Remarques sur le processus de création : le besoin de solitude et retour au monde

27 mai 2017.

Je remarque d’abord ce grand besoin de solitude pour créer. Un isolement sain, du moins, il doit le rester, qui me permet une introspection apaisée, qui ne se fait pas dans la panique, qui n’est pas forcé. J’aime me retirer, en ma solitude, calme et aimante, les images prennent forme, les sons se créent, les couleurs s’animent, un tout enfin, l’ordre, même à la recherche du chaos, l’ordre.

Ce besoin est aussi un plaisir et le plaisir devient joie lorsque je peux discuter de ces aventures, sans y être forcée, sans forcer l’autre à regarder. La joie peut devenir bonheur lorsqu’il y a partage et connexion à l’Autre, via la Création. Ce sentiment devient Amour Divin lorsqu’il y a Co-Création. Je me retire pour créer, je crée pour communiquer. Je me retire pour mieux revenir, mes pensées enfin alignées avec mes désirs, mes inspirations et mon instinct. Le silence et la solitude sains, qui sont besoins sans nécessité d’exiger, m’amènent à mieux traduire mes réalités. La traduction permet d’entrer dans le monde.

Maintenant, il me faut sauter. Sans nécessairement prendre la peine de traduire.
Faire de l’art qui me force à produire maintenant.

Dehors, dans la vie, avec des gens, des vivants.

Impressions et commentaires : David Lynch (One)

25 05

J’aime toujours entendre
cet homme parler, le voir le faire
aussi, le mouvement de ses lèvres
et de ses yeux

c’est reposant
malgré que ce puisse être saccadé.

Je l’imagine souvent sec,
directif, maître de son art

peut-être est-ce l’âge,
l’expérience

je ne sais trop.

*

J’ai choisi ce documentaire
puisque je n’arrive plus
à regarder de films

c’est cyclique

(blablabla, je ne cherche pas
à comprendre, blablaetc.)

et dernièrement
le manque de motivation
aura eu raison de ma concentration,

les longues minutes
scénarisées, les plans choisis
me donnent envie de bouger
de moi-même créer

je n’arrive pas à me poser
et quand je le fais

mon cerveau cesse
de créer des idées.

Voilà plusieurs mois
que j’essaie de retourner
doucement vers David Lynch

qui a profondément marqué
surtout mon univers onirique

(certains aspects prophétiques
et avertissements, généralement
je me retrouve dans le corps de Cooper
ce genre d’hommes, de personnages
qui me font me demander:
est-ce qu’ils me plaisent
ou je veux être eux?)

mais c’était délicat
dans la présente situation
dans ce monde sans main tendue
parfois accablée par la solitude
c’est dangereux

de provoquer
en mon subconscient
de recréer des traumatismes.

J’avais regardé plusieurs
films, dans l’appartement
que je partageais avec lui

souvent en boule sur le sofa
à bout de souffle, enthousiaste
confuse : apaisée et sur-stimulée
contradictoire,

un univers entier s’est ouvert
un autre de ces moments magiques
de rencontre intime

des parts inconnues
de ma personne, réunies
dans une danse exclusive
un club sélect
le secret.

Quand j’ai déménagé seule
je le savais, j’ai dû mettre une croix
temporaire sur ce cinéaste
qui pourtant m’a captivée,

j’ai tout de même
absolument voulu voir Twin Peaks

(malgré la peine d’amour
les débordements incroyables
les questions que j’aurais voulu lui poser
ses impressions, ses idées,

mais il n’était plus là
et il ne me reste de lui
que quelques souvenirs
et des clés)

que j’ai regardé seulement de jour
et encore, les cauchemars abondaient
quelques hallucinations aussi

puisque regarder David Lynch
m’a immédiatement rappelé
ce monde psychotique
dans lequel je me suis déjà trouvée
victime de mon imagination débordante
hors de contrôle
projetant des images
indésirées

dehors, dans le monde
les faisant s’activer

m’amenant au troublant questionnement:
est-ce réel?

Je sais maintenant ma force
malgré certaines fragilités

puisque ces craintes
ne se sont pas manifestées

quelques symptômes
seulement

(aussi présents en cas
de grands stress, toujours
j’aurai des restants d’hallucinations
ça fait partie de ma condition)

mais tout de même
je n’ai pas osé retourner
ce sera pour bientôt

voilà des mois
que je regarde de loin
bientôt, j’aurai assez confiance
pour sauter.

*

C’est fascinant l’entendre
parler de méditation.

Je l’ai regardé souvent en entrevue
discuter de ses méthodes et techniques,

passionné et rigoureux
dans sa pratique

c’est inspirant.

Ici, il décrit la méditation transcendantale
comme

a chance to dive into pure creativity

et il parle de
l’Absolute Pure Being

de la possibilité de rencontrer
des états de Bliss, consciousness,
universal love, peace, power
and energy.

C’est fascinant.

