Cahiers in-octavo (1916-1918) – F. Kafka : la cigogne


Foi en l'Esprit, Show Me Your Glittering Soul / lundi, septembre 18th, 2017

So a nommé se sentir enfin en vie.

Elle se compare aux oiseaux
à leurs tremblements et leur panique
à leur légèreté

elle sort de son oeuf
la coquille, il a fallu qu’elle la casse.

Cette histoire, ainsi,
a fortement résonné

au bon moment, évidemment.

Couper? Couper la coquille?
Oui, quand il est prêt.
Pour l’aider.

Le couteau,
le fameux couteau…

Ça m’est resté.

*

« En rentrant chez moi ce soir-là, je trouvai un gigantesque oeuf au milieu de la pièce. Il était presque aussi haut que la table et ses proportions étaient à l’avenant. Il oscillait d’un côté et de l’autre. Curieux, je pris l’oeuf entre mes jambes et le coupai délicatement en deux avec mon canif. Il était déjà prêt à éclore. La coquille tomba en morceaux et un oiseau rappelant vaguement une cigogne mais sans plume et avec des ailes très courtes qui battaient l’air apparut d’un coup. « Qu’est-ce que tu viens faire dans notre monde? » Eus-je envie de lui demander; je m’accroupis devant l’oiseau et regardai bien en face ses yeux qui clignaient de façon apeurée. Mais il s’éloigna et se mit à longer les murs en sautillant, voletant comme s’il avait mal aux pattes.

(…)

Bon, je suis prêt à lui procurer du poisson. Mais pas pour rien. Mes moyens ne me permettent pas d’Avoir un oiseau domestique. Si je fais de tels sacrifices, je veux avoir une compensation de valeur équivalente. C’est une cigogne, je veux donc qu’une fois devenue adulte et bien engraissée par mon poisson, elle m’emmène dans les pays du sud. Ça fait longtemps que j’ai envie d’y aller et si je ne l’ai pas fait jusqu’à présent, c’est justement parce qu’il me manquait des ailes de cigogne. »

*

Traduction de Pierre Deshusses.

 

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