans mes yeux morts
Alors qu’elle est pierre précieuse au pays du béton armé.

Portes-moi comme je porterai mon enfant,
Au chaud entre ta froideur et ton cœur de plomb,
J’y inventerai le plus beau des mondes
Exempt de mes doutes ennuyeux et de mon visage d’acier,
Une Terre aux cent ciels bourrés de toutes les étoiles
Que je puiserai dans ta bouche,
Là où naissent les mots les plus doux qui soient.

Mes rêves sont déchus,
Comme une Reine jetée de son trône
Puis lancée dans une fosse aux cannibales.
Je suis nue de mes illusions,
Qui m’ont quittée à grands coups de « Tu ne devras pas »
Et de « Tu devras  ».

J’aimerais comme le Christ des croyants
Ressusciter d’entre les zombies
Puisque dans leur monde, l’Univers n’est que théories
Et les rêves accomplissements que l’on coche sur un papier mort.

 *

 Maman

Je voudrais capturer le temps d’un respire,
Les voûtes rosées des paysages d’une autre époque
Là où j’épluchais les fleurs à grands coups d’amour
Et où le temps n’était qu’un compagnon silencieux,
Incroyablement fidèle
Rassurant.

Je ne sais où je devrais marcher
Pour retrouver les battements d’yeux de mes quatre ans
Où la naïveté était majestueux atout
Et où la douleur de vivre était figée par la glace
De la raison, alors bien profondément enfouie.
Mes mains se font maintenant vieilles
Et mon souffle ne sait plus suivre la cadence.

Derrière mes cils sont collés des souvenirs
D’un temps  que je n’ai jamais connu,
Mais duquel je suis toujours plus mélancolique,
Puisque le temps me colle à la peau,
Je suis un vieillard dans l’âme qui voudrait absolument
Revoir le doux sourire de sa maman.

*

Pâque

Je vais mourir ce soir
Écartelée, à quelque part dans ce lit
Enracinée dans les lierres que tu plantes
Habile jardinier de mes nuits.

J’attends que parte à jamais le souffle
Qui anime les hippopotames de ma poitrine
Et qui battent des pieds une danse infernale

Là où le désespoir se transforme en tombeaux :
Dépotoirs de ma folie abjecte qui te tient à des kilomètres
De ma lourdeur infinie
Et qui me cloue au sol de la Terre,
Alors que ma tête fait dos aux étoiles.

Je n’ai le droit de pleurer, qu’en gouttes calculées
Alors que mes yeux chutent dans des précipices de lave
Et que ma peur ne sait que ranimer les larmes
Qui coulent sur mes joues
À mesure que je m’enfonce et m’enterre
Dans mes cheveux emmêlés
Sous cette nuit d’au moins 231189 tonnes.

Le froid de la chambre sans ton corps me laisse
Seule au milieu de l’arthrose et des muscles qui s’assèchent,
Malgré l’océan de peurs qui s’accumulent sous mon corps flasque :

Je ne suis qu’un poisson,
À la mémoire orange comme les lever de soleil
Que je reverrai dans trois jours, si ton sourire me le permet,
Alors que je reviendrai à la vie
Le temps d’une nouvelle valse macabre
Qui me laissera toujours le cœur plus plâtré
Et les articulations mieux vissées
Contre les non-dits et les non-repos
Et les mots qui se font attendre.

Comme j’aimerais me faire poète de tes nuits
Que tu cueilles encore une fois les peurs qui te sont destinées
Sur mes lèvres humides
Que tu étreignes la bête apeurée, entre les draps, viens
Viens voir le massacre qui m’a été offert en cadeau de naissance :

La culpabilité de ne pas être
Aussi grande que Vos espoirs
De voir se taire les rites ridicules de mes pensées répétitives.
Mon cœur s’éteint et, ce soir, c’est tant mieux,
Puisque rien n’est à la fête
Et que le cœur a fugué avec la raison
Me laissant orpheline de ma prose
Et remplie de confessions à l’eau de rose.

* 

Nomadisme

Approche, toi, honorable marcheur, je sais qui tu es :
Tu es la rosée qui se pose gentiment sur mes joues
Lorsque la peur franchit le seuil de mon antre,
Tu es les rayons de lune qui s’agenouillent sur mon front
Répétitivement, alors que je suis seule entre les Vivants,
Tu es la nuit douce que j’aimerais être
Quand je n’ai que pour bouclier mes fantômes d’antan.

Viens, contemple un peu mon visage dur :
Il est de marbre, certes, mais c’est qu’il a peur
De l’Inconnu et de ces préjugés que l’on se fait de lui,
Il est beau, peut-être, ou laid, sans doute,
De toutes ces chaleurs qui ne l’ont jamais sculpté,
Puisque je ne connais que la solitude
De mes hivers décadents, ceux qui trônent entre mes lèvres
Et laissent mon corps entier enfoui sous les flocons
De l’indifférence.