Je crois qu’on ne peut pleinement
comprendre ce dont il est question
tant que l’expérience n’a pas été tentée,

la méditation demande de la pratique
mais rapidement, elle offre des Dons
ils se présentent et se découvrent à nous

tant que persiste la foi
l’endurance, l’acceptation
(contrairement à la résistance),

la méditation transcendantale
est ce que j’ai appris, très rapidement,
en sa présence

dans tout ce que j’appelais
Amour Divin (qu’importe
ce que ça aura eu d’énervant
d’étouffant et de mélangeant)

en fermant les yeux
en connectant aux siens

(par mes croyances,
il faut demander la permission
même éthériquement,
laisser à l’autre son espace
c’est essentiel
et naturel)

j’accédais en quelques secondes à peine
à ces lieux de projection
à ce sentiment d’Unité
d’Intimité avec soi, l’Autre
et la Lumière Infinie,

et c’est par ces méditations
que j’ai pu commencer plus sérieusement
à peindre

que j’ai été capable de développer
mon langage visuel, comprendre
les raccourcis de ma pensée.

Je ne crois pas que j’aurais pu
comprendre David Lynch

avant. 

*

Il précise que depuis
la pratique méditative

il expérimente moins
de peur et d’anxiété.

*

Dans une scène
il parle au téléphone,

une personne qui devait être là
ne l’est pas.

Son ton est toujours le même
ses intonations changent peu

calme mais strict
une parole rythmique

et quand est venu le premier
fucking,

la confirmation de sa déception
et de sa mauvaise humeur.

Rien sur son visage.

I am a little bit mad.
I understand, you understand

and I’ll talk to you after lunch.

Okay. Okay. I’ll see you later.

Wow. Rien ne se voit.

Après ce qui semble
être quelques minutes
de silence,

sa main contre son menton
le regard vers le sol
les réflexions

quelqu’un lui demande
si tout va bien.

Yeah.

Rien ne se voit.

*

David Lynch est un personnage
mystérieux.

Il me reste une sorte de crainte
comme souvent

lorsqu’un oeil très grand
cache au monde

ses cheminements

mais le voir réfléchir
le voir en action

m’aide à comprendre
ce que j’ai aimé naturellement
de son univers.

Encore une fois
une sorte de silence

celui que, j’avoue,
j’ai surtout aimé des hommes

l’expérimenter avec eux
ou regarder le leur,

la contemplation
d’un monde intérieur complexe
ou le vide s’unissant à l’esprit
ou le vide, simplement le vide

le silence

quelle détente
l’intime introspection.

(888)

Impressions et souvenirs induits par Girl in a Band

24 – 25 mai 2017.

J’essaie de prendre mon temps
pour lire Girl in a Band,
c’est bientôt fini
et je veux bien apprécier.

J’ai réécouté tantôt
Dirty, et j’ai moins déconnecté
je me suis laissée porter
sans que mon esprit ou mon coeur
soient attirés par n’importe quoi d’autre
les traversant,

ça a été facile avec Drunken Butterfly
je connecte à leur musique d’abord
par les titres, puis la guitare,
ensuite les mots des chansons
qui, généralement, me rentrent
dedans, sans détour
sans confusion

l’effet est net
le flou est net
malgré l’obscurité
je suis confortable
à l’aise, je n’ai pas à voir
les détails pour m’aventurer
ou rester là, en sécurité

quoi que parfois
le coup est trop fort
je dois concentrer l’amas épars
de mes états, de mes pensées

c’est ce qui est arrivé
cette semaine avec Shadow of a Doubt

(ce rêve, avec les tracts
et EVOL en gros

et le public pris en otage
sur des chaises blanches
victimes du spectacle
les Ombres Noires valsaient
le spectateur était outil
forcé, violé

nous n’étions pas voyeurs
nous ne savions pas
à quoi nous attendre
la direction était
surprise totale

et si les autres
étaient effrayées

moi, j’étais en extase)

j’ai eu mal
et je me suis retirée
globalement, je veux dire
ça a provoqué une prise
de conscience, et presque toujours
j’ai besoin de temps éloignée
pour assimiler

et maintenant
que je comprends mieux
l’intensité de ma sensibilité
que j’arrive mieux à identifier
et à voir  les danses
et les interactions

je me retire moins longtemps
et plus consciemment.

En lisant Girl in a Band
je me suis demandé
de quoi la structure
comme le propos
auraient eu l’air

s’ils n’étaient pas divorcés
au moment de la rédaction.

C’est difficile à accepter,
mais l’émotivité et les chocs
permettent parfois
une plus grande lucidité.

En lisant ce qu’elle dit
sur Thurston Moore
et sans doute, précisément
parce qu’elle ne lui accordait plus
d’attention amoureuse,

j’ai pu mieux apprécier la musique

comme si le voir plus clairement
me permettait d’accepter

la façon dont il prend sa place.

Malgré moi,
sa personnalité
m’envahissait, je n’étais pas charmée

je me méfie
c’est comme ça
je ne peux encore vraiment
expliqué pourquoi.

