Chansons – Jean Leclerc : Personne I et II


Foi en l'Esprit, Show Me Your Glittering Soul / mardi, mars 14th, 2017

« Un mort, un jour, dans son cercueil,
philosophait après le deuil,

Voilà longtemps que je n’ai plus
De visiteurs, de visiteuses
On songe à transférer mon tombeau
en des campagnes moins coûteuses

Personne ne se souvient où est ma tombe
Personne ne se souvient de mon inscription
Et tandis que les feuilles d’automne tombent
Personne ne se souvient de mon nom

À quoi servait-il, à quoi bon
Agiter si grandes questions

Et il se félicitait de plus belle
de n’avoir jamais rien fait de bon ah ha

Il est joli mon cimetière
Avec ses petits murs de pierres
Ses amoureux, ses suicidaires
Et ses rêveurs solitaires

J’ai fait du mal
J’ai fait du bien

Le temps qui passe je n’y peux rien

Pour cent qui rient
Un seul qui pleure
Pour un bonheur
Mille malheurs

Dans mon ancien quartier tranquille,
Plus ça change plus c’est pareil

Il y a les femmes autoritaires

Elles sont si acerbes et maussades
Jalouses comme des palissades

Et eux encore les possessifs
surveillent leurs femmes comme des récifs

Et autour des petits enfants
se tressent ces non-dits charmants

Qui de l’amour sont le ciment
Avant qu’on parte les pieds devant

Personne ne se souvient où est ma tombe
Personne ne se souvient de mon inscription
Et tandis que les feuilles d’automne tombent,

mon nom s’efface et c’est très bien »

*

« Personne ne se souvient où est ma tombe
Personne ne se souvient de mon inscription
Et tandis que les feuilles d’automne tombent
Recouvrant à jamais mon nom
Disait sans cesse le squelette,
le mort couvert de pâquerettes

Personne ne se souvient où est ma tombe
Personne ne se souvient de mon inscription

Et tandis que je me désagrège,
que dans le sable je m’allège

Tout va bien sous mon cimetière,
je suis tranquille à présent

Il y a toujours quelques passants,
il y a toujours quelques amants
Quelques rêveurs solitaires
qui savent mon nom étrangement

Il est joli mon cimetière
Avec ses petits murs de pierres
Ses belles clôtures blanches
Et ses parterres de pervenche

Le vent est doux au cimetière,
les feuilles volent éclatantes,
et un nouveau rêveur solitaire,
un naufragé, un suicidaire,
un jeune couple qui prend l’air,
j’ai été amoureux en mon temps,
j’ai haï beaucoup moins souvent,

et maintenant que je me repose,
qu’en sable je me métamorphose

Cela ne me fait pas grand-chose,
je vois la mort en rose

Personne ne se souvient où est ma tombe,
personne ne se souvient…

Et pendant que l’heure avance,
que rien n’a plus d’importance,
un prisonnier sur qui l’on tire,
une fille qui souffre le martyre,
dans une famille d’assassins,
tout ne finit pas toujours bien,
un souffre-douleur à l’école

Pour cent qui rient
Un seul qui pleure
Pour un bonheur
Mille malheurs

Et pour un riche, cinquante pauvres,
rien n’est facile sous le soleil,
pas d’oeuf sans casser les omelettes,
disait encore le vieux squelette

J’ai fait du mal
J’ai fait du bien
Le temps qui passe je n’y peux rien

J’ai aimé rire avec toi
J’ai aimé pleurer dans tes bras
J’aimais le soleil et la joie
Je l’ai perdue tellement de fois

Le vent est doux au cimetière,
deux amoureux, un solitaire,
et un cortège qui suit la bière d’une grand-mère

Le vent est doux au cimetière,
deux amoureux, un solitaire,
et un cortège qui suit la bière d’une grand-mère,
qui vient nous rejoindre

Pour un heureux douze perdants,
cinquante morts pour un diamant,

pour une femme et son amant
douze balles dans un bain de sang,

plus loin une femme autoritaire
écrase des enfants le père,
constamment acerbe,
toujours maussade,
jalouse comme une palissade,

et à côté ce vieux connard
qui tape sa vieille sur le placard

tandis qu’un jeune possessif
surveille la sienne comme un récif,

sur lequel chaque élan de joie
s’écrasera comme un navire,
pour qu’enfin le jour arrive

Du résultat que je constate tout autour de ma tombe,
ces pierres tombales où sont inscrits
les noms d’époux et d’épouses
qui ont réussi l’exploit

de s’enlever la vie ensemble,
de s’enlever la vie ensemble

Le sourire de la boulangère
sera toujours reproché aux pères,
ceux-ci se vengent sèchement
quand la femme a un amant,

rien de nouveau sous le soleil,
la mauvaise foi toujours pareille

Et autour des petits enfants
ont lieu ces non-dits charmants

Qui font du couple le ciment
De la société le ferment

Avant qu’on parte les pieds devant

Mon nom à moi est écrit seul,
mais moi jamais je ne m’engueule,
avec une mégère de tombe,
je n’ai pas le silence qui plombe
Je n’ai pas le silence qui plombe

Comme les enterrés d’à côté
Dont l’éternelle exclusivité
Fait le gazon si doux et ras
La stèle double et ah aha ha
Et aha ha ha.  »

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