Je te jouerai une musique si douce, puisque tu es là,
Je ne suis plus seule, affamée de compagnie,
Seule dans une tour construite de blocs invisibles
Au milieu d’un chantier et près de deux anges laissés pour morts.

Ne sois pas effrayé par mes mots balancés
Comme on crache sur celui qui nous a trahis
Quand il nous tourne le dos dans des journées trop longues.
Je ne supporte plus cette distance entre mon corps et celui des humains
Comme assénée de tous les coups qu’ils auraient aimé me porter,
Je suis là, par terre, ne me vois-tu donc pas?

Approche, un pas seulement, et laisse-moi t’enchanter
De mes plus douces oraisons
Et serre-les contre toi, comme tu le feras
De tes bras-boucliers combattant l’Ignorance
Pour ta propre fille.

*

J’emmerde la solitude

Puisque je me bute à un mur de culpabilité
Que mes os se fracassent à ton corps aussi chaleureux qu’une morgue,
Je resterai ici.

Puisque quand je tente de rejoindre tes yeux noyés dans la solitude
Tu me remercies de l’angoisse d’échouer,
Je t’attendrai.

Bien que tous mes sanglots me rebondissent sur le front
Et que mes cris de haine coulent comme de la pluie graisseuse sur tes cheveux,
J’espèrerai que tu reviennes.

Tu es parti et tu ne le sais même pas,
Me laissant veuve affolée au milieu de statues de cire
Comme s’il était chose aisée que de vivre avec ta copie.

Mais, voilà, j’attends toujours;
Que tes pas rejoignent mes insomnies
Passagères ou étrangères.

Mais tu ne viendras pas, ni cette fois, ni hier,
Pourtant, je t’attendrai même
Lorsqu’entre les jambes d’une autre
Tu iras chercher des jours plus bleus
Et que je resterai penaude, assise sur ta virilité
Moi qui ne suis que poupée
Et toi sculpteur d’illusions délirantes.

*

Bel Ami

Ton indifférence me suivra jusqu’au tombeau
Lorsque je fermerai les yeux vers le dernier grand saut
Je reverrais ton dos, ton âme qui me tourne le dos
Et ma peau qui fond
Et toi qui ne fais rien
Et toi qui ne dis rien
Toi qui ne veux plus de moi
Toi qui me guide tout droit vers le plus abrupt des réveils
Ton indifférence est mon tombeau
Là où se meurt ma jeunesse et mes espoirs
De voir briller dans tes yeux l’amour pur des premiers jours
De sentir ton corps se blottir contre ma détresse
D’apercevoir enfin ta main blanche se tendre vers ma carcasse puante
Mais ton indifférence est ton plus beau masque
Et tu le revêts même sous la douche
Même pour l’amour
Même pour l’orage et les ciels roses
Tu ne m’aimes plus, voilà tout,
Tu ne m’aimeras plus jamais, voilà tout,
Malgré mes cris et mes gémissements,
Malgré le désastre qui se trame sous mon regard vide,
Tu me hais, malgré tout.

*

Métaphysique et fin

Voilà, agonisants, la voilà
L’Apocalypse qui se meut à nos pieds à tous!
Se faufilant comme un rat immortel entre les dalles brûlantes
Du lieu de la plus grande explosion atomique,
Nous mordillant jusqu’aux rétines et nous gueulant :
Pourquoi n’avez-vous rien vu venir?
Nous étions là, sept milliards d’âmes seules
Parmi sept milliards d’âmes vivantes
À compter nos petites morts par millions.
Et voici que la Faucheuse nous tranche les sens
Et qu’ainsi s’éteignent les rêves sous nos paupières,
Elle les lèche pour conserver en bouche
Le plus ironique des nectars.
Point de jugement dernier et d’homme céleste à la barbe blanche,
Que notre solitude et notre égoïsme
De voir nos intestins et nos foies fondre
Sous les coups de fouet des maîtres-chevaliers de
L’apocalypse.
Je n’ai peur que de voir agoniser lentement ma petite maman
De perdre le regard éreinté de mon père sous les ruines nouvelles
D’échapper dans la foulée la main pestée de mon Amour,
S’envolant en poussière.
Je n’ai pas peur de me voir mourir, puisque mes yeux ont été engloutis
Par les larves déployées par l’Armée détestée,
J’aurais seulement aimé, avoir compris plus tôt
Qu’il n’existe que la vie que l’on accepte de vivre,
Combattant nos ambitions et nos peurs d’enfants déçus,
Qu’il n’existe rien d’autre que cela,
La vie que l’on se tatoue au cœur.

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