Je sais toutefois
que je suis contente de la lire
elle, son point de vue sur les choses
sa façon d’interpréter

au sein de son espace personnel
le sien, là ou peut naître
une certaine authencité,

elle se montre vulnérable
par l’étalage de ses souvenirs
et son avis sur les événements

j’aurai connu ceci
avant de voir sa froideur

et maintenant que je regarde
des entrevues, je comprends mieux
ce qui est dit sur sa distance

elle est silencieuse
son regard difficile à saisir

elle ne m’hypnotise pas
mais son air triste m’intrigue
une curiosité comme une compassion
naissent instantanément.

*

Et plus je regarde
et comprends l’énergie
de leur musique en spectacle

plus je l’aime,

elle est tellement
tellement belle…

*

Cette lecture me déculpabilise
en quelque sorte,

mon sentiment
d’imposture

moins présent
enfin, quelle lourdeur
de ne jamais se croire
au bon endroit
au bon moment.

 

*

Vraiment
je crois que souvent
les choses se font au bon moment.

Je me souviens bien
ce de:
avec la merveilleuse Kim Gordon,

curieuse
mon sentiment
de jalousie primitive
a été dépassé, le pincement
dans mon coeur devenu
nervosité

de la rencontre à venir,

je voulais savoir
qui elle était.

Je me souviens bien
la légère panique:

non, non, non!
essaie quelque chose
de cette période.

Je l’avais écouté
bien que généralement,
j’aime faire les choses
chronologiquement

entendre les commencements
le bouillonnement;

je me souviens
ces soirées passées
au son de A Thousand Leaves
que je n’ai jamais pu
réécouter après,

je me souviens aussi
que pour balancer

j’avais alterné avec
Daydream Nation,

et quelque chose s’était déclenché.

Par pudeur
je ne sais même pas pourquoi
je ne crois pas lui avoir nommé
ce que me faisait ressentir
cette musique,

comme toute celle
qu’il me faisait découvrir,
comme la sienne
que j’ai pourtant beaucoup écoutée
dans ses journées d’absence
ne supportant pas
de le revoir le lendemain
tout juste après avoir
entendu sa voix;

je ne comprends pas encore
et je ne cherche pas à analyser
les causes sont floues 

les raisons sont multiples
mais voilà, c’est dans la musique
que j’ai préféré le rencontrer

dans une expérience intime
seule avec moi-même
dans mes habitudes
dans ma solitude

en pensant à lui
sans y penser, il est là
sans l’être, et ceci
pourrait résumer notre relation
et pas du tout à la fois,

et avec Sonic Youth
ce fut réel, j’ai ressenti

j’ai été inspirée, touchée:

j’ai coupé.

Voilà ce que m’aura permis
la distance, la même
qui me déchire
malgré moi, malgré mes refus
de ressentir,

la distance m’aura donné le choix
des directions, m’aventurer ou pas
j’avais des pistes, des indices
des clés…

lesquelles prendre
lesquelles saisir

comment bien avancer
par moi-même, maintenant?

Je l’ai fait
pourtant, malgré les difficultés
j’ai choisi d’avancer

vers ce qui me semblait
le plus approprié

mais parfois
très, très doucement.

Cette expérience avec Sonic Youth
en est un exemple
très flagrant

oui, puisque face à lui
je ne pouvais pas, j’étais figée

intimidée par ce qu’il ne considérait pas
de lui-même, ses connaissances,
son intelligence, ses talents,
évidemment, sa beauté

je ne pouvais simplement pas
comme une adolescente
qui veut garder en son coeur
les premiers émois amoureux

cette fois, je voulais les vivre
mais j’étais paralysée

par ma pudeur
difficile à expliquer

j’avais peur
je crois bien

d’encore plus ressentir.

*

Après A Thousand Leaves
et Daydream Nation

c’est Goo que j’ai surtout écouté
j’avais été fascinée par Kool Thing

le tout premier clip
que j’ai regardé avec attention

puisque, plus tôt,
quand les gens autour de moi
s’émerveillaient

je gardais mes distances
avec ce qui me plaisait vraiment.

Me voilà donc
j’y étais, dix ans après
mon temps,

à apprendre
ce que j’avais manqué

face à une femme
apparaissant timide
mais tout de même, s’assumant
assez pour ainsi se montrer

j’ai été
comme avec lui

intimidée.

Ah, pas négativement,
non, non.

Touchée, un trop-plein,
j’ai dû reculer.

Après, doucement,
c’est Bad Moon Rising,
Evol et Sister
que j’ai surtout écoutés

en sentant toujours plus
que non seulement j’y avais droit
à cet art qui m’avait semblé
auparavant

comme inaccessible
lorsque j’étais prisonnière
du monde des idées et de la théorie

en comprenant toujours plus
que j’avais le droit
d’aimer ça.

*

Je me sens plus en paix
depuis Girl in a Band.

Je comprends mieux
l’importance

de se montrer

vulnérable.